‹ Sainte Brigitte de Suède, sa vie, ses révélations et son œuvreChapitre 81 sur 132 · I. liev. m A. - yK · texte numérisé non relu

I. liev. m A. - yK

i. Rev, VL 107.— Istoria deirantica Reppublica d'Amalfi di F. Pansa. .Vtfpo/i, Secerini, 1721, 1. 2. 173.

380 SAINTE BBIGITÏE.

a Aprèsla passion, je rapportr - près de la crèche,

« tendu, non par vaine gloir aie *-

il Maître et le bien des hoir *^e ne fût point passée

« de détruire T action H oélèbre abbaye du Monl-

« contradiclious. On ^ues de saint Benoît ; mais,

« géliques au lieu >enédictine, que le pape enten-

quitter le sanctu?- laisant passer des moines noirs

autre vision qu' ,/(inles, ressemblait à un repaire de

Quelques BLn\^,^t la voie de terre, les Scandinaves

paru : il ev//^ ^^^'^®'' escarpé sur lequel s'appuie la

Ceux quv/fde Sermoneto. Là, le curé, don Sancio

à Tapo '/ j^iir offrit un logement. Malgré la saison

étaif J//' cette partie de la campagne romaine était

hc /^p^^ '* fièvre. Une robuste servante de Brigitte,

f i^^^ande Catherine, fut prise de violents frissons.

/^^^rà Sermoneto était coûteux ; on s'unit donc pour

^ p/ier la sainte de guérir la malade^ et maître Pierre

.jai commanda au nom de l'obéissance. Prosternée sur

l^soly les bras en croix, la bouche collée contre terre,

Brigitte pria longtemps, puis elle appela sa servante :

(( Lève-toi, Catherine, » lui dit-elie. Il n'y avait plus

trace de mal, et ia Flamande partit pour Rome avec sa

maîtresse *.

1. Proe. Cdn. Dep, Magni Peiri et Kater, tup, 34* mi, f, 136 v. ti Pr» ie Alvattro sup. 19* art, f. 203 v. Ce miracle eut lieu eu 1370 et non en 1372, comme le veulent la plupart des historiens, car Alphonse de Vadaterra, qui était da dernier voyage, n*en fut pas témoin. Il l'explique lui-même. {Dep» 9up. U' art. f, 159 r.)

2. Proc. Can. Dep, Kater. sup. 34* art, f, 136 r. Dans leurs dépositions sur ce même article {f, 158. f. 223 r.). Tévêque de Jaen et le prieur d'Alvastra déclarent tenir de Catherine et de maître Pierre le récit du miracle de Sermoneto. Il eut donc lieu en 1370 et non au moment du voyage àt Terre Sainte dont Alphonse de Vadaterra et le cistercien faisaient partie. L>

S jours du printemps de 1370, Brigitte

'le des apôtres. Une nouvelle doulou-

^'y attendait : Urbain Y songeait à

"i çal pour sa patrie terrestre. Quand

idil entouré d'une multitude de fidè- ^it du Vatican à Latran, pour assister à A des chefs de saint Pierre et de saint Paul. .alla procession, toutle peuple racontait l'histoire .es restes sacrés, enlevés au premier siècle de Téglise par les Orientaux, puis repris par les Romains, et cachés dans les catacombes jusqu'à Tavènemeot du pape saint Corneille. Prôs de la vénérable veuve se tenait le prieur du chapitre de Saint-Nicolas de Bari, qu'elle avait converti en 1365. Il la supplia d'expliquer si vraiment les serviteurs de Dieu avaient été abandonnés sans gloire aux entrailles de la terre. Brigitte déclara que les reliques trouvées dans les catacombes étaient bien authentiques ; pouvaient-elles , tant que Dieu voulait les dérober à la vénération des fidèles, recevoir une plus digne sépulture qu'en la compagnie de nombreux martyrs gardés par les milices angéliqaes ^ ? On pénétra dans l'église. Le saint-père exposa sur l'autel des reliquaires splendides, que le roi de France venait d'enrichir de fleurs de lis en pierreries. Puis, la bénédiction du souverain pontife tomba une dernière fois sur les Romains prosternés devant lui. Le

date a été grattée au t 136 recto du procès de caaonîsatîon et remplacée par celle de 1^365 ; il est facile de s*ea convaincre en regardant au travers du papier.

1. Rev, I\\ 107. Marin Yulcano fut fidèle aux enseignements de la sainte. Trente ans après sa conversion, il mourut à Rome appelé par voix céleste^ peitréire eelle de sa vénérable amie.

384 SAINTE BHIGITTE.

lendemain même de ce jour, Urbain V quitta le Vatican pour Viterbe. Il ordonnait à la chancellerie de se préparer à partir, et Ton sentait qu'à jamais il abandonnait son poste.

Vingt ans auparavant, le Seigneur avait appelé Brigitte à travailler au retour du saint*siège dans la capitale du monde chrétien ; Tœuvre était accomplie. Maintenant que la volonté du pape semblait se révolter contre celle de Dieu, fallait-il agir? La sainte demanda des lumières au ciel. Elle en reçut d'abondantes, mais le Verbe se complut à éprouver sa foi. Tout en elle protestait; son impétueuse nature la jetait sur la route d'Avignon pour la fermer au pape, dût-elle mourir à ses pieds. Jésus-Christ ne lui dit pas une parole de l'inquiétude dont elle avait Tàme pleine. Ce fut un message très différent qu'il l'envoya porter à Urbain V.

Le pape s'était établi au château de Monteôascone. Brigitte lui demanda une audience. Ceux qui cherchent soit en eux-mêmes, soit en la politique humaine, le mobile de leurs actes, crurent qu'elle représenterait au pontife le péril où sa désertion mettait l'Eglise, De tout autres paroles lui étaient dictées: « Va vers le pape, « commandait le Christ à sa servante, il est bon et « serait un instrument utile s'il ne se laissait pas emc< prisonner dans les sollicitudes de la terre. Dis-lui: « voire temps est court, songez au salut des âmes qui « vous sont confiées. Je vous ai présenté une règle « dictée de Dieu pour l'ordre qui doit être fondé à « Vadstena, Jésus-Christ veut que vous la confirmiez. < Goninie dot spirituelle, vous assurerez au monastère « le don que lui fait le Seigneur : les indulgen-

« ces dont jouit Téglise de Saint-Pierre-aux-liens. >> Dès 1368, Brigitte avait remis au chef de TEgUse l'office des futurs religieux, le plan du monastère de Vadstena et les constitutions de l'ordre du Saint-Sauveur, non point modifiées, mais complétées d'après les enseignements successifs du Verbe. En 1370, la présence simultanée à Rome de Thomas de Malstad, du prieur d'Alvastra et de Pierre de Skeninge fournissait à la sainte les trois témoins suédois, Tun évêque, l'autre moine , le troisième prêtre, par lesquels le Christ lui ordonnait d'appuyer sa parole.

Lorsqu'elle habitait la maison du cardinal de Beaufort, Brigitte avait reçu du ciel le texte des leçons de matines, différent selon les jours, et propre à l'office des sœurs nouvelles. « Je t'enverrai mon ange, » disait le Maître à sa servante, après lui avoir déclaré que les religieuses ne devaient point réciter les heures canoniales, mais celles delà sainte Vierge: « mon messager f te révélera les leçons qui devront être lues dans le mo- « nastère. Ecris sous sa dictée. 2> L'oratoire de Brigitte communiquait, par une fenêtre, avec Téglise Saint- Laurent in Damaso. Chaque jour elle s'assit près du vitrail ouvert, tenant sa plume et récitant des prières, jusqu'à ce que i'ange lui apparût sous une forme humaine. Tourné vers le tabernacle, il s'adressait à elle en suédois. La sainte écrivait et remettait chaque soir à son directeur quelques pages d'une écriture large et irrégulière qui donne peu Tidée de son caractère ferme. Parfois elle attendait inutilement le pur esprit. Sa journée finie, elle disait à maître Pierre : <c Je n'ai rien fait. L'ange n'est pas venu. » Le messager céleste

SAIVTE BBIOITTE. IT*

acheva enfin son œuvre, qai porte le nom de Sermo AngeHcus, et la divisa en vingt et ane legons pour les sept jours de la semaine.

Le dimanche, les trois leçons exposent et commentent Taniour que, de toute éternité, la Trinité sainte éprouva pour la Vierge Marie, aimée de Dieu plus qu'aucune créature.

Le lundi , on médite sur la nécessité du libre arbitre laissé aux purs esprits et aux hommes, sur la connaissance que les anges eurent de la Vierge, supérieure à tous par le degré de sa soumission au Seigneur.

Le mardi, on songe à la joie d'Adam lorsqu'il connut, par prescience, la naissance de Marie et celle du Rédempteur, On s'associe aux sentiments des prophètes et des patriarches dans leur attente de la Vierge.

Le mercredi, les leçons traitent de l'union de saint Joachim et de sainte Anne, de l'humilité de Marie dont la profondeur dépasse rintelligence humaine, de sa beauté qui réjouit le ciel et la terre.

Le jeudi est consacré à réfléchir sur Tusage que la Vierge faisait de sa volonté, tout orientée à Dieu pour le bien des hommes ; seule de la race humaine, elle n'avait aucune inclination au péché.

Le vendredi, on repasse les prophéties de la passion. Marie les comprenait mieux que ceux mêmes qui les ont proférées. On entre dans ses sentiments alors que chaque regard jeté sur Jésus le lui montrait au jour du Calvaire, et alor^ qu'elle seule gardait foi en la résurrection.

Le samedi, les religieuses considèrent l'emploi que

la Vierge fit de ses forces poar donner des âmes à Dieu. Elle instruisit les apôtres, les docteurs auxquels elle expliqua rationnellement et selon la révélation ce qu'ils ignoraient de la vie du Verbe. Ayant porté les douleurs de la passion, elle pouvait animer les martyrs à souffrir pour le Christ. Son exemple forma les vierges. Les veuves apprirent d'elle à se séparer de leur meilleur amour. Contemplant sa charité, les époux sentirent s'accroître leur réciproque tendresse.

Ce discours sur Y Excellence de la bienheureuse Vierge terminé, Tange dit à Brigitte : « Voici que j'ai tissé la € robe de la Reine du ciel ; cousez-la comme vous c pourrez ^ » Coudre, c'était traduire et rédiger. Pierre d'Âlvastra avait mis en latin le manuscrit de Brigitte. Pierre de Skeninge distribua ensuite ces leçons de matines, les psaumes et les cantiques de Toffice, puis à trois hymnes célèbres de Fortunat % il en joignit non moins de vingt-huit, appropriées à la Vierge Marie, complétées ou composées de sa main. Il empruntait le chant aux airs anciens usités dans l'Eglise, se bornant à y introduire quelques variantes ; chant grave, pas accompagné d'instruments, car « l'esprit n'est point « sans péché , avait dit le Verbe à la fondatrice , c< quand la note plaît davantage au chanteur que ce

t. Aev. IV» 187. Begula Sahatoti$ XXI, 151. Prologus in seumonem

AXGKLICOM. SeiVO ARGBLICUS DE EXCELLElfTIA B. MARIiC VlRCINIS QUEM IPSE

Argelds dictatit, 652, 671. Un texte suédois manuscrit de ce dernier documeot, écrit eo 1385 par Fr. Jordan, fut compris dans un échanji^c fait sous le tecood empire entre la bibliothèque de Paris et celle de Stockholm. M- Klemmlng Ta édité an tome IV de la version suédoise des Révélations, PH«s215à276.

1 Ogloriota Domina, — Quem terra y pontui, œthera» — Ave, maris SleUa.

388 SAJ^TE «RIGITTE.

« qu'il chante. Ce chanteur est même abominable de- « vant TElernel s'il élève la voix plus par amour de d ses auditeurs que par amour de Dieu ^ » . Avec l'office ^ qui serait d'obligation pour les religieuses ^, maître Pierre composait à l'usage des

1. L*œuvre de maître Pierre existe manuscrite, 1" à la bibliothèque d'Upsal, cod. 8 ; 2* à Merton Collège (Oajford), cod. 215 ; 3' à Balliol Coll. (Qx/orrf), cod. 226. Elle fut imprimée en 1570 à Gênes. M. Klcmming a publié les 28 hymnes, d'après le manuscrit dVpsal dans* les Pife Cantiones. — Le professeur WeibuU ( En vigtig handskritt till 1 irgitta Litteraturen. //isfor. Tdskrifl 1887, 1) prétend à tort que la sainte était l'auteur de l'oflice. Cette opinion, impossible à soutenir sérieusement, a été réfutée par H. Schûck (£en Nyfunna Birgitta Handskriften. Sawlaren 8, 1887. Upsala Berliug), qui avait déjà parlé de Tœuvre de maître Pierre dans son Histoire de la littérature suédoise (172\ Le Rituale, connu aussi sous le nom de Cantus sororum, .et auquel maître Pierre ajouta des explications qui portent le titre de Céleste Viridarium, fut traduit en suédois au xvi« siècle par Nicolas Ragvaldsson (Jomfru mabi.€ YRTEGARD1R, Bib, Boy. de Stkltm., cod. A, 12). L'office et les chants de maiire Pierre sont encore en usage dans l'ordre. Nous avons communiqué l'Antiphonaire <lu couvent d'Altomiinster à Dom Pothîer de Solesmes, dont l'autorité est souveraine en semblables matières. Voici ce qu'il nous "écrit : % Le texte de cet (( antiphonaire est emprunté soit à la liturgie romaine, soit aux liturgies du « moyen âge. Toutefois, beaucoup de morceaux semblent avoir été composas (i pour l'usage de l'ordre, mais à la façon du moyen âge et plus particn> c( lièrement dans le goût du xiii« et du xiv siècle. Parmi les morceaux enicc pruntés aux autres liturgies, plusieurs ont été modifiés pour qu ils pussent a s'appliquer à la sainte Vierge ; car tout cet ensemble d'office... est en « l'honneur de Marie et se rapporte à ses mystères. Les antiennes etlesré- (i pons empruntés à la liturgie romaine ou aux usages du moyen âge ont la çc mélodie traditionnelle, celle des manuscrits. Les pièces composées plus récc comment sont dans le goût de l'époque, c'est-à-dire d'un style grégorien, oc mais plus travaillé que le grégorien pur. Les hymnes sont sur des airs « anciens encore en usage dans la liturgie actuelle. Certaines variantes propres «c à l'antiphonaire de sainte Brigitte sont assez curieuses. Il faut remar(|uer <ï dans cet antiphonaire l'usage des Benedicamus faixië ainsi que des tropes (( ou laudes, spécialement pour le Salve, H^yina, »

2. Brdviariumsororumac sanctimonialium Sacri Ordinis Div» Brigitte, Horaruin Deiparae Virgini de dicatarum. Camph, 15i4 ^Abrebati, M OCX - Coloniœ MMG.XXllX — Breviarium sacrarum Virg. Ord. SS. Salvatoris vulgo S. Bit-giltae, LaidishuU, M.DC.XCVII.

3. Elles y ajoutent de chanter chaque jour la sainte messe en l'honneur de la Vierge et le samedi le Salve, Begina.

moines un bréviaire nouveau ^y si peu difTérent du bréviaire romain que les prêtres entrés tard dans Tordre pourraient, au besoin, garder les livres de leurs diocèses, dont ils avaient Thabitude. Alternativement les religieux devaient réciter les heures canoniales, et les religieuses chanter TofRce, afin que le monastère fit sans trêve monter sa voix vers le ciel.

Au cours de ce travail, la très sainte Vierge n'avait pas cessé d'encourager maître Pierre par la voix de Brigitte. Le style de l'écrivain n'était point magistral, la Reine des docteurs le reconnaissait ; mais elle préférait ce langage, inspiré de l'amour, au pur latin des servants sans foi ; dès que l'œuvre fut achevée, elle y donna son approbation, demandant que la règle et l'office, qui procédaient égal6m^nt du Saint-Esprit, fussent communiqués à l'évêque d'Abo et qu'on en déposât le manuscrit au monastère d'Alvastra jusqu'à ce quecelui de Yadstena fût construit. Les ordres de la Mère de Dieu étaient suivis. Hemming avait participé au travail de Pierre Olafsson avant d'aller rejoindre au ciel la Vierge immaculée, et l'on n'attendait plus que l'approbation

d Urbaio V.

Pendant les guerres civiles, provoquées et entretenues par la désobéissance de Magnus aux conseils de la sainte, les restes du château royal, qui auraient pu faire partie du monastère de Yadstena, avaient été

1. BreTiarium Birgittinum (Mss. à la bibl. roy. de Stockholm), 2mp, à Metk 15l2. La buUedu pape Pie Y : Quod a no//is, qui, le 9 juiUet 1568 obligea les catholiques tenus aux heures canoniales à se servir du Bréviaire romain, quand le leur n*avait pas deux siècles d'existence, ne put atteindre les Birgittins. Ils faisaient remonter la date de leur office ^. 13U, époque des premières révélations de la fondatrice .

détruits. Mais on n'abandonnait point le projet d'élever le sanctuaire national. En 1367, Albert I", se conformant à une révélation de Brigitte, demandait à chaqae habitant du royaume, exception faite des religieux, des prêtres et des serviteurs, un denier en faveur du couvent, et Taristocratie suédoise dotait Vadstena de riches domaines. Vers 1369, la sainte avait fait reprendre les travaux, mollement continués depuis son départ. Un de ses parents, Jean d'Ulberstad, frère de MagnusdTka, retournait de Rome en Suède. Elle le prit à Técart pour lui dire : « Allez à Vadstena. Selon la volonté du <i: Seigneur, bâtissez là une maison, et restez*y jusqu'à « ce que je vienne.

« — Je suis marié. Madame, j'ai des enfants, s'était écrié « le seigneur d'Ulberstad^ je ne saurais me faire moine.

« — Allez, reprilla prophétesse d'un ton auquel on ne « résistait pas. Votre femme prendra Thabit et j'aurai Ci soin de vos enfants. ]>

Un singulier sentiment s'était éveillé en l'âme du chevalier, tout dévoué à Brigitte. Rien n'était changé aux conditions de sa vie, et pourtant il lui semblait qne^ des premiers, il pratiquerait la règle du Sauveur. Bientôt sa femme lui confiait le désir d'entrer dans un cloître. Il s'unit donc avec zële aux évoques deLinkœping et de Vexîœ pour provoquer les donations, les recevoir et construire un monastère sur le domaine royal, où Ton n'apercevait que trois masures. La sainte entendait ne consacrer aux travaux que des richesses d'une source pure, c Celui qui édifie la maison du Seigneur, disait cette «femme instruite par Jésus-Christ, ne doit point em- « ployer une seule obole mal acquise. Il est des gens quif

c( au lien de rendre à chacun le bien qui lui appartient, c abandonnent à l*Eglise l'argent dont l'origine les in- « quiëte; de tels dons ne peuvent plaire à Dieu. «Avec netteté la fondatrice indiquait comment l'édifice devait s'élever au bord du lac Vetter. Durant leurs entretiens surnaturels, Notre-Seigneur lui-même précisait les moindres détails. L'église, qui renfermerait de nombreux autels dédiés aux Apôtres, à saint Paul, à saint Michel archange et à d'autres saints^ était décrite dans toutes ses proportions , ainsi que des chœurs superposés permettant aux religieuses d* assister aux prédications et aux offices sans être vues des moines. Même pour le sanctuaire du Dieu vivant, Tordre du Sauveur garderait l'esprit de pauvreté. Les murailles seraient bâties avec de la pierre tirée des carrières voisines. Les colonnes seraient simples, les voûtes sans ornement, les peintures naïves, le pavé uni, malgré les pierres tombales, afin que la beauté du lieu ne détournât point les fidèles de contempler Dieu. Les trois portes ont chacune leur signification mystique. Ceux qui en franchiront le seuil seront appelés à des faveurs célestes, mais sur les battants on n'apercevra pas trace de sculpture. Aux fenêtres point de vitraux décorés, desimpies vitres blanches ou glauques. Dépeint par le Maître, tout le futur monastère, encadré de jardins, apparaissait à Textatique. La maison principale s'élevait flanquée de trois annexes rl'une destinée aux princes et aux évêques, la seconde aux amis, la troisième aux malades'.

f . iifff. A 1S. - IV, 3S. SxiTûv. %, 4, 5, 6. 7, S, 9, 10, iS, 25, S6, 2S,29. 3i, 31^38, 113. 114,11$, 113.— 6ver. tfi«/.//,90.--SiLFVM$TOLPE A/M/rf/. < VtLi%,t, — D/artiHH. an. 1405. — iVadkftcAfen. 33.

Îi92 SAINTE BRIGITTE.

Les manuscrits de Brigitte, qui depuis longtemps étaient en la possession du pape, firent le sujet de négociations compliquées. Le comte de Noie, chargé de les présenter au souverain pontife et aux hommes doctes et pieux que désignait Urbain, s^était aperçu que la forme nuisait au fond ; le style barbare des confesseurs de Brigitte n'était point compris des disciples de Cicéron, Craignant l'insuccès de l'œuvre, le grand seigneur napolitain, élevé dans une cour lettrée et savante, avait substitué sa plume à la leur. De Tavis de la sainte, le travail fut deux fois remanié. Maintenant il était examiné par les cardinaux Martellini et de Cabassole, assistés de maîtres en théologie.

A la fin de juillet, Brigitte fut avertie que le pape lui accordait une audience. Elle partit pour Montefiascone avec un ami dont la science, la sagesse et la sainteté étaient universellement estimées.

Alphonse de Vadaterra, tel était le nom de son compagnon de voyage, lui avait été amené dès 1352. La vénérable femme s'était plu à discerner en lui les qualités des races dont il tirait son origine : par son père il sortait de Sienne, qu'on nomme à bon droit la patrie des saints; par sa mère, par le lieu de sa naissance, il se disait enfant de la catholique Espagne, où l'amour de Dieu suscite d'innombrables lignées de mystiques. Depuis leur première rencontre, Brigitte regardait ce reUgieux, qu'elle avait éclairé de lumières nouvelles, agir toujours sous l'inspiration du Saint-Esprit. Appelé à l'évêché de Jaen, il avait donné l'exemple des vertus parfaites^ de son état; puis, jeune encore, il suivait l'appel d'une voca-

'^^^«^i^'^WPSW

tioD plus monastique et. distribuant ses biens aux pauvres, il revenait à Rome, afin d'y pratiquf^r, dânp la retraite, les strictes observances des ermites de Saint- Augustin. La fondatrice le cpnsulta au ^ujet de rappror bation de sa règle ; religieux et évêque, il était appelé 4 bien comprendre les intérêts de Tordre du Sauveur, $t ses relations avec la curîe le feraient accueillir avec faveur à Montefiascone. >

Brigitte vit Nicolas Orsini en arrivant.au château, et comme l'accent septentrional de la Suédoise, le peu de soin qu'elle prenait d'emprisonner sa pensée sans une forme grammaticale, pouvaientla faire mal entendre du pape, tandis que le latin, prononcjéà la française par Urbain V, serait peut-être peu intelligible pour elle, le comte de Noie dut servir d'interprète. La sainte répéta au souverain pontife les paroles du Christ. Gomme signe de la véracité de sa révélation, elle promit au mélancolique Urbain, dont la tristesse était sans trêve, des instants de joie céleste ^ Les désirs de la fonda* triée furent, avec quelques réserves, exaucés du pape. Par une bulle adressée aux évêques de Strengnges et de Yexiœ, Urbain V approuvait d'une façon générale les modifications que la vénérable Suédoise avait apportées aux constitutions de saint Augustin ; il autorisait l'achèvement du monastère de femmes commencé à Vadstena, et l'érection d'un monastère d'hommes dans le même Heu ; mais il s'agissait de deux maisons différentes et non du couvent, unique en deux parties, que

1. Rev. IV, 137 — Proc. Can. Test. Com. de Nola, et dep. Katfr, svp 21* an. f, 94 r,et v. et f. 130 r. Dep. Alph. Ep, Gien, sup. 23» urt, f. IM r. — Viia ftanclœ Birgillœ. 204.

394 SAINTB BRIGITTE.

lu lonâatric6 voulait établir à l'exemple des célèbres tbbayes fontevristes *.

- Dès son retour à Rome, Brigitte reçut la visite Ja confesseur d'Urbain V. Les joies célestes promises au pontife inondaient son ftme, et celui-ci faisait ^emanâei', d'une manière générale, des révélations «urles volontés divines. La pieuse femme se mit en oraison. Marie apparut et lui dit : « Le pape Urbain € a obtenu par mes prières la lumière de rEsprit*Saint. € Il devait vivre à Rome, au sein de l'Italie, y exercer « une justice tempérée de miséricorde, établir la paix, « affermir la foi et réformer l'Église. C'est pour cela '« qtie, le gardant de tout péril, je l'avais ramené d'A- <r vignon. Maintenant il se détourne de moi et écoute « les suggestions de Tesprit du mal, les conseils d'a- «c mis de la terre qui flattent ses volontés sans songer 4 au salut de son ftme. Il craint le labeur, les fati- « gués corporelles, et il suit le penchant humain qui -« l'attire vers sa patrie. S'il y retourne, il sera frappé « au point que son visage pâlira, sa vue s'obscurcira, c son corps frémira, ses dents grinceront, son ftme se « refroidira. L'Esprit-Saint s'éloignera de lui, et aussi a les cœurs dont les prières le soutenaient. Au juge- « ment dernier, il devra rendre compte non seulement « de ses actes, mais de ses omissions, alors qu'il était f< puissant pour le service de Dieu *. » La sainte fit

. i. BuUa dat. dp. monte Flasc. non. aug. an. VIII. Celse Bull, i3S. Daos la seconde vie d'Urbain V (412), Baluze parle de catte bulle, q^J^W remonter au mois de juin .1370. Consalve Durant assure que i' ji,

déAnitive de la règle ne date que d'Urbain VI. Cet avis a pr' du P. Buœus. (Àcta SS. 422.) 2. Rev. IV. 138.

traduire le récit de sa vision parmaltev Pierre, pub elle eonfiale pli de parcbemin àl'évêque de Jaea, chargé de le remettre au pape.

Un ordre du Christ attribuait au religieux ospagnol tout pouvoir sur les révélations. Il devait les rédiger, les expliquer, sans altérer leur « sens catholique n, c'esl-JHlire conforme k l'enseignement de l'Eglise. De plas il était appelé à remplir par rapport & Brigitte l'office « d'évangeliste » '. La nouvelle qu'il fallait UDoacer n'était pas précisément une bonne nouvelle ; an peu inquiet de l'effet de cette lettre sévère, Alphonse voulut se décharger de sa mission et la passer au neveu de Clément VI, Pierre de Beaufort, Plus occupé de ses études de droit que de myslîcisme, le cardinal se récusa. Hrigille n'était point d'une nature à craindre les responsabilités. Elle partit pour MonteBascone, demanda audience, et en présence du comte Latino Orsini, du cardinal de Beaufort et de l'évèque de Jaen, elle délivra elle-même au souverain pontife le message de la Vierge Marie ^ Soit aveuglement, soit manque d'héroïsme, Urbain recula devant le calice qu'il croyait éloigné de lui, et que de aoaveau on présentai! h ses lèvres. Moins intrépide que ne l'était, en 1330, l'àme de la fille de Brigitte, cette àrae que le corps semblait aflaiblir par ses maux,

I. Ittf. Exirar. XLIX. - Vila xrnels Birg. ÎIU. Le récildes confeiseurt de lu toalniit la version ordiiiairi; qai place duraut le ïojage de Clijfira le Invail d'Alphonse de Vadalerra.

1. Pt", i.i ! '^'^'•'^i'- Alf. B^.Glen. tl Pr.AlvtMtr.imp. i9' art.

ne sut pas rompre le lien qui, chaque jour, l'attirail, plus fortement vers Avignon *.

Le 16 septembre 1370, Urbain V foulait de nouveau le sol français; Cependant Brigitte demandait au Christ, resté sur la croix jusqu'à la mort, le salut du pape qai abandonnait son poste. La fièvre à laquelle ce pontife croyait échapper traversait la mer avec lui et le dévorait lentement. De sa pairie, le malade laissait errer un regard de regret sur les champs de l'Église, où il n'avait pas jeté la semence de Dieu. Il songeait à la paoisson, riche en fruits éternels, qui serait le partage d'un meilleur ouvrier. Fallait-il donc mourir ? finir sa journée sans achever sa tâche ? L'œil de l'agonisant se tournait vers l'Italie comme vers une terre promise, la terre promise du labeur. H enviait ceux « qui sèment « dans les larmes afin de recueillir dans la joie, ceux « qui, joyeux, paraîtront devant le Seigneur les mains € pleines de gerbes^. » Si la vie lui était rendue, il jurait de vivre à Rome. Mais Urbain V n'avait pas vu passer l'heure de Dieu. Il n'était plus temps. Le 19 décembre il se fit emporter, mourant, du palais qu'il avait tant aimé. Au milieu des souffrances que Brigitte lui avait prophétisées, il renditle dernier soupir. Quoiqu'il n'expirât pas, comme Pétrarque l'eût voulu, devant l'autel de saiut Pierre, il finissait sa vie en pénitent sur un misérable grabat. Son corps ne reposa

1. BALUZE. Sec. Vita Urh. V' 412414. A Tarticle BHgida du Sveda (1056) est rapportée la déposition de Thomas Petra. Ce chanoioe affirme que le pape mourut comme la sainte Tavait prédit.

2. vniDSM Kt;3 naia Nh^-N2 sri^rn-'iùa mi nbai tiS^ liSn. pg.

cxxv (Heb, cxxvi), v. 6

point près des martyrs delà ville sainte. On l'enterra, dit amèrement le poète, « parmi les pécheurs d'Avi- « çnon. » Pourtant le repentir avait purifié Urbain V. L'Église le vît ressusciter au plus haut des cieux et le béatifia.

La vacance du saint-siège ne dura que les dix jours consacrés par la chrétienté au deuil de son souverain. Dès le 30 décembre, le conclave élut à l'unanimité des voix le cardinal de Beaufort. Il fut ordonné prêtre le 4 janvier, et le lendemain sacré et couronné sous le nom de Grégoire XI.

Bien que, le jour de son élection, ce Limousin, sujet de la France, eût annoncé la nouvelle au roi Charles V, bien que le choix d'un pape étranger mécontentât les Romains, indociles à donner la souveraineté de leur ville à un septième pontife français, les espérances de Brigitte pour le retour du saint-siège à Rome et la réforme de l'Église se ranimèrent. Le nouvel élu connaissait la dernière révélation de la sainte à Urbain V ; il n'était point alors partisan du séjour d'Avignon, et on ne pouvait supposer que son sentiment sur le devoir du pape changerait, quand il aurait lui-même à le remplir.

L'Ëglise traversait une épreuve ; fidèle à sa mission Brigitte pria pour le chef de TEglise, et de nouveau ses supplications firent apparaître la Mère de Dieu. La vision de la sainte fut importante. Elle la redit à ses con fesseurs, et Alphonse de Jaen en rédigea la traductionque le chef des Orsini de Rome, le comte Latino, fut chargé de porter à Grégoire.

« Une personne qui veillait et ne dormait point,

SAINTK BB161TT£.

c disait le document, fut ravie en esprit^ son cœur « brûlait d'un amour fécond en joies, son âme élait <L consolée, son intelligence pleine de force divine, « sa conscience éclairée. Elle entendit alors la Vierge d lui parler du pape. Marie comparait son amour « envers lui à Tamour d'une mère pour son nou- « veau-né. Elle le garderait du mal et de la souf- (( france s'il consentait à revenir en Italie ; elle le (( protégerait s'il habitait Rome ; elle le secourrait s'il « réformait l'Eglise ; elle briserait en ce cœur de prêtre « toute attache terrestre et le remplirait du Saint-Esprit ; a il ne désirerait rien, pas même la vie, si ce n'est pour « l'employer àThonneur de Dieu. Mais, ajoutait Marie, « si le pape ne m'obéit point^ il ressentira les effets de « la colère céleste. Ses jours seront abrégés et il parai- « tra au jugement de mon Fils, sans que les puissances a terrestres, la science des médecins ou l'air natal « puissent prolonger sa vie. »

Grégoire XI reçut le parchemin que lui envoyait Brigitte et, devant le tabernacle, il médita les paroles de la. voyante. Elles conspirèrent avec sa conscience pour lui rappeler son devoir, mais elles ne le décidèrent pas à quitter Avignon. Bientôt il commençait à les discuter avec lui-même, se persuadant qu'on le trompait par quelque subterfuge, et il pria le comte de Noie d'accompagner chez la sainte le nonce apostoUque Gérard, abbé du monastère de Marmoutier, afin de demander des éclaircissements ^

Brigitte ne donnait point de conseils humains. Elle

1. Mev, IV, 139. — Proc. Can. Dep. Alf, Ep, Gien. sup. 19» arî. f. 152 v.

attendit que le Seigneur l'inspirât, puis elle remit à Tévêque Alphonse le récit d'une nouvelle vision : Père saint, écrivait Brigitte au souverain pontife, voici ce qui est arrivé à cette personne que vous « connaissez. Alors qu'elle veillait et priait, le cœur « plein de TËsprit-Saint et brûlant de charité, elle « s'entendit dire : — Toi qui as l'intelligence des € choses spirituelles, écoute mes avis et communique- € les au pape Grégoire. Je suis la Mère de Dieu. s> Brigitte transmettait ensuite au chef de TÉglise les paroles de la Vierge. € Jésus-Christ, assurait la Mère « des Miséricordes, avait accordé une grande grâce M au nouvel élu, lorsque, par la première révélation de « Brigitte^ il lui intimait les ordres divins. Cette grâce, tf Grégoire XI la doit plus aux prières des amis de « Dieu qu'à ses propres mérites. Pourtant il n'en proff fite point. L'action du démon, celle de sa famille et « son propre désir retardent son retour. Chaque jour <c d'abandon aux conseils perfides l'affermit dans le mal a et Ténerve pour le bien. Cependant, ajoutait Marie, « puisque le pape veut connaître avec certitude les

< volontés divines, qu^il sache que son devoir est de

< revenir sur l'heure à Rome. S'il y arrive dès la fin de « mars ou le commencement d'avril, je serai sa mère, c et je tiendrai toutes mes promesses. S'il désobéit, je 0 ne lui parlerai plus, et, lors du jugement suprême, il M répondra de sa résistance aux ordres de Dieu. En c outre, je l'avertis que la France ne connaîtra ni paix a ni sécurité tant que les Français n'auront point « apaisé par de grandes œuvres de charité et d'humilité «( la colère de mon Fils. Enfin, que cepontife ne l'ignore

« point, les gens iniques qu'on envoie au saint sé- '< pulcre plaisent aussi peu au Seigneur que le veau « d'or d'Israël. »

Là s'arrêtait la connaissance des secrets célestes accordée à Grégoire XI, mais, pour la sainte, Marie formulait des instructions précises. L'évêque Alphonse expédierait au pape, fermée et scellée, sa rédaction latine des paroles de Brigitte; il lui était enjoint d'en garder une copie ; il la lirait au nonce et à Nicolas Orsini comte de Noie, puis tous troisensemble la déchireraient et disperseraient les morceaux aux vents. « Ce « sera, disait Marie à l'extatique, la figure sensible du « sort réservé au patrimoine de saint Pierre si Gré- « goire XI ne revient pas tout de suite en Italie ; car a les Etats de l'Eglise, unis sous sa loi, seront partagés « entre ses ennemis ; quand, plus tard, ses armées « combattront sous ses yeux, elles ne ramèneront point « les rebelles à l'obéissance. » Brigitte ne devait point divulguer au pape cette terrible prophétie : « La « semence, déclarait la très sainte Vierge, reste cachée « au sein de la terre jusqu'à ce qu'elle fructifie en « épis^ »

Dès que l'évêque de Jaen eut achevé la version latine du manuscrit de Brigitte, il se rendit à Tuderto, non loin de Pérouse, oh se trouvait le comte de Noie, alors vicaire de l'Église, et il le chargea de remettre la révélation, en main propre, à Grégoire. Nicolas Orsini prit le conseil du nonce et de deux cardinaux qui se trouvaient près de lui, s'ouvrit de cette affaire au gouver-

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