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Les paroles surnaturelles se font entendre soit aux sens extérieurs, soit aux sens intérieurs, soit sans leur intermédiaire à Tentendemeut. On les divise donc en aariculaires, imaginaires et intellecluelles. Les paroles surnaturelles aurieoiaires retentissent aux oreilles du corps; ce sont des vibrations miraculeusement formées dansTair par le ministère des anges. Les paroles surnaturelles imaginaires sont entendues dans Timagination, soit à Tétat de veille, soit à rétat de sommeil, et généralement pendant Textase. Ce que nous faisons par la parole pour manifester notre pensée, Dieu Topère sans retentissement extérieur. La parole intellectuelle se fait entendre directement à l'intellifance, à la manière dont les anges se communiquent leurs idées. Gfr. Traité dt la Vie intérieure, Petite Somme de théologie ascétique et mysfifue. éTmprèê Vetprit et tes principes desaîht Thomas d'Aqttirifpar te R. P. Fr. André-Marie Haynard, daa fréras Prêcheurs, fr édition, Ctermont- Ferrand, 1889. //, 442 à 449.
12 SAINTR BRIGITTE.
tomber sur elle d'une façon sensible, extérieure *. Au sommet d'un autel, dressé dans la chambre de Brîg-îtte^ la très sainte Vierge apparaissait revêtue d'habits resplendissants, et lui disait « Vi^ns d.
L'enfant s'élança, attirée par un charme irrésistible. La Vierge-Mère lui montrait une coujonne : « La veuxtu? » demanda-t-elle ? Brigitte inclina sa jeune tête en signe d'assentiment, et Marie la couronna.
La vision disparut, mais longtemps Brigitte sentît sur son front l'invisible diadème que Dieu lui avait préparé, et qu'il lui gardait pour Téternité.
L'enfant prit sa mère pour confidente. Ingeborge possédait la connaissance de l'Ecrilure sainte ; ses lectures et sa propre expérience l'avaient accoutumée à considérer comme possible le commerce des esprits célestes avec les hommes; elle trouva juste que sa fille vît plus haut et plus loin qu'elle-même. Au lieu de la railler ou de la réduire au silence, elle donna un aliment à la vie intérieure qui devançait les années, et laissa Brigitte assister aux sermons que le clergé régulier et séculier du pays prêchait en langue vulgaire.
Les frères Prêcheurs et les frères Mineurs unissaient leurs efforts à ceux des Bénédictins allemands amenés par saint Anschaire, à ceux des missionnaires anglais de Cluny , compagnons de saint Sigefrid, enfin à ceux des moines de Ctteaux qui venaient de s'établir en Suède. Au cours du carême de 1314 un
1. Deux sortes de lumières éclairent le inonde, le lecteur ne l'ignore pas: l'une, la lumière prophétique, illumine les livres sacrés, l'infaillibilité du souverain pontife et, à un degté inférieur, les révélations privées dessaints; l'autre, la lumière de foi, est pour toqs les chrétieqq.
SA JEUNESSE. i3
religieux des nouveaux ordres, le prieur franciscain dX'psal ou peut-être le Dominicain Israël Erlandsson, provincial de Dacie et parent de Brigitte, lui fit pour la première fois, du haut de la chaire, le récit de la passion.
L*Edda avait formé une langue vigoureuse et poétique, merveilleusement propre à la prédication des souffrances du Christ, de la Vierge et des saints. L'orateur était éloquent, et ce sermon fut pour Brigitte la révélation d'un sentiment jusqu'alors inconnu: la douleur. Mais elle ne s'arrêta pas à discuter ce terrible mystère. Avant d'avoir subi la juste loi qui, depuis le péché originel, écrase les enfants d'Adam et reste souvent pour leuresprit une insoluble énigme; avant d'avoir entendu la symphonie universelle de plaintes poussées par la révolte ou la résignation vers le ciel parfois muet, Brigitte comprit rinfinie déclaration d'amour que le Christ faisait à l'humanité en s'incarnant pour vivre, souffrir et mourir comme elle. Elle vit l'éternel Amour supporter la vie et la mort, sans jamais dire : c'est assez. Elle vit Jésus-Christ s'immoler pour elle, avant qu'il lui demandât rien en retour, et elle l'aima. Déjà cette prédestinée ne pouvait plus connaître la lie amère du calice des douleurs , car verser des larmes que l'amour compte, porter des fardeaux que l'amour pèse, endurer des tortures que l'amour récompense en aimant, est une peine qui, plus que toute autre chose terrestre, ressemble au bonheur.
Tout le jour, Brigitte songea aux paroles qu'elle avait entendues, et la nuit venue elle ne put s'endormir. Son Dieu expirant absorbait toutes les facultés
de son être. Soudain, comme TApAtre sur le chemin de Damas, elle aperçut une grande lumière, puis une croix éclatante parut se dresser devant elle. Jésus- Christ y était attaché.
< C'est ainsi que j'ai été traité, » disait le Maître du ciel et de la terre.
« 0 mon doux Seigneur, qui vous a fait tant de mal ? » demanda Brigitte.
« — Ceux qui méprisent et oublient mon amour *, » répondit Jésus. La vision '^ s'évanouit, mais cette enfant de dix ans porta désormais dans son cœur l'image des souffrances du Christ. A partir de cet instant elle suivit la vocation qui l'appelait au Calvaire, et sa route fut lumineuse. En courant embrasser la croix, elle ne traversa pas les ténèbres de Gethsémani.
Dès que Brigitte aima elle dut souffrir ; non point dans la solitude et Tangoisse, mais en union avec Jésus-Christ. Une fièvre lente, qui ne laissait aucun espoir, minait les jours de sa mère. Ingeborge s'était usée dans l'accomplissement de ses devoirs maternels, et elle avait connu le déchirement de rendre à Dieu plusieurs enfants ; puis les malheurs publics l'avaient presque autant affaiblie que les malheurs domestiques.
Quelque temps après le couronnement du roi, des discordes avaient éclaté. Elles affligèrent profondément la châtelaine de Finstad, non seulement dans l'intérêt qu'elle portait à son pays, mais dans son affection pour