‹ Sainte Catherine de Sienne (volume 2)Chapitre 11 sur 116 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

Gio ch*îo vedeva, mi sembrava un riso Deir universo.

(Dante. Parad.XXVlI.)

Al Signor fu dedicata Spregio il mondo co* suoi inganni.

(Ser. Razzi. Lande di S. Calerina.)

Catherine reçoit Thabit du Tiers Ordre. ~ Sa retraite dans la prière et le silence. — Tentations. — Visions.

En 1362, vers la fin de l'hiver, Catherine, conduite par ses parents, monta jusqu^à Saint-Dominique. Les voûtes ogivales dont la chapelle delte Volte porte le nom retentissaient de chants mélodieux , et dans cet étroit sanctuaire qui s'élève à l'entrée de l'église et la domine de la hauteur de plusieurs marches, toutes les sœurs de la Pénitence réunies autour de leur Directeur attendaient Catherine. En ce jour, elle devait recevoir l'habit. Debout devant l'autel le Prêcheur dit à la postulante : « Que demandez- vous?» « La miséricorde de

« Dieu et la vôtre », répondit la jeune fille. Elle récita les prières accoutumées et reçut la ceinture de cuir, la tonique blanche, le manteau noir, symboles de pureté, d'innocence et d'humilité, qui composent l'habit des tertiaires ^ La coupe de ces vêtements, le voile dont Catherine se couvrit la tète, différaient peu du costume qu'elle portait habituellement, mais elle médita le sens mystique des couleurs chères à saint Dominique. « Tu c es maintenant religieuse, » se dit-elle dans son doux parler toscan , « il ne te faut plus vivre comme tu as « vécu. Désormais tu dois marcher par un chemin plus < étroit, » et, pleine de fermeté dans sa résolution, dès ce jour même elle servit Dieu comme si elle avait pro* nonce les trois grands vœux de religion.

Fidèle au silence conseillé sans cesse par les Saintes Écritures, elle ne parlait à des personnes étrangères à u famille que sur Tordre absolu de son confesseur; jimtis elle ne sortait, excepté pour aller à l'église, et elle

1. Le père Carapelli (Voir Bibliogr. C^ XXXVII) assigne sans preoTcs à l'appui la date de 1366 et M. Grottanelli l'adopte dans les Mes savaDtes dont il a enrichi là Leggenda minore. C'est également nos preuves que Tabbé Fleury, tome XX^ p. 260, parle de Tannée 1367^ ct((Qe le P. Tantocci (voir Bibliogr. H, XIII) dit que Catherine fut totiure à dtx-«ept ou dix-huit ans. La Sainte fit partie des Sœurs de hPénileDce au sortir même de Tenfance, le récit du 6. Raymond le démontre clairement ; de plus nous lisons dans la déposition du F. CalCarini au procès de Venise que Catherine portait déjà Thabit <lepQis quelque temps quand^ en 4364, ce religieux entra lui-même àa les Dominicains; d'ailleurs, la date de 1362 est de tradition, lae erreur de traduction a établi que Catherine était la première vierge admise parmi les tertiaires ; tel n'est pas le sens de prima uctUem virgo, et le ehronotaxis du couvent de Camporeggi nous tignale nombre de jeunes filles, dont la plus célèbre est la B. Nera ^Tolomeî reçue en 1287.

vivait dans une retraite complète. Sa chambre était à l'étage au-dessus de Patelier, loin du bruit des travaux. Gomme unique ornement on y voyait de naïves peintures dû Rédempteur, de la Vierge Mère et des Saints, devant lesquelles plusieurs lampes brûlaient nuit et jour. D'un côté la muraille était adossée au rocher, de l'autre la fenêtre donnait sur une rue en pente et sur la campagne. Cette fenêtre était le plus souvent fermée, tandis que dans le mur de gauche, près du chemin qui gravissait la colline, une sorte d'œil -de-bœuf s'ouvrait au premier appel. C'est par là que Catherine donnait aux pauvres sa propre nourriture et le pain qu'elle sollicitait de ses parents à leur intention. Près de la planche où elle s'étendait pour dormir, on lisait ce verset de David plein de l'espoir du réveil éternel : « Illumina oculos meoSy ne unquam ohdomiiain in « morte. » Par un effort de volonté, qui lui fut longtemps très pénible, la tertiaire veillait presque toute la nuit, méditant souvent cette parole; puis, quand le second coup de matines appelait les Frères Prêcheurs au chœur, elle disait à Dieu dans toute la confiance de sa foi : « Jusqu'à présent. Seigneur, mes frères se sont « reposés ; j'ai prié pour eux et j'ai eu soin de vos « louanges ; les voilà maintenant qui se lèvent, je vais « dormir un peu. »

Mais ce sommeil était de courte durée, car la jeune fille, quelque absorbée qu'elle fût par la méditation des vérités éternelles, avait garde de se soustraire à la loi du travail; jamais elle ne restait oisive et c'était après avoir longtemps manié l'aiguille ou le fuseau qu'elle allait s'entretenir avec Jésus-Christ dans la soli tude de son jardin. Ce jardin, taillé en terrasse dans le

roc et situé un étage au-dessus de la cellule de Catherine, était dominé d'un côté par la colline et de l'autre protégé parla maison. Là, au milieu des fleurs, la jeune fille faisait des bouquets qu'elle envoyait à ses amis en témoignage de ses prières pour eux. De la création elle montait au Créateur; il lui suffisait d'apercevoir un instant la campagne dorée des derniers rayons du soleil poar entendre la symphonie que l'univers chante à Dieu. C'était alors une satisfaction si complète de l'âme, un repos si heureux des sens qu'elle se croyait, disait-elle, entrée dans les joies de la résurrection.

Tant de bonheur l'effraya. Qui était- elle pour que le Seigneur la At l'objet de ses complaisances? N'était-ce point là une illusion? Les anges de ténèbres, puissants sar la création, ne l'abusaient-ils pas par de trompeuses images? Jésus-Christ seul pouvait lui répondre. 11 la loua de ses craintes, car il est écrit : « Beatus homo « quisemper estpaviduSj y> puis, au lieu de la rassurer par une simple révélation, il l'instruisit comme autrefois sur terre il instruisait ses disciples ^ « La vision « de Dieu », lui dit-il, « épouvante d'abord la créa- «ture,puis lui fait goûter les joies célestes; celle du " démon commence au contraire par charmer la créature « et la laisse bientôt dans l'amertume et la tristesse. La « liston de Dieu éclaire la créature des lumières de la « vérité étemelle ; connaissant son néant elle apprend à « se mépriser. Le démon, qui est le père du mensonge, « remplit la créature d'illusion et elle s'enorgueillit « bientôt à la vue de ce qu'elle se croit '. »

1. B.Raim.Par8 1^ cap. y, p. 873. Processus (Voir Bibliog.G,!.) at- Ittt. Fr. Ibirtb. Dom. de Son. et P. Nacc. Cad. Leg. Min. Pars I^ cap. u.

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