‹ Sainte Brigitte de Suède, sa vie, ses révélations et son œuvreChapitre 93 sur 132 · quement on lui enlève ses vêtements sacrés et la gloire · texte numérisé non relu

quement on lui enlève ses vêtements sacrés et la gloire

a du pontificat ; il reste couvert d'ignominie et de malé-

€ dictions. Ainsi ensera-t-il de toi. Je souffre ta déso-

<L béissance et ici-bas je te laisse dans la prospérité.

c 0 mon fils Grégoire I reviens humblement à moi.

€ Obéis au conseil de ton Père, de ton Créateur. Si tu

« te soumets, je te recevrai avec une tendresse pater-

oc nelle. Entre courageusement dans la voie droite et

<K tu seras heureux ; ne méprise pas celui qui t'aime,

a celui qui fera miséricorde à ton obéissance. Je te

« bénirai, je te revêlirai des précieux habits pontificaux

« d'un vrai pape, je t'envelopperai de moi-même, de

€ telle sorte que tu seras en moi et moi en toi. Eter-

« nellement je te glorifierai. — Très saint Père, ajou-

<L tait Brigitte, au moment où le Christ dit ces paroles,

€ ma vision s'effaça*. »

Près de deux années s'étaient écoulées depuis les premiers messages de la prophétesse au pontife. La sa-

i. Rev.lV.U\,U2.

SA iMOHT. 477

gesse humaine conspirait avec lés ordres divins pour montrera Grégoire XF que la route dé Tltalie était celle du devoir, qu'eii tardant à la prendre il achevait ce qu'avait commencé Urbain V : la ruine de l'œuvre immense d'Albornoz. Déjà les Romains, ressaisissant l'autorité civile, obligeaient en quelque sorte le pape à retirer sa garnison du fort Saint-Ange. On pouvait donc espérer que cette révélation de la sainte, là plus importante qu'elle eût proférée, arrivait à l'heure opportune et serait écoutée. Pourtant, après la lecture de la lettre, le pontife français se tut. Les avis divers qu'il recevait de vrais et de faux saints le maintenaient dans l'indécision, et la maladie lui enlevait l'énergie à laquelle sa jeunesse lui donnait droit. Si son vœu, si la voix de sa conscience s'unissaient à la sainte pour le rappeler à Rome, l'influence de volontés inflexibles, s'exerçant chaque jour sur ses impressions mobiles, le 'gardait dans son palais d'Avignon. 11 convenait mieux à son tempérament passif d'y rester soutenu par l'approbation de sa famille et de sa cour, que d'agir seul et sans appui, en opposition avec tous ceux qu'il aimait. Cependant Grégoire XI se montra plein d'affabilité à l'égard de Tévêque de Jaen, et le garda près de lui. Brigitte, que la Providence éclairait, considéra ce faible témoignage de bonne volonté comme le premier pas de Grégoire vers l'Italie . Elle ne cacha pas ses espérances, et les offrit à la jeunesse qu'elle savait attirer et retenir.. Le fils aine du comte de Noie venait d'arriver à tapies pour servir dans l'armée. De Rome il apportait l'écho de nombreux découragements et avouait à sa vénérable amie quUl perdait toute foi au retour de

478 SAINTE BliiaiTTE.

Grégoire XI. « Sois sûr, Robert, lui répondit-eile d'un ac- (( cent convaincu, que non seulement tu verras le pape d Grégoire à Rome, mais que tu Ty accompagneras. » Averti par l'accent prophétique elle regard inspiré de Brigitte, le jeune chevalier comprit la portée de ces paroles. Il les répandit parmi les Orsini, sa famille paternelle, et parmi les Sabran, sa famille maternelle. Les promesses de l'avenir consolèrent ces fidèles serviteurs de rÉglise des douleurs du présent*

Sur ces entrefaites, la Providence donna Tordre & Brigitle de retourner dans la ville des apôtres. La sainte se sentit fort perplexe: où trouver de l'argent pour le voyage ? Les communications avec la Suède étaient difficiles, Birger et Catherine n'avaient rien reçu de leurs vassaux, et la bourse des pèlerins ne contenait plus une obole. Fidèle à son invariable coutume, Brigitte interrogea le Seigneur. La réponse fut paternelle. Les pèlerins avaient joyeusement dépensé leurs biens pour l'honneur de Dieu, il était juste qu'ils reçussent ceux du clergé, qui sont le propre du Christ. L'archevêque de Naples leur viendrait en aide.

On n'eut point à implorer la générosité de Bernard de Montaure. Jeanne P*', devinant la gêne des étrangers, leur fit, avec sa libéralité accoutumée, porter un royal présent. Brigitte se demanda s'il fallait le recevoir. Elle pardonnait à la reine d'avoir pour ainsi dire tué Charles par son coupable amour ; volontiers elle eût souffert au service de Jeanne, avec la joie intime qu'éprouvent les fidèles du Christ à s'immoler pour ceux qui les frappent. Elle eût même, elle, la fière sénéchale de Néricie, reçu l'aumône de la main qui l'avait frappée au cœur en

la faisant douter du salut éternel de son fils et^ dans ce sacrifice, elle eût trouvé la preuve que la grâce domptait sa nature; mais, elle le sentait, labelle souveraine ne revenait point à Dieu. Son envoi était une largesse princière et non une offrande chrétienne, faite aux amis de Jésus-Christ pour Tamour de lui. Accepter? refuser? Où était le devoir? De nouveau elle interrogea son divin Maître. <i Faut-il rendre le mal € pour le bien et Tinimitié pour Tamitié ? lui répon- Qi dit-il. Faut-il couvrir de neige un cœur froid et le € glacer? Quoique la reine t'ait donné cet argent sans € affection, tu dois le recevoir avec respect et amour. € Tu prieras pour elle, et le feu de la charité la réchauf- € fera. j>

Les remerciements de Brigitte émurent Jeanne. Elle désira emmener sa vénérable amie au château d'Aversa et passer quelques jours en sa compagnie. De ce lieu, tristement célèbre par l'assassinat du roi André, les pèlerins suédois devaient partir pour Rome.

Pendant le séjour de la sainte, son ascendant s'exerça avec une évidence dont la cour fut surprise. Un familier du palais, Antoine de Carletto, sollicitait le poste de directeur des douanes. Jeanne, qui protégeait les marchands de son royaume au point d'avoir, en 1352, aboli les droits de sortie afin de laisser renaître le commerce éprouvé parla peste et la guerre, voulait chaîner de cette fonction les plus intègres d'entre ses sujets. A la première parole de Brigitte, sans s'informer des mérites de Carletto, elle promit d'octroyer le poste sollicité. Le courtisan, avide d'honneurs, avait d^abord su tromperie regard pénélrantauquel Dieu n'ac-

cordait point rinfaillibililé ; mais, près de son protégé, Brigitte se sentit un jour environnée des nuages de soufre qui, pour elle, étaient Talmosphère sensible du péché, et le Seigneur la reprit de la légèreté avec laquelle, dans sa vieillesse, elle s'était portée caution pour un inconnu. Son devoir était d'avertir la reine et de dire à Carletto lui-même que, s'il arrivait au but de ses désirs, il perdrait à la fois les biens temporels et les biens spirituels. La sainte obéit, et Jeanne subit son empire au point de partager une opinion si différente de la première. Carletto n'obtint pas la charge pour laquelle il était déjà désignée Cependant peu importait à la vénérable femme de prendre quelque autorité sur des actes déterminés. Il ne s'agissait pas seulement de dominer Jeanne, il s'agissait encore de la faire persévérer. Rien n'était obtenu, si cet être ardent et mobile ne se soumettait pas à la loi de Dieu. Une réforme sérieuse ne pouvait venir que du libre arbitre de la reine, et sa volonté restait rebelle à l'effort. Le jour où il fallut lui dire adieu, les sentiments de Brigitte et de Catherine furent opposés. L'épouse mystique du Verbe n'abandonnait pas sans regret sa singulière fille spirituelle. Dans la carrière agitée de Jeanne, les élans, les chutes, les retours à Dieu, les reprises de soi continueront donc jusqu'à l'instant où, de son sceau éternel, la mort viendra sceller soit le bien, soit le mal ? Telle était la question que se posait la sainte. Quant à la douce créa-* ture que l'Église devait honorer du double titre de vierge

i. neih Vil. 11. Extrav. CX. CXI. — Proc. Can. Dep. Kater. Alf. ep. Gien. ti P. de Alvastrosnp. 36' art. f. 137 v. 160 r. et 227 r, — Summqntr. 423. ^ GlANNONE. 251. — LiTtA. VII. XI.

et de veuve, elle paraissait se détourner avec effroi de l'âme troublée de laprincesse, où, malgré Tâge, vibraient toutes les passions. Brigitte tardait à partir, Calherine avait hâte de s'éloigner.

Le printemps rendit le voyage facile. Les Suédois se dirigèrent vers Rome par les routes directes. La sainte semblait ne plus vivre sur terre ; ses forces s'affaiblissaient ; ses révélations prenaient presque toules le caractère de prophéties et, chaque soir, on se demandait avec inquiétude si le lendemain ne serait pais son dernier jour.

Quand, après deux années d'absence, elle rentra au palais Papuzeri, le carême de 1373 s'ouvrait. Immédiatement elle reprit ses habitudes, et on aurait pu supposer qu'elle n'avait jamais quitté la ville des apôtres. Malgré la souffrance, elle n'entendait point se priver de ses stations dans les sanctuaires de Rome, ni de recevoir les nombreux visiteurs qui venaient chercher une direction. Elle alla même chez ceux de ses amis qui ne songeaient point h la revoir, craignant qu'ils ne s'éloignassent d'elle parce qu'ils s'étaient déjà éloignés de Dieu.

L'ancienne grande maltresse de la cour de Suède savait mettre au service de sa charité les formes qui pouvaient la faire accepter. On le comprit lorsque, dès son retour, on la vit arriver au palais du comte Latino Orsini. « Vous m'avez escortée à mon départ, aus- « sitôt revenue, je veux vous remercier, dit-elle gra- € cieusement au gouverneur de la Sabine. » Durant la visite, il éprouva quelque embarras. Sa vénérable amie ne lui adressait aucun reproche, mais elle laissait

482 SAUîTE BRIGITTE.

comprendre qu'elle se trouvait, chez lui, environnée de cette odeur de putréfaction, qu'exhalaient, pour elle, les pécheurs. Il s'interrogea, scruta sa conscience, et s'accusa d'avoir opprimé ses vassaux. Peu après, la même scène se renouvelait dans le palais Marino^ et pour beaucoup d'âmes le retour de Brigitte fut le signal du retour à la vertu.

L'inquiétude que Textréme changement du visage de la sainte faisait éprouver à tous, attirait chacun vers elle. On voulait jouir des derniers jours qu'elle passait sur la terre. De près, de loin, on accourait. Parmi les visiteurs, on remarqua le duc de Spolète et sa famille. Il supplia les Scandinaves de s'asseoir une fois à sa table. Brigitte accepta ce repas d'adieu, et alors que tous les convives causaient ensemble, elle prit Gomez à part et l'entretint de la vie éternelle. Le grand seigneur espagnol ouvrait son âme sans la livrer ; la sainte lui disait ce qu'il s'avouait à peine. Avant de le quitter, elle l'encouragea à continuer ses grandes aumônes et lui donna une règle de vie qui devait le maintenir dans la vertu, lorsque, quatre ans plus tard, en des temps difficiles, il serait nommé sénateur de Rome.

La sérénité de la vieille servante de Dieu, au milieu de souffrances sans trêve, parlait mieux encore que , ses paroles. Pourtant ce qu'on apercevait de ses épreuves était plutôt le remède que le mal. Au seuil du tombeau, le corps mourant de Brigitte entrait, pour la première fois, en lutte avec l'âme vivante à laquelle il échappait et poussait l'esprit à la rébellion. Par une lutte incessante la sginte j^v9it brisé l'obstacle qu'on dUcArjaaU ej^ir^ elle ^ P^u : Torguidil, Miiaienftttt

la partie sensible de son être, qu'elle avait toujours dominée sans effort, venait prêter des forces nouvelles à Tennemi vaincu. Sous le fardeau de Tâge, où Thomme fait de boue est dompté dans ses révoltes par le souffle divin qui l'anime, l'austère disciple du Christ sentait en elle certains germes cachés du péché originel. Les tentations que sa jeunesse avait ignorées au foyer paternel' et au foyer conjugal, tentations dont son âge mur eût oublié la puissance sur l'humanité sans les confidences des âmes qu'elle dirigeait, venaient eu foule Tassaillir. Son orgueilleux cerveau doutait des mystères qu'il était incapable' de concevoir; il se glorifiait de comprendre toutes choses ; il se réjouissait de la louange et des hommages. Son pauvre corps exténué de mortifications, réclamait des soins et des joies ; glacé par la vieillesse, brûlé par la fièvre, le sang qui coulait dans ses veines était toujours le sang des rois ; le corps s'en souvenait et prétendait avoir le droit de s'abandonner à la mollesse, à la sensualité. L'épouse du Verbe était depuis longtemps prévenue de ces combats suprêmes^ sans quoi elle se fût étonnée de l'humiliation jetée sur ses derniers instants. Son âme vaillante lutta contre l'esprit et contre la chair. Lorsqu'à l'élévation de l'hostie sacrée les démons moqueurs lui répétaient que ce pain, touché par des mains souillées, exposé à toutes les profanations, ne pouvait être le corps de Jésus-Christ, elle obtenait que son ange gardien les mit en fuite, et que le divin Maître affermit sa foi en commentant pour elle l'admirable prose £ai/(/a, Storij Salvatorem. Au fort de ses tentations d'orgueil, elle répétait à Satan : « Pourquoi

<c tirer vanité do mon sang? la chair d'une reine n'est a pas meilleure que celle d'une servante, toutes deux a sont faites de vile terre. Je m'humilierai. De moice même je ne puis, sans l'aide du Seigneur, avoir une « seule bonne pensée. » — « L'humilité est une échelle « qui de la terre monte au cœur de Dieu, » déclarait alors le Christ. La nuit, quand le démon lui livrait les mêmes assauts qu'à saint Paul, Brigitte se tournait vers la Vierge-Mère. « Mettez un frein à « mes lèvres, criait-elle ; mon corps est comme un <( animal indonlplable. Jetez un Filet sur ma volonté qui, « pareille à l'oiseau, s'envole au souffle de mes vaines < pensées. Conduisez-moi où me veut votre Fils. » Le carême entier se passa dans ces combats. Lé dimanche de Pâques, Brigitte entendit la voix dé << l'Espoir « des désespérés ». — <c Tes oraisons méritent d'être i( exaucées, lui assurait Marie ; voici l'anniversaire du « jour où mon Fils m'a consolée moi-même, je veux « calmer tes tentations et t'enseigner à les vaincre. Tu « es tentée dans ta vieillesse, comme tu ne l'as jamais « été au cours de ta vie, pour te prouver que tu ne « peux rien sans Dieu. Privée de son secours, il n'est « point de péché que tu ne fusses capable de commettre. « Si tu ne parviens pas à conduire et à purifier ton « esprit, dis à ton divin Maître : Empêchez-moi de me « complaire dans ces vaines pensées. Si les paroles se « pressent sans réflexion sur tes lèvres, ajoute : Jésus, « qui avez gardé le silence devant vos juges, retenez ma a languejusqu'à ce que j'aie compris ce que je dois dire, « et comment je dois le dire. Enfin si ta volonté te « porte à agir ou à te reposer, ajoute encore:- Notre-

^ Seigneur Jésus-Christ, qui avez été garrotté, diria gez ma vie, que tous mes actes aient un but loua-

< ble. Dorénavant ton corps ne prévaudra pas contre € l'âme, sa maltresse. »

Brigitte retrouva, en effet, l'équilibre de ses facultés, le gouvernement de soi, et elle reprit toute son énergie. Grégoire XI lui avait envoyé le nonce Gérard et le comte de Note afin que, de nouveau, elle sollicitât pour TEglise les lumières célestes. Sans hésiter elle répondit : « Un

< regard désintéress.é sur le monde chrétien suffirait à € prouver que seul le retour du pape en Italie peut a pacifier ce pays, ensanglanté par les Yisconti sei- € gneurs de Milan, ennemis du pouvoir temporel. » D* Avignon on luttait par Tanathème et par les armes contre Barnabe et son frère Galéas. Le capitaine de Grégoire, Amédée, duc dé Savoie, les avait vaincus, mais jugeant trompeuses leurs propositions pacifiques, il continuait la guerre : le simple sens commun faisait prévoir de futurs désastres. Cependant la sainte ne se refusa point à prier pour le vicaire de Jésus- Christ. Peu après, au début du mois de juillet, elle envoya de nouvelles révélations du divin Maître à son confesseur.

c( Seigneur évèque, écrivait-elle, notre Dieu Jésusc Christ m'ordonne de vous adresser ces paroles pour € le pape. Comme les pharisiens au Messie, Gré- « goire XI demande à Dieu des signes. L'avis que vous

< lui donnerez de sauver les âmes et de réformer « l'Eglise devra en être un premier ; s'il n'obéit pas, s'il € ne revient pas en Italie, non seulement il perdra ses c biens temporels, mais encore ses biens spirituels.

486 SAINTE BRKilTTE.

« Tant qu'il vivra, il ressentira les tribulations du cœur; « ce sera là le second signe. Le troisième consiste dans « les merveilleuses paroles que Jésus^Christ m'adresse (( à moi, simple femme, pour le souverain pontife, lui « assurant par ma bouche que sa querelle avec Baril nabé est odieuse au Seigneur, puisqu'elle met les « âmes en péril. Dût le pape être chassé de ses Etats, il d vaudrait encore mieux qu'il fit la paix que de peu- « pler Tenfer ! >

Brigitte entretenait ensuite le prélat du royaume de Charles V, où le souverain pontife reprenait les hérésies des Turlupins, sorte de secte manichéenne, et des Yaudois, qui prétendaient tout anéantir, sauf les rapsodies de leurs prédicateurs. « Même pour ce qui « concerne l'amendement de la France, écrivait la « sainte, Grégoire n'aura d'avis personnel qu'à son « retour ici. Il est comme un arbre déraciné qu'on « cherche à faire tomber avec des cordes. La foule lire; « seule la volonté du pape fait contrepoids. S'il cède, a ce sera pour la perte des âmes ; s'il se tourne vers « Dieu avec confiance, le Seigneur, venant à sa ren- (( contre, le secourra, et nul ne prévaudra contre lui. « Qu'il n'hésite donc plus à rentrer dans Rome, i (c conclure la paix et à réformer l'Eglise. Jésus-Christ « veut qu'il arrive en Italie l'automne prochain. Il ne « peut rien faire d'aussi agréable au Seigneur, que d'y <c rétablir le saint-siège. »

Grégoire XI ne laissa pas deviner ses résolutions. L'appel suprême de la prophétesse resta sans réponse, comme les lettres qui l'avaient précédé»

Les chaleurs de l'été accroissaient encore les infirmi-

tés de Brigitte. Une vision de sainte Agnès vint à la fois la consoler et lui faire pressentir de nouvelles épreuves. « Viens, ma fille, disait la martyre, mets « sur ta tète une couronne faite de sept pierres pré- € cieuses. t^ Ces pierres : le jaspe, le saphir, Témeraude, la perle, la topaze, le diamant et Tescarboucle, étaient douées, par les anciens, de vertus qui les rendaient des symboles. Chacune représentait le prix d'un acte de patience de Brigitte; la vierge romaine le lui expliquait en ajoutant : « Pour achever ta couronne, il faut « d'autres pierres, i L'épreuve, qui devait donner à réponse du Verbe un trait d'admirable ressemblance avec son Epoux divin, allait en effet lui être imposée. Comme le Christ au Calvaire, elle se crut abandonnée de Dieu. Prier lui devint si difficile, qu'elle remplaça l'oraison par le travail. Ses longues veilles ne se passaient plus en union avec le Seigneur, mais en luttes contre ses défaillances. La fièvre, qui lui donnait une sorte de vie nerveuse , cessa brusquement. Il fallut renoncer aux offices, à la visite des sanctuaires, et s'enfermer dans sa demeure *. La pauvreté y était si grande, qu'un tailleur suédois, de passage à Rome pour se rendre à Jérusalem, prêta sa bourse aux enfants de la malade et retourna en Suède, muni de leur billet, chercher, près de leurs débiteurs, l'argent d'un nouveau voyage '. Chaque jour la messe était célébrée dans la

1. Rev. //. 54. " IV. 61, 63, 68, 9i, 124, 443. - ^^. 6. — VI. 29. Extrav. XCIIL — Proc. Can. Dep. Magni Pelri et Lai. Oraini »up. 30» et 3^* art, f. m et 113 r. 147 et 148 r. Kater, sup. 29" art. f. 132 r. Alf. ep. (rien, et P. de Aioantvù $up. 30« art, f, 156 r. et 228 v, P. de Alvastro iup, 31 o art. /'. 229 r. — Vita 6, Hirg. 196.

Page 1