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veraient, même dans les lieux frappés d'interdit \ Eu marche on réciterait un chapelet enrichi de grâces singulières par le souverain pontife: une indulgence de cent jours était attachée à chaque grain. L'habitude de compter le nombre des prières sur des boules ou des clous enfilés datait de la primitive Eglise et restait généralement répandue, mais §auf dans Tordre de saint Dominique, où, suivant Texemple du fondateur, on continuait à dire cent cinquante At)e, divisés par qumze Pater et autant de G/on«, le rosaire avait été oublié durant la grande peste. Chacun disposait le chapelet suivant son attrait particulier. Celui de Brigitte était de réciter soixante- trois Ave en l'honneur des soixante-trois années de vie terrestre que la tradition assigne à la Vierge ; sept Pater pour célébrer les sept douleurs et les sept allégresses de Marie; enfin sept Credo au lieu des Gloria du rosaire. Elle formait ainsi une suite de six dizaines terminées chacune par un Pater et un Credo, et achevées par la récitation d'un dernier Pater ^ d'un Credo et d'un Ave ^
L'Avent commençait quand on partit, et le jeûne préoccupa la sainte. Elle souffrait du foie; plusieurs de ses compagnons ne jouissaient point d'une robuste santé et, dans le chemin qu'on allait prendre au travers de l'Italie, on craignait de ne pouvoir se procurer de
t. Vrhani P. nob. mal, Birgiltas et Jiateiinœ. Dat. ap. montem Fias. 12. hl, Jun. ponl. 17/. Viaticum pro Dm Birgitla ejuftque liheris Carolo de i'ifaia^ Birgeroet Catharina deRomana cutia recedentibus ad S. Nicnlaum ée Baro et locum S. Angeli de Monte Qargano. Siponte diocesi Dal, Rom. op. S. Pétri IX, kal. Dec. P. VUL Celse Bull. 131-132. Ces pièces sont reproduites dans le Buliaire romain et dans d'autres ouvrages.
-. Arch. de laChanc. delà Congrégallon de» indulgences, Vf, 144.
poisson. Devait-on se rendre malade ou rîsqner de scandaliser le prochain ? Avec la filiale confiance dont elle avait la coutame, Brigitte demanda au Seigneur ce qu'il fallait faire. La réponse du Maître fut pleine de douceur. Comme dans TEvangile^il recommandait à ses serviteurs de ne point suivre Texemple des pharisiens et de manger ce qui était utile au soutien de leur vie.
Le bizarre itinéraire qu'imposaient les épidémies et les cordons sanitaires permit aux Suédois de s'arrêtera Orlone, où plusieurs d'entre eux avaient suivi Brigitte en 1365. Impatient d'y arriver, on voulut, malgréle conseil des guides, presser Je voyage et gagner une étape, aussi, quand on parut cous les murs de la ville, les portes ne s'ouvraient plus. II fallut passer la nuit dehors. Brigitte la consacra tout entière à l'oraison. Au point du jour, le Christ l'avertit qu'il la punissait ainsi de l'ardeur avec laquelle elle avait suivi sa volonté propre. « Entre maintenant, dit le Maître, mon servi- « teur Thomas te donnera ce que tu désires, d Près des reliques de l'apôtre, Brigitte jouit encore de la présence sensible du Seigneur Jésus. « Voilà mon trésor, ma « lumière, » disait le Verbe incarné, montrant l'apôtre sous une forme corporelle. Et celui-ci ajoutait : <( Je « vais te donner ce que tu souhaites depuis long- « temps. » Alors les pèlerins, groupés autour de la châsse, les confesseurs et les enfants de Brigitte, furent témoins d'un éclatant miracle. Le coffre qui renfermait les ossements du bienheureux s'ouvrit de luimême ; un fragment des reliques traversa l'espace et tomba sur les mains de la sainte. Brigitte désirait,
en effet, dès son premier pèlerinage, ce qu'elle obtenait au second ^
Gomme deux ans auparavant, on se rendit au sanctuaire des saints Auges, puis on aperçut les remparts de Bari.
L'évéque, Barthélémy Carrafa, se souvenant des apparitions miraculeuses de saint Nicolas à Brigitte, offrit son palais aux pèlerins. Il leur rendit la possibilité du jeûne et de Tabstinence en les invitant à manger les poissons qu'on pèche sur le rivage.
La halte des Scandinaves à Bari fut courte. Le Seigneur ordonnait de passer les fêtes de No6l à Naples, il fallait se hâter. Une pénible course des rives de l'Adriatique au golfe de Salerne conduisit les voyageurs dansTantique cité où reposent les reliques de saint Matthieu. Brigitte s'agenouilla devant la châsse. « Vous avez été un excellent changeur , dit-elle au c publicain devenu évangéliste : vous avez troqué les « biens périssables pour les biens éternels ; comme prix « de vous-même vous avez reçu Dieu. ♦> L'apôtre se montra aux regards privilégiés de la voyante : « Béni c soit le Seigneur qui t'a inspiré de me saluer ainsi, • répliqua-t-il. Puis, pour l'instruire, avec tous les chrétiens, il continua : « Dans la charge que j'exerçais au « service de l'Elat, je m'efforçais de tout régler avec c équité; je cherchais Dieu seul, et au premier appel je « lesuivis. La richesse, les honneurs n'étaient plus rien « à mon âme remplie de reconnaissance et d'amour.
1. Proc. Can. Dep, Pr. de Alvastro sup. IQ© art. /". 208 r. et v.— Rev. VUL U. Extrav, XCIX.
380 SAINTE BBIGITTE.
d Après la passion, je rapportai ce que j'avais vu et en- (( tendu, non par vaine gloire, mais pour la louange du <i Maître et le bien des hommes. Aujourd'hui on s'efforce « de détruire l'action de mes écrits, on y trouve des « contradictious. On dispute sur les préceptes évan- « géliques au lieu d'y conformer sa vie, j> Avant de ^ quitter le sanctuaire, Brigitte eut Fintelligence d'une autre vision qu'elle n'avait jamais pleinement comprise. Quelques années auparavant Jésus-Christ lui était apparu : il excitait ses serviteurs à convertir des âmes. Ceux qui vivaient dans le siècle donnaient leur cœur à l'apostolat ; mais leurs forces, leur esprit, leur temps étaient consacrés à d'autres objets que le salut des hommes. Outre leur cœur, les religieux offraient leur obéissance ; quant à leur volonté, elle n'était pas dans ce sacrifice de soi au prochain. Enfin, prête à braver la mort, une élite peu nombreuse s'offrait tout entière. Au tombeau de saint Matthieu, Brigitte pénétra les sentiments de cette élite, qu'elle avait seulement devinés autrefois, car le Verbe lui fit éprouver l'amour qui, sans aucun désir de récompense, porte à se sacrifier aux êtres en péril de mort éternelle. Elle sentit avec une intensité extrême la force de l'exemple silencieux, des paroles persuasives où l'éloquence humaine n'a point de part, du pardon des injures, de la prière, de l'offrande de soi-même. Saint Etienne était présent avec l'évangéliste ; grâce à eux elle vit clairement que, pour sauver ses frères, il faut savoir prier, prêcher, souffrir et mourir.
L'écho des paroles entendues à Salerne résonnait au plus profond de son âme quand, au sortir de la ville.
elle suivit la côte ensoleillée d'Amalfi. Au milieu des splendeurs de la nature, de la. végélation embaumée d'une terre égayée par le murmure des eaux et les sourires du ciel, le Verbe disait à son épouse qu'il faut fermer les yeux aux biens d'un jour afin de les ouvrir à Tinvisible, à l'infini, mille fois plus beau et désirable*.
Les pèlerins entrèrent dans Amalfi vers la fin de TAvent. L'antique rivale de Venise était bien déchue ; pourtant l'église, où depuis 4208 reposait le corps de saint André, élincelait encore de splendides mosaïques. Brigitte entendit-elle, comme d'autres, les ossements du bienheureux saluer la croix? On ne sait. Mais Notre- Seigneur lui assura que cet apôtre était le secours des justes et des pécheurs, qui obtenaient à son tombeau le pardon de leurs fautes, n 11 n'a point eu honte de ma « croix, il Ta portée joyeusement, disait le Maître, < aussi j'écoute ses prières ^ »
11 semble qu'en quittant Amalfi les fils de Brigitte aient repris le chemin de la Suède avec l'évèque de Vexiœ et le prieur d'Alvastra, car ils ne parvinrent point à Naples. Tandis que cette partie des pèlerins regagnait le Nord, l'autre recevait de nouveau l'hospitalité au palais Buondelmonte. Jacqueline se souvenait de la puissance surnaturelle de l'étrangère; elle lui amena son fils Esaii qui, à sept ans, se mourait d'une maladie de langueur, et avec un signe de croix la sainte guérit