Rev. JV
RETOUR DU PâPE A ROME. 401
i^eur de Spolète, Gomez Albornoz*, neveu du grand cardinal, et partit pour Avignon *.
Alphonse de Yadaterra s'apprêtait à reprendre le chemin de Rome quand le duc de Spolète^ parut chez lui. Les paroles de Brigitte au souverain pontife portaient Gomez à faire un examen de conscience, et il s'avouait peu soucieux de remplir les devoirs de la charge dont Grégoire XI l'avait investi. Effrayé de ne point se trouver les vertus de sa vocation, il doutait de cette vocation elle-même^ aussi priait-il l'évéque de demander à la sainte en quel état il était appelé à servir Dieu. Brigitte recommanda au ciel Vkme qui se tournait vers elle, et la très sainte Vierge lui dicta pour Albornoz des conseils précis. II devait restituer le bien mal acquis, ne point faire peser sur ses vassaux de nouvelles charges^ se contenter de ce qu'il possédait, en réglant ses dépenses sur son bien, ne point entreprendre de guerre sinjustes, fréquenter les sacrements, être fidèle à la foi jurée au mariage et méditer la passion du Rédempteur. Albornoz comprit qu'il lui était commandé de se sanctifier dans sa condition. Docile, il se conforma sans réserves aux ordres de la Providence, et bientôt on le vit remplacer ses plaisirs par de courageuses pénitences, ses prodigalités par des aumônes. Dans son cœur il n'y avait
1. Ea 1360, Gomez Albornoz avait pris posbCbsioii de Bologne pour le pape. Il fut frouverneur du duché de SpoUHe de \'-ili à 1370. puis s^iiatiur de Rome. Cronaca ihbb. di Spoleto di U^'*' Don Luigi Pila Carocii.
2. Proc. Can. Test. Nie. Corn, (le Sola sup. 19* art, /'. 93 v.el H /'.
3. Comme la famille des anciell^ duch de Spulde irexi>Uil plu^ depuis le xu' siècle, on donnait à Gomez Albornoz le tilic de .sa cliar^e.
place que pour ses vassaux , sa famille et Dieu ^ Cependant, Tarrêt du ciel, écrit de la main d'Alphonse et signé par Brigitte, était remis à Grégoire XI. La conscience du pape n'avait pas besoin d'être éclairée, puisqu'un vœu fait avant son élection l'obligeait de ramener le saint-siège à Rome ; c'était son caractère indécis qui le portait à temporiser. Sans doute il voyait .que le retour d'Urbain V en Provence n'avait produit aucun des effets qu'on se promettait. Il s'assurait de près que les armes de du Guesclin, et non les paroles du pape, chassaient les Anglais de la Guyenne, du Poitou et de la Normandie, il sentait l'Eglise se corrompre dans l'atmosphère païenne d'Avignon. Pourtant il ne répondit rien au second message de Brigitte.
La sainte attendit et pria ; son espérance était invincible. Aussi, devant les yeux levés vers lui avec une pleine confiance, le Verbe fit passer la plus consolante vision. Brigitte apercevait une vaste plaine bornée par le Vatican, le château Saint-Ange, l'hôpital du Saint- Esprit et la basilique de Saint-Pierre ; de fortes murailles entouraient l'espace, diverses demeures s'y élevaient. « Le pape qui aime son épouse de l'amour dont moi et d mes amis nous l'aimons, disait le Christ, possédera « ce lieu avec ses conseillers ; libre et en paix, il y « gouvernera l'Eglise -. »
1. Rev. VII. 11.— Proc. Can. Dep. Alf. Ep. Gien. sup. 30* art. f, 156.
2. Rev. VI. 74-. On a voulu faire porter cette révélation sur le temps présent. L'application à notre époque de diverses prophéties de la sainte est réfutée dans Tintéressante étude intitulée : Die avignonesischen Pâpste von D-- C. flotter. Wien. 1871, 248-249.