‹ Sainte Brigitte de Suède, sa vie, ses révélations et son œuvreChapitre 96 sur 132 · Opusr. Beati Franciscl. Ul. Cfr. Canl. VIII · texte numérisé non relu

Opusr. Beati Franciscl. Ul. Cfr. Canl. VIII

tage aussi. Les disciples de Tagonisante ressentaient en eux-mêmes comme une charité plus vive, reflet de celle de son cœur. lis se souvenaient d'un de ses derniers entretiens avec son Maître : « Très doux Seigneur, disait- (( elle alors, quand vous visitez mon cœur je ne puis, à « causé de la divine charité que je sens en lui, empê- « cher mes bras d'embrasser ma poitrine... Vous m'êtes « plus cher que mon âme. — Ma fille, avait répondu « le Maître, comme la cire reçoit l'empreinte d'un « sceau, ton âme recevra celle du Saint-Esprit. Ma « chaleur s'ajoutera à la tienne. En s'approchant de « toi, on sera réchauffé et éclairé. Après ta mort on <ï dira : Nous le voyons, elle était remplie de l'Esprit- « Saint. »

Magnus d'Ëka achevait les prières de la consécration. Présent sur l'autel en l'Eucharistie, le Christ s'offrait comme victime à son Père. Agenouillés dans la cellule, les enfants, les confesseurs, les amis, les serviteurs de la sainte, cherchaient à résigner leur douleur sous la main de Dieu Tous sentaient la présence de l'immortel Epoux de Brigitte, celle de la. Mère des Miséricordes. Sans doute Marie répétait à l'agonisante les paroles qu'elle lui avait dites un jour : c .Mon Fils te défendra durant ta vie, et après la mort tu ne craindras rien! » Les êtres pleins de foi qui environnaient la mourante devinaient à son chevet la multitude d'anges dont elle avait entendu les leçons, les saints avec lesquels elle conversait, les élus sans nombre enfantés à la grâce par ses prières. Les Italiens s'abandonnaient aune douleur pleine de larmes. Silencieux, les Suédois fixaient sur Brigitte un regard qui toujours la cher-

cherait. Ainsi que dans leur patrie la création s'endort tout Tété, aux rayons du soleil, Brigitte s'endormait sans traverser d*ombres. Sa fin, illuminée comme Tétait sa vie, rappelait celle des longs jours du Nord, que la clarté du soleil couchant éclaire encore, quand déjà l'aurore radieuse paraît à TOrient. L'extase amenait la sainte à la vision béatifique.

La cloche de la messe tinta. L'hostie montait vers le ciel. Brigitte s'appuya sur ses enfants afin de s'incliner devant son Dieu. Vaillante elle se redressa ; sa tète se leva, son regard chercha son Epoux divin sous les espèces eucharistiques : Domine^ s'écria-t-elie d'une voix forte, offrant à son Créateur les mérites de son Rédempteur et faisant à l'exemple du Christ le sacrifice volontaire de sa vie^ Domine^ in manus tuas commendo spiritum meum. Des sanglots lui répondirent ; elle ne les entendait plus. Dans la 71^ année de son âge, le samedi 23 juillet 1373, durant la dixième heure du jour, haute et puissante dame Brigitte Birgersdotter, veuve du sénéchal Ulf Gudmarsson seigneur d'Ulfâsa, s'endormait sur terre sans autre crainte que celle de Dieu \ et s'éveillait au sein de l'immortalité où il n'y a plus ni labeur ni larmes, parce que le passé a disparu et que le présent éternel, c'est l'amour.

La véture de Brigitte comme religieuse du Saint-Sauveur était toute mystique; elle ne possédait point le costume de son ordre. Les sœurs de sa jeunesse, les tertiaires Franciscaines, réclamèrent donc le privilège de

1. Rev, II 29. Extrav. CXVL — Proc. Can. f. 9 r. Dep, Magnl Petrl, Katerinœ, Fr, Papwtrœ mp. 25* art, f. lOJ, 131 et 190 r.

Tensevelir. Elles ne la couvrirent point de sa robe grise et son voile noir, mais de leur habit*. Pour elles la tunique brune, le scapulaire et la corde à nœuds de Saint-François, n'étaient point comme un autre suaire destinés à disparaître dans la poussière du tombeau. C'étaient de symboliques vêtements bénits, avec lesquels chacune voulait que son corps traversât la mystérieuse période de transformation qui précède

la vie nouvelle.

Les fidèles de la sainte vinrent ensuite s -agenouiller près de ses restes. Elle n'avait point droit & cette transfiguration poétique que le dernier sommeil prête aux vies brisées dans la jeunesse. Sa destinée s'était déroulée lout entière. Son corps, usé au service du Rédempteur, de l'Eglise et des âmes, portait les blessures du combat; la mémoire qu'on gardait d'elle n'était pas ce vague et doux souvenir, où les espérances îrréalisées se mêlent aux actes accomplis et permettent à chacun de créer la morte à son image personnelle, pour s'en faire une idole. Depuis l'enfance jusqu'à la vieillesse, Brigitte s'était avancée au grand jour, dans une voie singulière qu'elle se frayait sur les somniets, grâce & l'impulsion directe du Saint-Esprit. Partout où elle avait marché, sa trace demeurait lumineuse et profonde et ses efforts restaient défiais ; on voyait leurs objets divers, leur but unique. Nul n'ignorait les résultats de son action poar

1. C'est à tort qu'Hélyot (iv. 391 et BaiUet (Vies des Saints. HDGCIY, X, 217) prétendent que Brigitte fut ensevelie dans 1 tiabit birgittin. Sa consé* cration à Dieu fut mystique, et Waddin^ a toutes les probabilités pour lu lorsqu'il déclare que le dernier vêtement de la sainte fut celui de la famille religieuse où elle avait fait professiou de tertiaire.

SA BÎORT. SOI

la gloire de Dieu, ni ce qu'elle laissait inachevé des quatre grandes tâches qu'elle avait reçues : de prêcher aux Suédois la péuitence, d'exhorter les chrétiens à réformer leurs mœurs^ de ramener le pape à Rome et de fonder un ordre nouveau. On pouvait comprendre qu'une telle vie aurait des apologistes convaincus, mais qu'elle trouverait, comme tout ce qui dépasse la vertu ordinaire, de passionnés détracteurs.

L*heure présente appartenait aux amis. Selon la volonté divine, révélée à la sainte, ils résolurent d'emporter ses restes chez les Glarisses de Saint*Laurent, jusqu'à ce qu'on prît les mesures nécessaires pour les ramener à Yadstena. La nuit du 23 juillet tombait quand la noble suédoise quitta pour la dernière fois sa maison de Rome. Elle avait demandé à être enterrée après la fin du jour, suivant l'usage italien. Bien qu'elle eût interdit de lui faire cortège, autour de son cercueil se groupa une longue procession, où les cardinaux, les grands seigneurs, les clercs et le peuple se pressaient dans un élan spontané. Tous accompagnèrent Brigitte sur les hauteurs du Yiminal. A leur départ de la terre, les plus fiers ancêtres de cette noble dame n'avaient point eu si grande multitude pour leur rendre hommage ni si grand deuil de cœurs reconnaissants. Nul ne songeait à chanter l'office des morts. Seuls des psaumes de triomphe, des hymnes de louange venaient se mêler aux larnies que chacun versait sur soi-même, songeant à l'appui enlevé à son courage et à sa vertu.

Arrivée au monastère, la foule, qui s'était accrue à chaque carrefour, ne permit pas aux Clarrisses de sous-;-

traire à son culteles restes vénérés de Brigitte. 11 fallut violer les volontés dernières de Thumbie sainte et l'exposer en chapelle ardente dans Téglise. Toute la ville accourut *. La foi éclairée implorait des grâces, la foi naïve des miracles, et tandis que certains fidèles de .Brigitte se sentaient en communication directe avec elle, d'autres lui devaient la santé. Déjà un malade incurable venait la remercier de sa guérison. Les prodiges furent si nombreux qu'on cessa de les compter. Au-dessus de tous on en célébrait deux, parce qu'ils avaient eu de nombreux témoins. Le premier semblait le remerciement.de la sainte aux Clarisses, pour Taccueil fraternel qu'elles lui faisaient. L^une d'elles, Françoise Savelli, se voyait réduite par la maladie à ne plus suivre la règle ; les deux années qu'elle avait passées ainsi lui semblaient lourdes. Elle se fit porter près des reliques, et y demeura jusqu'au jour, demandant par l'intercession de la bienheureuse la force de pratiquer les observances franciscaines. Le lendemain, rendue à la santé, elle rentrait debout dans le cloître, et se sanctifiait avec ses sœurs. En même temps, une Romaine bien connue par son goitre immense touchait le corps de Brigitte et était guérie. L'église retentissait d'actions de grâces ; aussi, le 26 juillet, dut-on faire acte d'autorité, pour soustraire aux fidèles ce qui restait de leur puissante amie. Une dernière fois, Catherine et Birger tinrent entre leurs bras la mère qui les avait enfantés plus encore à la vie éternelle qu'à la vie du temps. Offrant leur douleur à Celui qui compte nos

t. Proc. Can. /*. 9. — Proc Can Beat Kater. Dep Fr. Johannis in 4' art. f. 23 r.

larmes pour les essuyer lorsque son heure sera venue, ils enfermèrent la bienheureuse dans un cercueil, enveloppé d'étoffes précieuses, sur lequel Birger, le comte Latino Orsini et plusieurs barons romains apposèrent leurs sceaux. Avant de quitter Rome, les enfants et les confesseurs de Brigitte entendaient prendre l'avis d'Alphonse de Vadaterra ; il ne pouvait fixer le terme de son séjour en Provence, et il fallait attendre.

Les funérailles furent célébrées dans la nuit du 26 au 27 juillet. Saint-Laurent ne pouvait contenir les nobles barons, la bourgeoisie et le peuple, accourus pour rendre un dernier hommage aux restes, qu'on déposa dans un monument de marbre blanc. Une bienfaitrice du monastère, Ëtiennette Save lli, l'avait fait sculpter pour sa propre sépulture et cette pieuse femme ouvrait son sépulcre à Brigitte, comme jadis Joseph d'Arimathie avait ouvert le sien au Rédempteur. Bientôt le tombeau disparut sous les ex-voto et la reconnaissance prit toutes les formes, tous les langages pour s'exprimer *. Près des reliques on remarqua bientôt une jeune étrangère, au type oriental. C'était le témoignage vivant des sentiments de Jeanne P°. Docile aux révélations de sa vénérable amie, la souveraine de Naples s'occupait des captifs vendus dans sa capitale ; on lui avait donné une noble fille turque et elle l'envoyait à la sainte. Quand arriva ce doux présent empreint de la délica. tesse de cœur de la « bonne reine », son amie venait

i. Proc. Can. /". 9 eHl «. Dep. P. de Alvastro tup, 26» art. f. 212 r. Parmi les nombreux miracles que rapporte le procès de canonisation, nous suivons le choix du pape Bonifacc IX et signalons ceux que mentionne sa bulle.

d'expirer. Catherine et Magnus d'Eka instruisirent i*enfaat, la tirent baptiser et lui donnèrent leurs deux noms \

Rome entière passa dans l'église Saint-Laurent. II semblait qu'en perdant son avocate auprès des souverains pontifes, elle eût perdu sa patronne ; elle rappelait que l'Église nomme la patrie des saints le lieu dont ils partent pour la vie éternelle, et non celui où ils naissent à la vie du temps. Mais Brigitte n'était que prêtée à la ville des apôtres. Selon l'ordre de Dieu, elle allait regagner son lointain pays de Suède, pour y attendre l'heure où chaque peuple chrétien verra ressusciter, de son sol, les saints demeurés sous sa garde.

1. Diai'iumAiH.--Kl. i Vudstena. 12, 13. Désormais on l'appela Catherine Magnussadotter. Les abbesses Marguerite Clausdotter et Anna Paulsdotter dans leurs dépositions au procès de Catherine [in art. 5* f. 59 r. e/ 63 t;.) et l'auteur du Vitis Aquilonia (seu Vitao Sanctorum. J. Vastovii. Col. Agrip. Ant. Hieratl.an. 16:23, 141), bâtissent tout un roman sur cette jeune fille dont ils font une princesse tatare donnée, non point à Brigitte, mais à Catherine, par la reine de Naples.

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