B. Daim. Pars II, cap. i, p
3. La batterie.de cuisine et les lampes des Siennois sont encore . façonnés d'après les plus purs modèles antiques.
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pour puiser l'eau à la fontaine : « De quoi vous troublezyont, mon bon père, je vais vous chercher du vin », et elle descendit an cellier. <c Seigneur, » murmurait-elic doucement, « yoas savez que ce vin a été distribué aux « pauvres pour Tamour de vous, ne permettez pas que «je sois une cause de scandale.» Arrivée devant le tonneau vide, elle fit le signe de la croix et le vin jaillit 80U8 sa main. Cn puisa au tonneau pendant quinze ou vingt jours ; c'était à peu près ce que durait d'ordinaire une barrique de vin. Ce temps passé, on continua tout en s'étonnant beaucoup, et Catherine ne priva pas ses chers pauvres d'un vin que tous trouvaient bien supéricar à celui qu'on avait l'habitude de boire. Plusieurs mois s'^écoulèrent ainsi, et quand vint la saison des vendanges, le miracle continuait toujours. La récolte était abondante , les fûts manquaient ; on voulut donc vid^r le tonneau merveilleux que les ouvriers sortirent du cellier. Le matin même il avait donné du vin parfaitement pur et pourtant on le trouva aussi sec que s'il était épuisé depuis longtemps.
Les frères de Catherine gardaient encore l'impression de ce prodige, quand une nuit ils l'enlendirent les appelée « Hâtez-vous, leur criait-elle, descendez à Fontebranda; vous y trouverez une femme qui veut se noyer, amenez-la-moi.» Comment Catherine pouvait-elle ttToir ce qui se passait à la fontaine? Quelques jours plus tôt, elle n'eut point obtenu de ses frères une obéissance passive à des ordres incompréhensibles, mais à l'heure présente ils croyaient en] elle et ils s'élancèrent dans la vallée. Là, se détachant sur les ombres noires du coteau^ ils aperçurent une femme éclairée par rayons de la lune. Cette femme s'approchait en si-
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lence du profond bassin qu'alimente la fontaine; un peu plus tard et elle se jetait dans les eaux scintillantes de Fontebranda. Enlevée à la mort avant de savoir par qui elle y était soustraite, amenée dans la cellule de Catherine sans avoir repris conscience d'elle même, elle raconta à la jeune fille sa simple histoire. Celui qui devant Dieu lui avait juré une fidélité éternelle ne l'aimait plus et en aimait une autre ; elle voulait donc mourir, car c'était pour lui seul qu'elle avait vécu. Catherine éprouva une réelle pilié. Sauver cette belle créature ne lui suiTit plus, elle entendit la consoler, la donner àDieu. Du Tout-Puissant elle obtint que Tancien amour reprît son empire sur le cœur de l'époux infidèle ; à la femme elle enseigna que Celui qui ne trompe jamais peut seul remplir le cœur *.
Il n'était pas de jour où Catherine ne montrât son pouvoir sur la nature inanimée ou sur les hommes par quelque miracle. Les Sœurs de la Pénitence ne les comptaient plus. «Elle lit dans ma conscience comme dans un livre ouvert », assurait Françoise de Marco, tandis que d'autres tertiaires prétendaient recevoir de Catherine des secours qui dépassaient la puissance humaine, ce La « seule vue de mon amie me délivre de toute tg[itation, « disait sœur Gemma; ses prières arrêtent mes peines; « par un simple signe de croix elle m'a sauvée d'une « dangereuse esquinancie. » Certes Catherine trouvait moins difficile de guérir des corps malades que de rendre actives et viriles des âmes tiède» et découragées, comme elle le faisait souvent. Pourtant les prodiges qui
1. B. Raim. Pars II, cap. ii, p. 888 et 889. Processus (Mss), Attdst. P. Joh. Yen. de Senis.
parlent aux sens sont les seuls que la foule comprenne ; par eux Notre Seigneur préparait jadis ses disciples à entendre sa doctrine *.
Ce fut ainsi que, sans le chercher, et peut-être sans le souhaiter, Catherine groupa autour d'elle un certain nombre de Sœurs de la Pénitence, avides de marcher sur ses traces. Pour toutes la jeune fille était aimable et affectueuse; avec l'une d'elles, elle se lia de cette amitié « forte comme le diamant et tendre comme une « mère » dont la famille dominicaine semble avoir paisé le secret au cœur de son fondateur. Dieu seul fut le lien de ces deux âmes que le monde n'eût point réunies. En effet, par elle-même, et par le mari qu'elle venait de perdre, Alix Sarracini appartenait au rang le plus élevé et jouissait de tous les honneurs du siècle. Mais la belle patricienne, passionnée pour rabaissement ^ et la mortification, avait tout quitté pour se mettre à , Técole de la fille du teinturier. La règle dominait sa volonté ; elle se méprisait et s'anéantissait en Dieu ; le jour, la nuit, elle se fatiguait au service du prochain et en particulier à celui de sa mère tombée en enfance. Jamais la voie dans laquelle Catherine poussait Alix toajouçs plus loin ne sembla trop dure à celle-ci ; jamais Catherine ne faiblit dans son austère direction : aossi l'amitié des deux jeunes femmes, loin de les por-
1. Sapp. vit». Pars H, Tr. IV (Mss). B. Raim. Pars II, cap. xii, W' 918. Il y avait trois tertiaires du nom de Gemma. {Regisiro '^Ue tuore manlellate slate in Siena, nel secolo XIV, Mss, à la Bib.eom. de Sienne, Cod. T.II, 8. Imp. à Turin par YerceliiiiO, 1864.) ^*^ ne saorioos affirmer, quoique cela nous semble vraisemblable, fie les divers miracles de Catherine aient été faits en faveur de la
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ter à s'absorber l'une en l'autre, ouvrait leur ooeor à Dieu et à ses créatures. Le Seigneur les trouvait plus généreuses par l'appui qu'elles se prêtaient pour le servir. Quiconque s'adressait à l'une pouvait compter sur un double dévouement. Grâce à la présence d*Alix 6t des tertiaires, la cellule de Catherine devint an lieu de réunion où, tout en travaillant, on parlait du monde selon les lumières de la foi et du ciel comme si on l'avait vu. Quelquefois, surprise par une question de ses compagnes ou violentée par ses extases, Catherine laissait entrevoir les grâces miraculeuses dont le pauvre réduit avait été le témoin, mais le plus souvent elle s'abîmait dans rhumilité et la prêchait aux autres '. Les Dominicains qui, eux aussi, avaient droit à l'enseignement de leur sœur en Jésus-Christ obtinrent, du P.. délia Fonte l'entrée de la maison de Catherine C'étaient le P. Barthélémy deiDominici, tout ému encore des traces de sa récente ordination, le novice.* Thomas CafTarini, rejeton d'une riche et noble race, et d'autres religieux, également. saints devant Dieu, mais moins connus des hommes. Le P. délia Fonte entendait que\]a jeune fille conférât avec eux de ses révélations. La première fois que Catherine voulut le laire, elle s'y crut impuissante. « Son confesseur ne lui obtiendrait-il <€ pas de Dieu, » demanda-t-elle , a la grâce de ponvoir « expliquer la félicité infinie cachée en Jésus-Christ?» Enfin, contrainte par l'obéissance, elle commença à parier. De ses lèvres s'échappait un parfum céleste qui pénétra les assistants. Sur toutes choses elle démon-
1. B. Raim. Pars III, cap.i, pag. 938. Suppl. vitœ. Pare f, Tr. F, Leltere49 et 271.
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trait la nteessité de se connaître, de s'anéantir, de s'expulser de son propre cœar, et d'y creuser ce qu'elle nommait une cellule intérieure^ où l'âme vit en présence perpétuelle de Dieu. Catherine éprouve chaque jour combien il est doux d^habiter cette cellule intérieure que son maître lui donna comme refuge au temps oà on la persécutait; elle veut que ses frères sachent que là on trouve Jésus-Christ, que là on pleure sur ses fantes, sur celles du prochain, que là on se crucifie sur la croix avec le Rédempteur. Les Prêcheurs n'eurent pas de peine à comprendre le sens de cette figure } il était réservé à un autre mystique, Jean de Gersen, de dire plus clairement encore : « Noli forets ire, in te « tpsum rediy in interiore homine habitat veritas. i»
Kentôt Catherine s'adressa en particulier à chacun, et chacun entendit le langage qui devait le mieux lui convenir. Un Frère Prêcheur du couvent de Pise, Nicolas de Gascina, connu dans l'ordre entier par ses vertus, ses austérités et ses visions, étant venu la voir, il la ivouiM, en extase. Insensiblement elle s'élevait de terre ; son corps n'avait rien perdu de sa pesanteur, mais il suivait le mouvement de l'ime dont Tunion avec Dieu élait plus parfaite que l'union avec le corps : « cha- « rite! é vérité première ! » murmurait la Sainte, « que je « serai heureuse quand vous me ferez la grâce de beau- « coup souffrir pour votre gloire ! Si dans ce désir vous « trouvez quelque chose de moi, une ombre de vanité, « d*amour-propre, je vous conjure de l'anéantir. • C'était un enseignement indirect; le Dominicain s'approcha de leitatiaue et la toucha du doigt comme si elle avait <léià été une relique. Aussitôt une odeur délicieuse •'attacha à la main de Fr. Nicolas, odeur perceptible
pour les sens, « mais bien plus suave encore à Pesprit et à rame, » dit le religieux en exprimant son admiration pour Catherine *.
Il était impossible que le bruit de tels prodiges ne se répandît pas dans la ville. Les uns voulaient en apprendre le détail des Benincasa, d'autres demandaient à voir rinépuisable tonneau dont Tabondance était proverbiale *; les plus entreprenants suivaient la jeune fille à l'église afin de surprendre le secret de ses entretiens avec Dieu. Tantôt elle était enlevée dans les airs au milieu de la chapelle délie VoUe^ et ravie en extase, elle proférait de si touchantes paroles que l'assistance croyait écouter la voix des élus. Tantôt elle s'affaissait subitement sur elle-même baignée dans des torrents de larmes. La contemplation du côté entr'ouvertde Notre Seigneur, le souvenir des bontés divines, lui inspiraient mille sentiments divers qu'elle était confuse d'avoir fait connaître quand, revenant à elle, elle se voyait entourée d'une foule attentive et curieuse '.
Dans cette foule se trouva un jour André Vanni, artiste qui appartenait à la corporation de peintres fondée en 1355 quand l'école de Sienne n'avait plus trouvé un chef digne de succéder à Simon Memmi. Chargé de décorer de fresques une partie de la chapelle délie Volte^ le jeune homme venait d'arriver quand il aperçut tout à coiip le visage de Catherine illuminé d'une clarté céleste, rayonnant d'une beauté vraiment surhumaine. Captivé par une apparition qui répondait
1. Suppl. vilœ, Pars I, Tr. I, et Pars II, Tr. III. Processus altesl. P. Nacc. CalT. et Fr. Barth. Dom. Dialogo C.