‹ Sainte Catherine de Sienne (volume 2)Chapitre 15 sur 116 · ÙÔ-13G8) MARIAGE MYSTIQUE DE CATHERINE DE SIENNE · texte numérisé non relu

ÙÔ-13G8) MARIAGE MYSTIQUE DE CATHERINE DE SIENNE

lu fuoco d'rfiD.r mi m' se Il sp'So mio n -Trllo Quaudo t'aoel mi mise.

(S. Franc. d'Assisî.)

VergioeSposa del tuo padre eterno.

(Laude a S. Caterina.)

^*ia;vg^ mystique de Catherine. — Notre Seigneur Toblige à rentrer vUu9i le monde. — Son influence. — Elle est aperçue en extase \.^ l^ peintre André Yanni. — Mort de Jacques Benincasa.

vv Je l'épouserai dans la foi ; » telle était la promesse, i^vv\U ttu-deasus do rentendement humain, par laquelle \v»U'a Seipnour répondait sans cesse aux actes d'amour Uvv bA BorvaiUe, qui, avec une ardeur croissante, le sup- ^\huii de tenir enfin sa parole. Pour se rendre auî Y\ \t\i ua de Catherine, Jésus-Christ choisit un temps àe ù\iU4 publiques. Les Benincasa cherchaient dans 1^^ ^lUuiia du Carnaval Toubli des épreuves que la P^^'

Tidence ne leur ménageait point*. Joyeux par caractère comme tous les Siennois, ils riaient malgré leurs pjines, et conviaient de nombreux amis à leur table. Catherine, au contraire, s'était réfugiée dans sa cellule et priait dans les ténèbres. Soudain le Christ éclaira Tobscur réduit par sa présence. « Ma douce fille et « amie, puisque tu as fui les plaisirs de ce monde et a que tu as mis en moi tout ton cœur, aujourd'hui où « chacun vit pour les joies de la terre j'accomplirai ma « promesse et je t'épouserai. » A ces mots la Très Sainte Vierge, saint Jean l'Êvangéliste , l'apôtre saint Paul et saint Dominique, se montrèrent (a~iî^ eux ravis de Catherine. Non loin d'eux se tenait le prophète David qui tirait de sa harpe des sons d'une infinie douceur. Marie Mère de Dieu prit la main droite de Catherine et la donna à son Fils : « Moi, ton Créateur et ton Sauveur, » «iitJe Christ en passant au doigt de la jeune fille un anneau pur comme l'onde et resplendissant comme la flamme, a je t'épouse dans la foi; je garderai ta foi « de toute atteinte; ainsi armée, tu vaincras le monde « jusqu'au jour où en Paradis tu célébreras avec moi « les noces éternelles. Agis avec courage, accomplis les « œuvres que te confiera ma Providence. Tu triomphc- « ras de tous tes ennemis. »

Quand la vision s'effaça, l'anneau, témoignage sen-

1. Lapa avait va la peste lui enlever un vingt-cinquième enfant qu'elle venait de mettre au monde (Nec. de St Dom. Bib. Gom. de Sieaiie, cod. G. III 2, f. 15), tandis que Jacques et ses flis étaient à la fois blessés dans leur orgueil de citoyens, et fort appauvris par la Scigiiearie des Douze qui, au lieu de faire la guerre aux condottieri, H laissait honteusement rançonner par eux. (Muratori, t. XV, p. 18MS8.)

sihle de la grâce de Dieu, resta au doigt de Catherine. Elle seule le voyait et bientôt elle s'aperçut que la XDoindre hésitation dans les voies de Tobéissance faisait momentanément disparaître Tanneau mystérieux. Epousée par Notre Seigneur, Catherine fut aussitôt associée aux labeurs et aux sacrifices de son Époux. Ce n'était pas dans la joie^ mais dans la douleur et le travail, qu'elle pouvait enfanter les âmesàla vie étemelle; aussi fut-ce au moment même où le jour des contemplations divines semblait luire pour elle dans toute sa plénitude que le Maître l'obligea à redescendre sur la terre. « Va, », commandait-il^ maintenant, « va auprès «c de tes parents, asseois-toi à leur table, puis tu mère- <t viendras^. » — Ces paroles semblaient à Catherine un châtiment : «Mon doux Seigneur », murmurait elle ■sans pouvoir retenir ses larmes, « pourquoi me chasser « de votre présence? Si j'ai offensé Votre Majesté, puic nissez mon corps prosterné devant vous : être séparée <t de vous est au-dessus de mes forces ! que fcrais-je à <c la table de mes parents ? leur nourriture ne m'est de •r( rien, car l'homme ne vit point du pain matériel, mais « des paroles que vous proférez. J'ai fui la conversation «des créatures pour vous trouver; je vous possède; « comment laisserai-jc Icscréalurcsm'éloigncr devousî» — «c Cesse de pleurer, ma fille », répliquait le Sauveur << avec le sourire qui est la joie des élus » ; il faut que <' ma justice s'accomplisse en toi^ afin que tes vertus ce soient non seulement fécondes pour ton âme, mais <4 aussi pour celle de ton prochain ; je veux l'unir à Bioi « par les liens de la charité envers les autres. Tu sais < que deux commandements, l'amour du prochain et « l'amour de Dieu, renferment la loi. Il faut que ces

<« commandements te soient comme des pieds pour mar- « cher, comme des ailes pour voler et m 'amener des « âmes. No demandais-tu pas jadis à prendre Thabit « des Prêcheurs afin d'aller en de lontains pays êvan- « géliser les hommes? Te plaîndras-tù, si je te conduis « où tu désires aller depuis ton enfance ?» — Sei- « gnenr », reprit la Sainte, «que votre volonté s'ac- « compiisse, mais comment serais-je utile aux âmes? les « femmes n'ont aucune autorité sur les hommes. » — « J'ai créé l'homme et la femme», dit le Maître, «et « jesouifle oii je veux la grâce de mon esprit. Il n'y a « pobr moi ni différence de sexe, ni différence de con- « dition ; il m'est aussi facile de créer un ange qu'une « fourmi, et des cieux nouveaux qu'un ver de terre. « Ne t'inquiète pas des moyens. Les orgueilleux, les « faux savants dont le monde est rempli, mériteraient « un châtiment de ma justice; ma miséricorde leur en- « verra des femmes faibles par nature, puissantes par « ma grâce, pour les exhorter. S'ils s'humilient devant « elles comme les juifs et les païens se sont humiliés « devant les apôtres, je pardonnerai, sinon ces fous de- ♦ viendront la risée du monde. Maintenant obéis-moi, « retourne parmi les hommes, je t'accompagnerai, je « te dirigerai » *.

1. B. naim. Pars I, cap. YII,p.881>882,et Pars II, cap. I, p. 883. f^oppl vilœ, Pars I, Tr. I. Selon le B. Raymond, le mnriage mystique de Catherine eut lieu environ trois ans après sa prise ^Iwbil. G*c8t sansprcute que le P. Carapelli donne la date do 1370. La Leggenda minore dit que ce fui Vullimo giorno di camesciaU. Les Siennois reconnaissants de la faveur par Dieu accordée à leur conciloycnno dépendirent dans la contrée de Fontchranda que Tanniiefsaire en ftkt troublé par des mascarades. (Voir Bibliog. i, XI.)

Catherine se mêla donc peu à peu aux travaux de la famille, choisissant de préférence les plus vils. La servante du logis étant tombée malade, non seulement elle la soigna, mais elle la remplaça; en dépit des pro-l testations de tous, elle seule balayait la cour, repassait I le linge et lavait la vaisselle. Un jour Notre Seigneur] récompensa cette entière soumission par une grâce écla-, tante. Assise auprès de Tâtre, Catherine tournait avec son activité ordinaire la broche où rôtissait la viande destinée au repas. Subitement, elle s'arrêta : « Ma mé- « moire ne contient plus que Dieu ; mon intelligence est « absorbée par la contemplation de Fétemelle vérité ; « mon amour m'attache au Seigneur», se dit-elle en empruntant la langue théologique de saint Thomas. Les puissances de son âme ainsi concentrées, son corps perdit tout sentiment. Son œil ouvert ne vit plus, son oreille écouta sans entendre, sa langue loua le Très- Haut sans qu'elle la fît parler, ses mains touchèrent sans qu'elle voulût saisir. * La femme de Barthélémy, Lisa, qu'elle appelait sa « belle-sœur selon le monde, « mais sa sœur en Jésus-Christ », prit alors sa place, servit le dîner de famille et revint assez tard à la cuisine ; en y arrivant elle aperçut Catherine étendue sur le brasier. Se précipiter sur elle, l'arracher de la cheminée, fut l'affaire d'un instant ; la jeune fille n'avait pas une seule brûlure ; le feu avait respecté jusqu'à SCS vêtements '.Est-elle donc une Sainte? se demanda • Lisa. La Providence lui répondit peu après.

Lisa rentrait ; elle rencontra Catherine sur le seuil.

Page 1