‹ Sainte Brigitte de Suède, sa vie, ses révélations et son œuvreChapitre 78 sur 132 · I.ftec. /K · texte numérisé non relu

I.ftec. /K

8AINTB BRIGITTB. U

8AIHTE BRIGITTE.

pompe dont le souverain por ,nne qui maintenant imagination lui montrait î ^yec ta permission. La Venise, de Gènes et de P' vicaire qui est assis à ta une ville flottante, et vp ^,„() gj^ge dans la vieille ville de la barque de P ,ent les corps des premiers papes, messe du aouver ^paul et de beaucoup d'amis choisis brait sur le rive ^.^ chaire de droite une voix répondit ter le nomlp ^,.^a du {saint-) siège à Rome satisfait Mais WW ^^borre tachule et la corruption de la sainte scopal* /;;. ^^( leg portes s'inclinent plus qu'elles ne ***?' /i^iii vci's la terre. Les crochets des portes , '*'.'^nssi n^dressés qu'ils peuvent l'être et ne sont F '"^do totiL recourbés. Le pavé est creusé de tels '.Cas ([u'ils n'ont point de fond. Du toit tombent des 'colles de soufre enflammées et brûlantes. Elles j^panden! une fumée désagréable. Les murs sont ^ aussi horribli.'s à voir que s'ils étaient enduits de sang , corrompu. Lorsqu'il eut été parléde la sorte, une voix « s'éleva h main gauche et dit à celui qui avait parlé : K explique les mots que tu as proférés et ce que signi- « fie au spirituel ce que tu as exprimé sous une ■1 l'orme matérielle. A main droite, la voix répondit Il ainsi : La saitito Eglise est la société des chrétiens; ». le [lapc est comparé aux portes ; les cardinaux auï « crochets ; tous les autres clercs séculiers au paré; i< les ordres religieux qui devraient suivre leur règle u sont le toit ; les laïques chrétiens les murailles. Le " pape peut, s'il le veut, renouveler cette église et la

iiie aont ajoutés au feile de la sainte que m Vi>ir Avant-propos, p. S, note 4,

'is belle. Qu'il commence d'abord par soi- 4 recherche et s'informe s'il y a quelque ' t, contribution ou service pontifical qui -draisonnable, puis, qu'il fasse restitu- \ ogitime possesseur. Ensuite^ qu'il considère

^ lOpre maison, ses meubles^ ce qui est en or et en argent, ses animaux et ses vêtements. Qu'il « prenne le nécessaire et qull donne le superflu, c< conservé par orgueil, à ceux qui ont de justes besoins. « Enfin, que selon les convenances il administre sa « maison. Il lui est permis, s'il voit qu'il le faut, d'a- « voir des troupes mercenaires, non point qu'elles « puissent défendre sa vie : sa vie est entre les mains « de Dieu, quand Dieu voudra l'appeler à son tribunal ; « mais il doit les avoir afin de réprimer les hommes « déloyaux. Que le pape élève le désir de son amour « au-dessus des choses caduques. Qu'il tourne ce désir « vers le séjour où se trouve tout le nécessaire avec « la joie sans terme préparée par Dieu, au royaume « des cieux, à ceux de ses vicaires qui, assis à sa « place dans le royaume de la terre, suivent sa volonté. « Alors les portes de la sainte Eglise seront relevées « de terre, alors toutes les choses imparfaites seront « conduites avec sagesse. Il {le pape) se tiendra dans • l'abstinence raisonnable et aimera ses sujets d'un « amour venant de Dieu. Les crochets figurent les carie dinaux qui devraient soutenir les portes. Ils tendent « le plus qu'ils le peuvent vers l'orgueil, la cupidité et « la volupté. C'est pourquoi le pape doit prendre un « marteau et une pince afin de courber les crochets « selon sa volonté. Qu'il les courbe d'abord avec la

H pince, c'est-à-dire avec (le douces paroles, avec des " conseils ÎDspirés de Dieu, pour qu'ils renoncent à la « simonie, aux mœurs pécheresses et k tout superflu, « Le pape frappera de son marteau celui qui n'obéira « pas, c'est-à-dire qu'il manifestera sa colère, dimi- « nuera les prébendes et courbera les (cardinaux) k sa " volonté, de telle sorte qu'ils puissentêtre les crochets « de la sainte Eglise et mériter ce nom. Le pavé de la « sainte Eglise signifie les évêques et les clercs sécu- « liers. Leur avarice est si profonde que rien n'y peut « suffire. Leur superbe, leur vie impure jettent une « écume qui est cette fumée abominable à sewffV pour 0 les amis de Dieu. S'il le veut, le pape peut beaucoup « améliorer cette situation, en conseillant à tous les « évëques d'agir au sujet des richesses et da reste « selon les conseils qu'il a été convenable que lui- « même reçût. Ensuite il invitera chaque évêque àcon- " sidérer la vie de ses clercs. On prendra la prébende " qu'ils tiennent de l'Eglise k ceux qui ne voudront « pas s'amender et vivre dans la chasteté. Il est plus « agréable à Dieu qu'on ne dise pas de messe eu une « ville que de laisser des mains prostituées manier son " corps béni. Que la simonie soit écrasée et poursuivie " autant que possible. En faisant les choses qui vien- <■ riijnt d'être dites, le pape pourra renouveler le pavé " de l'Eglise. Ceux qui onL abandonné te monde et se » sont liés sous la règle de l'obéissance, sont comparés Il nu toil. De même qu'un toit garantit de l'humidité et

« du mauvais temps, ainsi les réguliers devraient « défendre {la chrétienté) de la colère de Dieu, parleur « humilité, leur abstinence, leurs prières et leur psal- « modie; maintenant, au contraire,ce typemaudit excite « le courroux céleste. Ils ont abandonné Thumilité et « sont l'orgueil même. Us ont méprisé les débuts et le « mode de vivre de leurs bons patriarches ; aussi le « démon a rendu leurs cœurs brûlants d'un feu figuré (c par celui du soufre enflammé. Ce feu ne sort pas « seulement de l'orgueil, mais de beaucoup d'autres « péchés et de mœurs impures qui sont comparées au « goudron et à la poix. L'exemple [des réguliers) a conc duit un grand nombre [dames) à la réprobation. « Le pape peut renouveler le toit et le mieux faire *. »

Ce n'était pas la première fois qu'Urbain V entendait ce langage. Avant le rétablissement du saint-siège à Rome, Brigitte écrivait à un prélat influent de la cour d'Avignon :

« Révérend seigneur, faites avertir le pape de l'état « lamentable de la ville. Les édifices où reposent les € ossements des martyrs sont détruits, les temples < souillés par les hommes et même par les animaux. « Les constitutions des papes, directement inspirées de c< TEsprit-Saint , sont remplacées par des abus inspirés « du démon. Les clercs, de vie irréprochable, qui vite valent des revenus de l'Eglise, cèdent la place à des « laïques; obligés de renoncer au mariage pour obtenir « les prébendes du canonicat, ceux-ci se livrent ouver-

1. Ainsi que nous Tavons dit f Avant-propos, p. 2, notes 1 et 2). Ce document, écrit de la maiu même de Brigitte, est conservé à la bibliothèque royale de Stockholm. II a été publié par M. Klemming (£/ppen. /K. 177, 181). O^t le chap. XLix, livre IV, de la traduction latine des Révélation».

« tement & Tinconduite. Véritables entremetteurs du « diable, les prêtres les imitent; ils ne rougissent pas (( d'avoir des maîtresses el tirent gloire de leurs enfants « naturels. Les moines, qui jadis chantaient nuit et « jour les louanges de Dieu, vont à peine au chœur. « Parfois il n'y a dans les couvents ni vie, ni messe de « communauté'. Les abbés habitent des châteaux situés « en pleine campagne, les religieux, des maisons de la « ville, et ils avouent des paternités criminelles. On ne « les reconnaît point à lliabit , qu'ils raccourcissent à « la façon des vêtements séculiers. Ils cachent leur « scapulaire comme une honte, et portent des armes. « Quel contraste avec les saints qui abhorraient la « richesse, l'orgueil et la concupiscence de la chair! (c Les règles de saint Augustin, de saint Benoit, de saint « Dominique et de saint François ne sont plus obw servées. Les religieux, les pénitenciers absolvent les « pécheurs à prix d'argent et s'enorgueillissent de m richesses mal acquises. A-t-on oublié que l'Eglise « ordonne qu'on se confesse et qu'on reçoive le corps « du Christ au moins une fois l'an, qu'on se marie si <r Ton n'est point appelé au célibat, qu'on jeûne des i( jours déterminés, qu'on se repose le dimanche et les « jours de fête, qu'on ne gagne point d'argent par « l'usure? Or, il y a dans la ville de Rome des centaines « d'adultes qui meurent sans avoir reçu les sacrements ce de Pénitence et d'Eucharistie, Des hommes mariés (c chassent leurs épouses légitimes, les remplacent par « des maltresses ou réunissent l'une et l'autre sous le

1. a IdeOy dit le texte latin^ talia loca similiora sunt lupanaribus quam (( sanctis claustris. »

M même toit. On ne jeûne guère durant le carême, et K certains de ceux qui semblent jeûner mangent la nuit. c Les riches envoient leurs serviteurs travailler les <c jours fériés. Les chrétiens exercent l'usure avec or plus de cupidité que les Juifs. Oh ne craint plus les « châtiments de TËglise ; les excommuniés osent K assister aux offices ; les prêtres les adcueillent, et si « Ton paie ils ne refusent pas de les enterrer. La foi ff catholique disparaîtra à moins' qu'un homme plein « de foi, guidé parTamour de Dieu et du prochain, « n'abolisse ces abus. »

Il était arrivé le pontife libérateur attendu de la sainte -et des fidèles serviteurs du Christ. Brigitte con** tinua de le prendre pour confident de ce que le Verbe révélait sur TËglise militante. Avec une infinie miséri* corde, la divine Trinité considérait non seulement les catholiques, mais ces infidèles, ces juifs et ces hèréti* qoes qui ne font pas partie du corps de TEglise et qui par leur bonne volonté font partie de son âme. C'était à tous que le Seigneur chargeait sa servante de porter la parole divine : « Mes révélations, disait-elle, ne « sont point mystérieuses et voilées comme celtes de « saint Jean et de saint Paul, chacun peut les compren- « dre. » Elle racontait donc au souverain pontife que rhumanité lui était montrée sous la forme de cinq personnes. La première représentait le clergé, qui devrait imiter la pauvreté des apôtres. A une époque indéterminée, un pape, que le Seigneur ne nommait pas dans la vision, se fait le meurtrier des âmes confiées à sa garde, il les tue par le mauvais exemple et les livre à Tennemi même à qui le Christ les avait arrachées, aussi son trône

s'engloulit au milieu de Tabîme et ses mauvais conseillers brûlent d'un feu inextinguible \ Brigitte voyait souvent des membres du clergé devant le tribunal de Dieu. Un cardinal élait livré au démon en châtiment de ses concupiscentes ^ Un archevêque était condamné pour avoir conseillé le mariage des prêtres, que le pape lui-même* ne pouvait permettre, assurait la sainte, sans encourir la damnation Plus tard, la vision céleste lui montrait certain prélat hypocrite sous la forme d'un corps en pourriture. Puis elle voyait clairement que la vie des évêques qui ne résident pas est contraire à leur état. « Ils sont comme des porcs revêtus d'habits « sacerdotaux, » écrivait Brigitte au gouverneur de la Marche d*Ancône. Le ciel se plaignait encore de ce que les Curéâ fissent de leurs fonctions un objet de trafic. Elle en prévient le souverain pontife et lui signale aussi la misère morale des moines. Ils recherchent les biens temporels, non pour exercer la charité, mais pour satisfaire leurs passions ; ils se livrent à Tétude sans discipline, discutent sur des subtilités et perdent leur tennps. Les docteurs travaillent uniquement afin d'acquérir des dignités. La science théologique ne doit servir qu à éclairer notre charité et à l'augmenter par la connaissance de Dieu, mais ils l'oublient. Une voix appelle

1. Rev.IIl. 26. — IV. 33, — Vl. 77, 83. Ou reconnaît généralement à ce portrait le pape Clément VI. Peut-être la désignation n'est-elle pas absolue el iaut-il voir un reproche plus général, dans lequel Urbain Vl aurait sa part.

2. Cette révélation (VI, 70) a rappelé à M. Baudrillart (Hist. du Itixe^ IK, 648, 649), la lettre satirique écrite à Clément VI de la part des diables. On pourrait multiplier les citations des écrits de Brigitte qui ressemblent par les idées et la forme aux censures portées à cette époqiie contre le clerçé, régulier et séculier.

tout le clergé ; qu'il se tourne vers son Rédempteur.

La seconde personne offerte aux regards de Brigitte est la figure des mauvais laïques. La sainte entretenait Urbain des chrétiens qui, après avoir juré de servir Dieu, loublient comme s'il n'existait pas. Ces ingrats traitent d'insensé le Christ mort pour leur salut. Ils ne craignent plus le glaive de l'Eglise et n'ont de confiance qu'en leurs richesses. De tels pécheurs, qui se préfèrent à Dieu, tomberont dans l'abîme infernal.

« La troisième personne, disait Brigitte au souverain « pontife, représente Israël, peuple choisi de Dieu, « dont naquit la Mère du Rédempteur, s» H n'a point reconnu le Messie et l'a crucifié, les juifs ne verront donc point Jésus-Christ dans sa gloire : c'est la terreur de leurs consciences qui les éclairera.

La quatrième personne que juge le Seigneur est l'image des païens. Dieu les a créés et rachetés. Cependant ils sontaveugles, et le manque de bonne volonté les retient captifs de leur ignorance. Au dernier jour, ils apercevront la lumière sans pouvoir en jouir.

Enfin la sainte montrait la tendresse du Christ pour la cinquième personne, qui figurait les amis de Dieu. Sur terre ils souffrent une dure captivité ; s'ils prêchent, on leur ferme la bouche; s'ils font du bien, on leur perce le cœur; mais tout cédera devant Tardeur de leur zèle ; le Seigneur les multipliera et les honorera.

Urbain V ne négligea pas ces avertissements. Austère, savant at pieux, il réprima^ dès la première heure, les abus qui déshonoraient l'Eglise. La simonie fut recherchée, condamnée, et le vice n'osa plus se montrer è la cour pontificale, En même temps, le pape

régnait sôul mattre à Rome. Appauvri, fatigué d'un pouvoir qu*îl ne savait point exercer, le peuple avait fait sa soumission. La noblesse, déjà rompue au joug par la démocratie, s'empressait d'accepter une suzeraineté plus digne. Les barons, qui s'étaient éloignés de Rome, y rentrèrent. La sainte put assurer à son ami, le comte Latino, que le pontife français était aussi pieux que le pape Nicolas III, cette gloire de la maison des Orsini,et que le premier souci d'Urbain semblait l'honneur de l'Eglise. Elle faisait remarquer qu'avant même de restaurer le Vatican, on relevait les sanctuaires. Charles IV ratifiait toutes les donations de l'empire aux successeurs de saint Pierre et les privilèges de l'Eglise. Déjà, sous l'influence de la cour romaine, une ligue s'organisait pour défendre la papauté contre son plus sérieux ennemi, Visconti, seigneur de Milan. Enfin l'arrivée des souverains nominatifs de Terre Sainte , la reine de Naples , héritière de Jean de Brienne, et le roi de Chypre, Pierre de Lusignan, réveillait l'espoir d'entendre le pape prêcher la croisade.

Le jour après lequel Brigitte soupirait depuis quinze ans se leva enfin. L'empereur et le pape se rencontrèrent à Rome, et la sainte vit le pouvoir né de la volonté des hommes s'incliner devant Tautorité du vicaire de Jésus- Christ. Le matin du 31 octobre 1368, un imposant cortège entrait par la porte Collena et se dirigeait sur Saint-Pierre. Urbain V montait une blanche haquenée, dont l'empereur tenait les rênes avec un fidèle serviteur de l'Eglise, le duc de Savoie. Arrivé devant la basilique, le pontife mit pied à terre , entra âtl cailiêtf d'une

foule immense et célébra la sainte messe, que servit Charles IV.

A Vilerbe, l'empereur avait reçu de Brigitte un pli de parchemin. La sainte recommandait à Sa Majesté Impériale quatre filles du ciel: l'Humilité, l'Abstinence, l'Abnégation et la Charité que la Volupté avait chassées de leur héritage et remplaiîées par ses enfants : TOr- ^eil,le Plaisir, leLuxe et la Simonie. Quittant la forme allégorique, Brigitte s'adressait de nouveau au souverain allemand et lui transmettait ces paroles du Seigneur: cr Je suis la lumière qui illumine toutes choses « et s'est rendue visible en mon humanité. Je t'ai établi « dans le monde comme un flambeau destiné à éclairer « les hommes, et je t'avertis que j'ai révélé à une femme c les paroles de ma justice et de ma miséricorde. Exaf mine-les. Sache que j'ai dicté à celle qui t'écrit une € règle d'ordre religieux en Thonneur de ma Mère ; lis f toute cette règle, efforce-toi de la faire approuver c par mon vicaire, ainsi que moi-même je l'ai ap^jrouvée « devant tous les bienheureux ^ >

En présence du plus grand d'entre les souverains temporels et des princes de l'Eglise témoins de ses dons surnaturels, la sainte remit au pape, pour en solliciter Texamen, les constitutions de son ordre. Urbain fit une réponse évasive, et Charles quitta Rome sans s'occuper davantage de la requête de Brigitte. On ne s'en étonna point : aux yeux des hommes, l'empereur et la sainte se montraient sous des aspects fort dissem-

1. Rev.L 23. 24, «8, il. 65. 56. - ///. 8, 24. 28, 133.- /F. 2i, 45. 116. K/.ll,15, 68, 70, 72, 73,77, 89, 101.— F//. 10, 29, 31.- F///. 51. Extrav. 34.

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blables. La (ière Scandinave pei'sonnifiait la fol' vigoureuse, la chevaleresque poésie de la féodalité, déjà sortie du domaine de la politique pour entrer dans le domaine de Thistoire ; le monarque étonnait son temps par des accommodements et des idées neuves ; elle vivait du passé, lui de Tavenir, et ils ne voyaient pas de même le présent \

Sur ces entrefaites, un pèlerinage suédois se présenta au tombeau des apôtres. A sa tête étaient les deux fils de la sainte, Févêque de Vexiœ et la vieille sénéchale d'Upland. Recevoir la bénédiction du saintpère, au moins une fois au cours de la vie, semblait une tradition de leurs races, et ils profitaient de ce que rien ne les retenait en Suède pour venir s'incliner sous la main d'Urbain V. Charles n'aimait point sa femme et n'en était point aimé ; Birger avait perdu la sienne, et les enfants des deux frères restaient sous la protection d'un homme fort puissant à la cour, leur commun aïeul maternel, dont les ancêtres étaient compatriotes du nouveau roi. Charles et Birger n'empor* talent donc pas d'inquiétudes au sujet de la famille. Quant à la patrie, ils se sentaient impuissants à la servir dans les luttes de partis coupables. Le sénéchal de Néricie, relevé de ses fonctions, était alors chargé de recruter des milices, emploi sans honneur s'il s'agit de la guerre civile ^ ; il s'empressa encore plus que Birger d'échanger son épée contre le bâton du pèle-

1. Geschichte Kaiser Karls IV und seiner zeit von D' G. ViTerunski. Insbrwhy 1880.

2. Bidrag tiU Skandinaviens Historia ur Utlândska arkiver Samlade och utgifna Af. C. G. Styffe, Stockolm Nordstedt, 1859. /, 1^ t2l.

rin ^ Thomas de MaisLad porlail en cour de Kome dès requêl3s pour son diocèse, et la veuve d'UJf (Sparre) de Tofta espérait, dans la ville sainte, mieux prier, mieux mériter pour Tâme de son époux.

Comme toutes les joies terrestres^ la réunion de la famille de Brigitte, séparée depuis vingt ans, fut mêlée de quelque amertume. Le premier regard de la sainte sur son fils aîné, lui montra qu'il était miné par une maladie de poitrine. Elle Tattira sur son cœur, et aussitôt un flot de sang jaillit des lèvres du chevalier ; mais il emportait le mal ; le contact du cœur maternel venait de guérir Charles Ulfsson. Catherine avait aussitôt compris le miracle et elle l'expliqua aux Romains qui l'interrogeaient ^

La dame de Tofta ne demanda point un prodige mais des prières. Lors du premier pèlerinage de Tévêque de Vexiœ et de sa diocésaine à Rome, Brigitte, ravio en extase, avait assisté au jugement d'Ulf Sparre. Le démon faisait le procès de celte âme, représentée sous la forme d'un cœur tremblant. Sans doute la charité du mort effaçait ses iniquités, cependant les péchés commis devaient être expiés. Le chevalier restait condamné à subir en tout son être, jusqu'au dernier jugement, la peine qui purifie. La Mère des Miséricordes et les saints qu'il avait honorés, intervinrent et obtinrent une miligation de l'arrêt ; puis il fut révélé à

1. Los dociimenU anciens différent sur la date de ce voyajçe. En ïes compulsant, on les comparant avec les actes publics sig^nés par Charles ou par Birgcr, il est facile de s*assurer que ceux-ci vinrent deux fois à Rome : eu 1367 et en 1370.

1 Proc. Can. Dep. Cec. Nicolay f. 187 v.

l'extatique qu'en rendant aux légitimes possesseurs les biens mal acquis par le mort^ qu'en faisant des aumônes et des prières à son intention, on abrégerait ses souffrances. La veuve d'Ulf se souvenait qu'au jour de leur mariage elle avait promis d'être le secours de son époux, et tout ce qu'indiquait le ciel, elle l'accomplissait. Maintenant elle réclamait de nouvelles lumières. Brigitte pria, et une vision lui montra de nouveau l'âme du chevalier au tribunal suprême. « Des larmes d'amour ont « coulé devantnioî pour cette âme, disait le Maître, faites- « la entrer en ce repos qu'elle ne saurait concevoir, <t si elle était encore sur terre. ï> L'âme monta, pareille à un astre qui se lève ; mais de la bouche du Christ sortaient des paroles sévères : « Le temps est .proche, « déclarait-il, où je ferai justice. La progéniture de ce « mort s'enorgueillit ; elle recevra son châtiment. » * La sénéchale avait délivré l'âme attachée â la sienne. Elle chanta son Nunc dimiitis et offrit peut-être sa vie pour ses enfants, que Brigitte voyait menacés des colères célestes au milieu de la guerre civile. Toujours est-il qu'elle mourut dans la Ville éternelle et y fut enterrée près des saints ^

Urbain V reçut en audience particulière Brigitte, ses fils et leurs compagnons. Birger ressemblait à un homme d'armes des vieilles légendes du Nord. Charles brillait par le luxe fastueux que les Suédois empruntaient aux Allemands. Sur sa cotte de mailles, il portait une ceinture d'argent massif et drapait un manteau couvert d'hermines , enrichies des plus étincelantes pierre-

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