Dialogo LXXIX
2. B. Raim, Pars II, cap. i, p. 88A-885, elLegg. Min., cap.ii,p- 4^-
«Ah! maintenant tu es vraiment bonne », s'écria la tertiaire avec un étrange sourire. Lisa resta interdite. TroiiUée par le souvenir de ses fautes, elle venait d'en bire la confession générale, confession dont un angle recalé de l'Église avait été le témoin, un ecclésiastique étranger, l'instrument. La jeune, femme pressa sa belle sœur de qpiestions et comprit qu'elle n'ignorait ni l'acte accompli avec tant de mystère, ni les peines intérieures qui l'avaient motivé. « A cause de ce que tu «as fait ce matin », murmura Catherine en terminant l'entretien, «je t'aime de tout mon cœur, et je t'aimerai « toujours. » Quelques semaines s'écoulèrent ; en proie aux douleurs de la maternité, la femme de Barthélémy se mourait emportant dans la tombe Tenfant auquel elle ne pouvait donner le jour. Déjà la famille pleurait cette double mort, quand Catherine, sûre de l'empire qu'elle se savait sur son Époux, éleva la voix au milieu du silence général : « Mon Dieu, délivrez ma sœur de ce péril, je vous en prie et je le veux. » Une extase fut la première réponse du ciel à sa prière, mais non la seule. Tandis que, l'œil fixe, Catherine contemplait les trois personnes de la Trinité qui daignaient lui apparaître, les assistants voyaient Lisa revivre, et bientôt ils entendaient les cris du nouveau né ^
Etienne, le plus jeune de la famille, était quelque peu sceptique et railleur. Il doutait fort des visions de sa sœur. Un soir elle l'arrêta dans la rue. « Tu quittes un lieu de scandale. >? — « Comment le sais-tu? » — « La miséricorde de Dieu m'a révélé ton crime. » Elle continua
1. Sappl. vilœ. Pars II, Tr. Y et Tr. lY. Ce fils de Lisa fut plus M religieux.
8a route et arriva à Téglise. Les anges qui Yeillent auprès du Saint- Sacrement vinrent à sa rencontre^ elle les éloigna : « Je ne veux pas les anges, je veux eelui qui vous a faits vous et moi, le Créateur, mon Époux, Jésus. » Ses larmes coulaient sur le péché de son frère; son ardente prière monta jusqu'à Dieu. De retour chez elle, elle y trouva Etienne; ce qu'elle avait dit portait ses fruits. Vaincu, le jeune homme reconnaissait la sainteté de sa sœur, et promettait de se convertir *.
C'est ainsi c[ue les Benincasa étaient initiés à la vie surnaturelle de Catherine. Lapa s'étonna d'abord de prodiges qu'elle ne pouvait comprendre. La première fois qu'elle aperçut sa fille en extase, elle lui aurait redressé le cou de vive force^ si on ne l'avait pas empêchée de toucher aux membres raidis qu'on eût plutôt, disait Catherine : « brisés que fait plier »^ mais la pieuse femme s'accoutuma à respecter les opérations de la grâce *, Un miracle propre à éclairer les pius ignorants ne laissa aucun doute sur la puissance de Catherine. Le nombre des mendiants qu^elIe secourait par sa fenêtre s'accroissant à mesure des bienSaits reçus, elle avait ouvert pour eux et complètement vidé la dernière pièce de vin que contenait la cellier. Lorsqu'Etienne, chargé du soin delà cave, s'aperçut de cette prodigalité, il en témoigna son mécontentement et malgré son respect envers sa sœur il se plaignit d'elle à leur père. Jacques Benincasa parut affligé. Aussitôt Catherine saisit une des amphores ' en usage à Sienne