‹ Sainte Brigitte de Suède, sa vie, ses révélations et son œuvreChapitre 87 sur 132 · VHaS.BirgUtsB.^Z · texte numérisé non relu

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espérances. Elle entra eu extase, et le premier nom qui passa sur ses lèvres fut celui de son fils bien-aimé. Alors le Libérateur des âmes parut à ses regards ; elle l'entendit adresser à Charles les paroles qui ouvrent le ciel : « \iens, mon élu ! » L*amour maternel triomphait du dernier obstacle, Brigitte se réjouissait presque à Tégal des bienheureux! « 0 vertu éternelle, articulait-elle <i à voix basse, vous versez dans les cœurs les prières « et les larmes, vous y cachez vos dons et vos faveurs. « Ensuite vous récompensez ces choses d'un prix glo- « rieux ; vous m'êtes plus chère que mon âme. » Tout entière à sa joie, la sainte n'aurait peut-être pas songé à répandre les lumières qu'elle venait de recevoir, si capables pourtant de consoler les mères et de leur inspirer l'idée de ce qu'elles peuvent pour leurs enfants. Un ange l'avertit et lui dit : a: Sache que cette vision sur « Tâme de ton fils ne t'est point montrée pour ta seule « consolation ; elle doit prouver aux amis de Dieu ce « qu'ils obtiennent de lui *. »

Le lendemain, vendredi, aux heures mêmes où le Verbe incarné avait souffert, les pèlerins gravirent la Voie Douloureuse. Perdue dans cet abîme que Tâme humaine garde en soi et ne révèle pas , la vierge Catherine marchait silencieuse. Brigitte versait des larmes ; en sa pensée elle repassait les leçons divines et humaines qu'elle avait reçues sur la Passion; elle écoutait la Mère des Douleurs et le Rédempteur lui retracer les événements de cette journée, unique entre tous les jours. Soudain l'acte d'amour du

Rev, VII. 13, 17.

Christ, méconnu, injurié, frappé, supplicié par ceux-là mêmes qu'il voulait sauver, se déroula devant elle. Dans une saisissante vision, Jésus lui apparaît les yeux pleins de larmes, le corps baigné des sueurs de l'agoiiie. Le faible Pilate rend son inique jugement. Tout bas, les juifs se communiquent leurs craintes : « Cet homme guérit les malades et ressuscite les morts, « disent-ils ; il renverse ce qui lui résiste, il pénètre c nos pensées; s'il continue^ nous lui serons soumis. 2> En révolte contre l'empire du Messie, ils trament sa mort. Abandonné de ses amis, le Sauveur sort seul du prétoire. Ses ennemis le tournent en dérision ; ils le jettent sur le sol, et on le traîne vers une colonne ; il se relève, se dépouille de ses vêtements et souffre dans son humanité la honte d'être exposé nu aux regards des hommes. Les fouets tombent sur ce corps sans tache ; ils effacent par le sang du Christ les innombrables souillures de la race d'Adam. Jésus, qui aime les âmes humaines par-dessus toutes les créatures, laisse volontiers, pour elles, déchirer sa chair jusqu'aux os. Cependant Marie ^, bravant les soldats, s'est rapprochée. Elle entend le premier coup de verges, ce coup la frappe au cœur ; elle perd l'usage de ses sens et tombe & la manière des morts ; mais sa volonté, s'unissant à la grâce toujours active en elle, la relève ; ses yeux se fixent sur le Christ ; de toutes parts le sang jaillissait de la chair lacérée. Alors une voix

I. Telle que Bri{|^ittela dépeint dans son récit, la très sainte Vierge n*est pas seulement aflligée ou consolée par les témoins de la passion, mais aussi par des ennemis et des amis futurs du Christ et de rilglifte, que lui révélait la vision prophétique.

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s' élevé de la foule : « Allez-vous le tuer ainsi sans juge- « ment, crie-t-elle, et voulez-vous que sa mort cause « la vôtre ? » Celui qui parlait , s'approchant de la colonne, coupe les liens. Les impitoyables bourreaux poussent Jésus vers le prétoire, tandis qu'il s'efforce de remettre sa robe. Chacun des pas du supplicié laisse sur le sol une trace sanglante. Il reparait vêtu de pourpre et couronné d'épines. Ecce homo ! s'écrie Pilate. Marie reconnaît à peine son Fils, dont le sang voile le visage, il sort, s'essuie les yeux avec sa tunique, prend sa croix, et se hâte de courir au supplice. La populace, les soldais éloignent la très sainte Vierge. Elle ne voit plus le Christ, tout en entendant les outrages dont on Taccable ; les mots : traître, menteur, espion, parviennent à ses oreilles avec le bruit des coups portés au corps qu'elle a enfanté. Cependant l'humanité du Verbe s'affaisse sous le poids de la croix; il faut qu'un passant secoure Jésus dans son rude labeur. Marie a devancé au Golgotha le douloureux cortège. Le Christ arrive ; de nouveau il se dépouille de ses vêtements, que les soldats saisissent avec avidité. « Tout cela est à nous, il est condamné à mort, T> disent-ils , et un spectateur donne au Maître du monde le linge qui couvre sa nudité. On affermit la croix par des coins ; les bourreaux montent sur les degrés placés près d'elle, et le Rédempteur les suit doux comme un agneau. Sur l'ordre des soldats, il tourne le dos à la croix ; sans qu'on l'y contraigne il étend les bras. Les bourreaux élèvent très haut sa main droite, placent un clou entre les os et un terrible coup de marteau retentit. La Mère de Dieu tombe sur

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!• sol, ses yeux ne voient plus, ses pieds chancellent, ses mains tremblent, elle est dans une sorte d'extase douloureuse. Le Sauveur donne son autre main ; on la tire avec des cordes, la fixant plus haut que la tète, qui ne trouve où se reposer^ car un nœud du bois de la croix s'avance entre les deux épaules. Le corps est si violemment étendu que les muscles se rompent. Enfin deux clous traversent les pieds croisés ; le gauche est placé sur le droit; ensemble ils soutiennent le poids du Christ. La couronne, un instant ôtée, entoure de nouveau la tête du Roi des rois. Les épines percent sa chair, son visage et ses yeux ruissellent de sang. On place l'inscription ; en plusieurs langues elle se moque du roi des Juifs. On retire les échelles; la croix, droite et haute, demeure chargée du Maître de Tunivers qui attend la mort. Marie a tout entendu. Soutenue par ses sœurs, par saint Jean, elle se relève et s'approche. Les regards du Fils et de la Mère se rencontrent. Jamais celui de Jésus n'a exprimé pareille tendresse ; le Yerbe incarné et la Vierge ne se sentent qu'un cœur pour racheter le monde, vendu par Adam et Eve, et ce cœur est plein d*amour. La volonté de Marie reste unie à celle du Sauveur ; elle ne l'arracherait point à la mort si elle le pouvait ; pour notre salut, elle s'offre avec lui. Nul sur terre n'a souffert et ne souffrira autant qu'eux : l'homme est incapable de comprendre l'excès de leur douleur. La Reine des Martyrs gagne sa couronne près du Crucifié. Au spectacle des larmes de la très sainte Vierge, plus cruelles à Jésus que son supplice, à la vue des angoisses de ses bien-aimés, à la pensée des défaillances de quelques-uns d'entre eux, des

injures par lesquelles rtiomme répond à la manifestation de chacune de ses vertus, des blasphèmes de rhumanité contre le libre arbitre, la loi nouvelle, la virginité, la maternité de Marie et la passion endurée pour Tamour de chaque mortel, le Rédempteur éprouve de telles douleurs en son âme qu'elles laissent loin les douleurs de son corps ; il permet que son intelligence humaine soit troublée. « J'ai soif, d dit^il enfin avec larmes et, s'adressant aux âmes^ son cœur ajoute: « j'ai soif de vous. » Après avoir recommandé sa mère à saint Jean, il s*adresse au seul qui peut le secourir. (L Seigneur, dit-il, pourquoi m'avez- vous abandonné? :^ La chair meurtrie et pâle du Rédempteur est tordue, desséchée dans la souffrance ; ses cheveux sont raidis parle sang qui les inonde, ses nerfs distendus, ses membres arrachés à leurs jointures ; le sang s*échappe de sa bouche abreuvée d'amertume et de fiel. Tout son corps doit souffrir afin de purifier tout le nôtre. En ce corps sain et pur la vie et la mort se livrent un rude combat. Le Crucifié s'écrie: « 0 mon Père! je remets mon esprit entre vos mains. :» Il avait relevé la tète, il la baisse, et dans cette attitude il se laisse mourir. La divinité se voile au monde, car l'homme ne peut, dit la sainte Écriture, voir Dieu et vivre. « Ton Fils n'est plus, ^ crient les Juifs à la Mère des Douleurs, et les orgueilleux, les moqueurs, l'accablent de cruelles paroles, c: Il est mort, mais il ressuscitera, j> répliquent les fidèles. Un sol* dat se précipite vers la croix; les hommes sont si avides du sang de Jésus qu'ils le blessent même après sa mort! Un coup de lance perce le côté droit du Crucifié et traverse de part en part le cœur invincible

qui, glorifié dans l'éternité, est honoré et loué sur terre, plus encore par les soldats que par les autres chrétiens. Marie croit que le fer a frappé son propre cœur; elle n'entend rien ; seuls les derniers accents de son Fils retentissent à son oreille ; toujours elle les écoute. Sa volonté s'unit à la volonté du Tout-Puissant ; elle le remercie pour toutes les créatures, et la joie traverse son insondable tristesse. Silencieuse, elle ne répond point aux fidèles qui lui parlent de résurrection, aux fidèles qui, pour délivrer le Christ, braveraient jus- ^qu'aux supplices de Tenfer. A cette heure la création épouvantée se trouble ; il semble que , malgré leur impassibilité, les anges, la divinité et Tâme immortelle du Verbe incarné aient pitié de l'humanité du Rédempteur. Rassemblés, les démons ressentent un commun eSroi. Abraham et les justes se précipiteraient volontiers dans Fabime infernal \ si ce sacrifice d'eux-mêmes arrachait le Messie à la mort. Au fond du cœur, les gentils ressentent unepeine, les bourreaux une agitation qu*ils ne s'expliquent pas.

Immobile, Brigitte se tenait au sommet du Golgotha. « Vois ce que mon Fils a enduré pour toi, » lui redisait Marie, et l'épouse du Verbe écoutait résonner en son cœur de douces paroles, plusieurs fois entendues des lèvres mêmes du Christ : <l Je t'aime « d'un amour infini ; plutôt que de me priver de ton < àme j'endurerais ma Passion et ma mort pour toi c seule. > Cependant les soldats romains s'écartent, et

1. Ils se seraient résignés <^ tous les tourmentsi sauf, bien entendu, à la séparation d*avee Dieu.

deux amis de Jésus détachent de la croix le corps de celui qui volontairement y était resté jusqu'à la mort. Ils le déposent entre les bras de sa mère. Marie éprouve de nouvelles douleurs lorsqu'elle ferme les yeux ouverts sur le monde, et la bouche qui semble proférer un suprême pardon. Les membres gardent l'attitude du Supplice ; les bras demeurent étendus pour embrasser le genre humain. Brigitte croyait suivre les porteurs de ce corps sacré en compagnie de Magdeleine, des saintes femmes et d'une multitude d'anges. Les ihains de Marie enveloppent son Fils, mais elle ne laisse point attacher le suaire, selon la coutume, sachant bien que la chair du Messie est incorruptible. Elle aimerait à s'ensevelir vivante avec Jésus. N'a-t-elle pas partagé tous ses supplices? Abandonner ces restes inanimés lui est cruel ; mais docile aux instructions du Sauveur, elle suit le disciple bien-aimé^ n'ignorant pas que de toules les créatures humaines, elle sera la première à revoir sur terre le Christ ressuscité, et que bientôt il la consolera par sa présence sensible.

Auprès du Libérateur, une grâce miraculeuse montra soudain à Brigitte des parents, des amis de tous les pèlerins. Ces âmes s'élevaient du purgatoire vers le cîel à mesure que la troupe fidèle, gravissant la Voie douloureuse, se purifiait de ses péchés et méritait pour autrui *.

1. Rev /, 6, 7. 10, 20, 27, 30, 32, 33, 35. 37, 39, 45, 51, 52, 53, 58. - //. 15, 16, 21, 24. - ///. 13. - IV. 10, 58, 70, 119, 129. 133. - V. Re»p. Int /X/?«i;.8.-K/.ll, 12, 19,20,57,94. — VIL U,\^, ^ Serm. Ang.M 18. Extrav. LI, LXXXIL LXXXIll. — Quatuor Orat. S. Birg, div. revel. - Hel. Birg, Uppen. IV. 160. Nous avons groupé les révélations qui forment le commentaire de Brigitte sur la passion sans distinguer des autres la vision

Au fond de l'église du Saint-Sépulcre, appuyée à la base de la colonne où les soldats flagellèrent le Rédempteur, la sainte raconta sa vision du Calvaire à révoque de Jaen, et dans le couvent franciscain, situé à rintérieur de la basilique^ elle écrivit son récit de la passion que matlre Pierre d'Alvastra traduisit en latin '.

Plus les soufirances de son Maître, les premières que son cœur d'enfant eût devinées et partagées, étaient présentes à sa foi, moins elle concevait rindifTérence des hommes envers le divin Crucifié. Elle aurait voulu faire pleurer à la terre entière la passion du Christ, car, elle le concevait, la révélation surnaturelle des souffrances du Seigneur lui était accordée afin qu'elle rappelât aux hommes le grand mystère d* amour consommé sur la croix. Brigitte écoutait le Sauveur se plaindre de ringratitude humaine. « De même que les Juifs, les c chrétiens me jettent hors de leur temple, hors du « temple de leur âme, disait-il. Je les ai évangélisés, a j'ai soufTert pour eux et je leur semble un menteur I <t Jadis les laïques, reconnaissants de mes dons, en « usaient avec mesure, s'en privaient par le jeûne et « l'aumône, m'en remerciaient avec foi et charité. Le M clergé, attiré vers moi grâce à l'étude des Écritures, « y puisait la science et instruisait les hommes ; les « religieux, séduits par mon amour, me suivaient dans « la solitude et imitaient mon obéissance. Maintenant les

qu'elle eut dans l'église du Saint-Sépulcre. Les détails ajoutés àTÉvangilepar la sainte ne le contredisent jamais. <*

l. Proc. Can. f. 9, v. Dep. Mn(j. Petri^ Kaier. et Alf. ep. Gien, tup. 32« an. /*. lit V. 157 r. et 220 r. el v.

« laïques regardent les biens que je leur donne comme « le fruit de leur industrie, ils s'en croient les matlres ; « le clergé veut acquérir des richesses, les moines ne « cherchent dans le cloître que le repos, la satisfaction d de leurs penchants et Testime des hommes. Aussi je « me tourne vers les païens et je les appelle. Entrez, n leur dis-je, reposez-vous dans les bras de ma charité. « Quant aux chrétiens, qu^ils demandent grâce, sinon « ma puissance jettera la terreur chez ces mortels in- « soucieux de la mort. Pareils à des bétes féroces, ils ne (c peuvent se rassasier ou se reposer; leur cœur n'aime « pas, jamais ils nemedisent : Seigneur, vous nous avez <r rachetés ! Soyez loué de votre très amère passion 1 »

Parmi la masse des pécheurs, le Verbe incarné désignait à son épouse ceux qu'elle pouvait éclairer ou secourir et, deux fois, il l'entretint des Lusignan. De cette terre de Palestine où leur race s'était, tour à tour, montrée vaillante jusqu'à l'héroïsme et lâche jusqu'à la honte, Brigitte devait leur donner de sages conseils. Bien que le Seigneur dictât la lettre, il lui enjoignait d'écrire en son propre nom. Plus tard, elle s'arrêterait à Chypre, et alors exhorterait, delà part deDieu même, les souverains de nie à la pénitence ^ Alphonse de Yadaterra rédigea en latin cette missive, et une des galères qui faisaient escale, soit à Famagouste, soit à Némosie, l'emporta, grâce aux soins du secrétaire de la reine Eléonore, frère Martin d'Aragon.

La servante du Christ formait de jour en jour ce religieux à l'image du pauvre d'Assise, a Saint

1. Rev. [. 6, 30, 37, U, 55, 57. — Vif. 18 et 19. — Vlll. 47. Extrav, LXXXU, IXXXlll.

LA TëRBE SAINTifi. 44^

c François, lui disait-elle, en répétant les leçons qu'elle « recevait du Maître, avait abandonné toutes lès joies it et accepté toutes les souffrances pour Tamoui'de Dieu. c( Sa règle était dictée par la volonté divine ; mais après « l'avoir fidèlement observée durant quelques années, a les Franciscains suivirent l'exemple et les conseils dé <£ Tun d'eux, que le démon inspirait et qu'on peut, à juste « titre, nommer le frère ennemi. Ce religieux entendait « conserver sa liberté, posséder, jouir, briller, s'élever tf à de hautes dignités dans l'Église ; il fit école au point « que son parti devint plus nombreux que les fidèles « de saint François. A ceux-ci les béatitudes infinies ; tf aux autres, s'ils ne se corrigent point, les châtiments € éternels. La pauvreté doit être le seul patrimoine des 0, frères Mineurs ; lorsqu'ils violent leurs vœux et pos- « sèdent les biens de la terre, les offrandes qu'ils en tf font à l'Eglise sont l'abomination de TËterneP. »

Martin d'Aragon vit qu'il s'était laissé entraîner au relâchement des Conventuels, qui énervait sa famille religieuse, et il résolut de revenir â la règle. Les grâces qu^il recevait, assurait Brigitte, lui étaient obtenues par un grand serviteurde Dieu. Sans doute l'avocat inconnu de frère Martin appartenait à l'ordre des Mineurs.. Vivait-il au couvent deJérusalem? On pourrait le croire, puisque la Vierge Marie avait révélé à l'extatique la haute vertu de plusieurs religieux du monastère; en tous cas, les gardiens du saint sépulcre connurent ces paroles du Christ. Ils ne semblent pas pourtant avoir

i. Rev, VII. 20. — Proc. Can. Dep. Alf, ep, Glen, «wp. 3l« art. f. 157 r. II est probable que la sainte parle ^d'Êlie de Cortone ; I* c ennemi • est èridemment un Conventuel, et non un Spirituel.

écouté la vénérable femme, qu'ils guidaient dans les saints lieux.

Les pèlerins suédois ignoraient le terme de leur séjour à Jérusalem. De même que le Maître avait fixé le moment du départ, il fixerait celui du retour. Sans compter les heures, Brigitte s'abandonnait aux consolations de la prière et doTexlase, en parcourant cette terre de Judée, dont le passé ressuscitait pour elle. Rien ne robligeait à Titinéraire banal des voyageurs; elle suivait celui qui répondait à ses souvenirs et aux enseignements célestes. Un seul des a témoins » du Christ fut présent à sa pensée, tout entière absorbée par le Rédempteur et la Vierge. Sur le chemin de Damas, on lui montra le lieu où Etienne souffrit le martyre; elle se rappela le jeune saint, tel qu'il lui était apparu à Rome. Là il lui racontait sa jeunesse pieuse, son ardeur à suivre Jésus, à écouter la parole divine, son union aux apôtres après TAscension ses prédications, aux J uifs; s'inclinant vers la vénérable veuve, il lui prophétisait qu'elle irait à Jérusalem et visiterait les lieux de son martyre. Maintenant Brigitte croyait assistera une scène terrible et touchante, que jadis saint Paul lui avait révélée. Il lui semblait entendre l'exposition de notre doctrine par Etienne, les coups de pierres, seule réponse des savants pharisiens. Elle pénétrait le cœur de Saul qui, ardent au supplice d'un chrétien par foi israélite, priait pour sa victime, tandis qu'Etienne obtenait du Christ, des lumières pour le persécuteur *.

La pieuse veuve entra dans la demeure d'Anne

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