CHAPITRE XI
Brigitte assiste à rentrée triomphale d'Urbain V, — Révélations aa souverain pontife et à rerapereur Cliarles IV. — Elle présente ses fils Charles et Birger au pape. — Pèlerinages de la colonie Scandinave à Ortone, au mont Qargan, à Bari, à Amalfî et à Salerne. — Le chapelet de Brigitte. — L'office et la règle de Tordre da Sauveur. — Bulle d'approbation accordée par Urbain V. — Alphonse de Vadaterra dernier confesseur de la sainte. — Elle prophétise la mort d'Urbain V. — Ses lettres à Grégoire XI successeur d'Urbain. — Elle prévoit le rétablissement du saint-siège au Vatican.
Totuinque mundum in admirationem traxcrif, Quod Dcus uni mulieri, Gui alloquin in ecclcsia tacer.dum erat, Tanta in Ecclesia eloquenda secrcta rcvolarit. Ap. Od. Raynaldum.
Le 16 octobre 1367, Brigitte tomba aux pieds de son divin Maître la joie dans le cœur et la louange aux lèvres : Urbain V rentrait à Rome.
Dès Tannée précédente, le pontife avait déclaré qu'à Pâques il sortirait d'Avignon, et la sainte appelait de tous ses vœux le jour de celte résurrection. Par la pensée elle suivait le voyage de la cour pontificale, la descente du splendide cortège sur le Rhône, rembarquement à Marseille. Elle se représentait volontiers la
pompe dont le souverain pontife était entouré; son imagination lui montrait les galères de Naples, de Venise, de Gènes et de Pise transformant la mer en une ville flottante, et voguantavec docilité dans le sillage de la barque de Pierre. Elle se figurait la première messe du souverain pontife en Italie. Urbain la célébrait sur le rivage, à ciel ouvert, et nul ne pouvait compter le nombre des fidèles inclinés sous sa bénédiction. Mais comme s'il hésitait à pénétrer dans sa ville épiscopale, le pape s'arrête. Avec ses compatriotes les Français, croit-il que cette terre est la terre des morts? Son esprit est-il frappé de voir tomber en vue de Rome, comme Moïse en vue de la Terre promise, celui qui ramenait le saint- siège de la captivité, le grand cardinal Albornôz *? La servante de Dieu Tignore, cependant sa prière touche le Maître qui affermit les forts et relève les faibles. Urbain V continue sa marche. Enfin le grand jour se lève, les cloches sonnent, les chants sacrés retentissent, la Ville éternelle s anime. Plus de deux mille évêques, abbés et prieurs, entourent l'étendard de l'Église. Onze cardinaux français suivent, résignés, le coursier blanc d'Urbain V, que guident les princes italiens ; la basilique vaticàne ouvre ses portes : Evviva il Papal La promesse faite par saint Pierre à Brigitte en 1350 se réalise ; une voix céleste chanle aux oreilles de la sainte : « Voici le vicaire du Christ « qui rélablit le saint-siège dans la cité du prince
1. CoUôôtio actorutn veterum quorum facta est, in Notes Balmiiad vitas Paparum Avenionensium, Par., 1693. lier Ualicum Urbam Y (tuctore Garosco de Ulmoisca,.
u des apôtres * ». Elle s^élance horsî de son oratoire et voit « les serpents changés en agneaux^ les lions fi en colombes. » Avec ^enthousiasme propre aux races méridionales, la foule n'a plus qu'un cri : « Vive le vi- (L caire de Jésus-Christ ! » Urbain donne la bénédiction Obi et Orbi ; pendant que Brigitte s'incline à la voix du chef de TÉglise universelle» elle sent tomber les paroles pontificales sur sa lointaine patrie, sur la tète de ses enfants, de ses amis et de son roi, sur la tombe de ses morts et sur le sol du futur monastère de Vadstena.
Soit de son propre mouvement, soit à l'invitation du pontife, Brigitte se présenta sans tarder au Vatican et sWretint avec Urbain V des grands intérêts deTEglise. Elle lui raconta une vision qui lavait miraculeuse meut avertie de son retour, a II semblait (disail-ell e « en se désignant elle-même), il semblait à une per- « sonne qui veillait et ne dormait point qu'elle se trout< yait dans un palais en présence d'un très grand « soleil. Devant l'astre étaient placées comme deux « chaires, l'une à droite, l'autre à gauche. Entre les i« chaires et le soleil il y avait un espace. Du soleil ^ s'échappaient comme deux rayons dirigés l'un vers « la chaire de droite, l'autre vers la chaire de gauche. ^( De cette dernière une voix commença de parler. Bien « que dans la chaire on ne vit personne, on entendait « pourtant la voix se plaindre. Elle disait au soleil : « Salut, Roi éternel I tu es Créateur, Rédempteur et « Juge équitable. Rien ne l'est caché, tout t'est connu.