Suppl. vitœ. Pars II, Tr. III, et Pars I, Tr. I
si bien au besoin d'idéal dont son imagination était toarmentée, André esquissa à la hâte sur le mur les traits de la jeune tertiaire, se promettant de chercher à mieux connaître Tâme qu'enveloppaient des formes si pures *.
Les incrédules eux-mêmes, qui venaient voir la Sainte dans une intention de moquerie, la quittaient repentants et subjugués : aussi le P. Thomas laissait-il tout le monde pénétrer dans la cellule de sa pénitente pendant ipi'elle était en extase. Bien que Catherine fût privée de l'usage de ses sens. Notre Seijgneur permettait que par une grâce spéciale de double vue elle aperçût ses visiteurs et priât à haute voix pour leur conversion. Ainsi elle ramena beaucoup de Siennois à Dieu; deux d'entre eux, le noble François deLando et un frère de la Miséricorde nommé Mathieu Genni, déclarèrent formellement et répétèrent toute leur vie que, s'ils se sauvaient, ils «Icvraient à la Dominicaine le salut de leurs âmes. Quand des fidèles réclamaient l'intercession de Catherine, elle disait simplement : « Priez avec moi ; la prière 't est un bouclier qui nous défend dans les combats, « la prière soutient l'âme au fort des tribu 'ations, la « prière donne l'esprit de joie. » C'était sans crainte d'être repoussée qu'elle s'adressait à son Maître. Commentant pour elle le Psaume « Juhilate Deo omnis « terray>y Jésus-Christ lui avait fait comprendre que le
1. Il est de tradition qu'André Vanni peignit la Sainte de son vinol. M. Chavin do Malan dans son histoire de la Sainte (Paris, bray, 1846, I. Il, p. 24), et le P. Capecelatro (Storia di Santa Caterina da Siena, y éd. Fir. Barbera, 1863, p. 75), assignent la <late de 1367, sans fournir aucune preuve à Tappui de cette assertion. •
coBnr plein do charité qui sert le Seigneur avec joie peut tout attendre de lui. D'avance elle se saTait donc exaucée ; elle Tavouait clle-môme, en expliquant qu'elle ne demandait rien que son jugement éclairé par les Inmières de la foi n'approuvât. Il fallait qu'elle pût dire au Tout-Pnissant : « Seigneur, je ne quitterai pas ce votre présence tant qu'il ne vous plaira pas de faire « ce que je veux. »
De toutes les preuves qu'on eut de ce pouToir de Catherine sur Notre Seigneur, deux surtout furent éclatantes à cette époque. Tout en larmes, elle priait pour un moine criminel qu'on lui avait recommandé. Oubliant la présence d'Alix Sarracini elle s'écria : « Seigneur, me voici prête à sacrifier mon corps à votre « justice, à je livrer à tous les tourments qui pourront « expier les- fautes de ce religieux, mais je veux que « vous lui pardonniez^ que votre grâce le rappelle à « vous. «'Alix, qui de loin l'observait en silence, la vit alors environnée de vives clartés ; elle donnait les signes de la plus grande joie. « Amour, » murmurait-elle, «je « vous ai vaincu avec votre amour même! j'accomplis « votre volonté en me faisant exaucer do votre miséfi- « corde.» A cette volonté de la Sainte Dieu répondit parla conversion subite du pécheur. Un autre jour, Catherine disait à Notre Seigneur : « Amour ! vous savez que, si « une personne dans Taffliction s'adresse à moi, votre « grâce ne permet pas qu'elle me quitte sans être con- « solée. » Attirés par la voix de la servante de Dieu, quelques membres de sa famille Técoutaient. « Vous « savez^ Seigneur», continua-t-ellé, « combien de fois j'ai « averti cette âme que ce qu'elle désirait avec une si « grande inquiétude serait une occasion de se perdre
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« el de io«8 yerdbe. » £nia se sentint enxicée : « Ses- « gneor, tous assistez les persoimes que jetons toohb- « maBde, to«s les snaez, et c'est Totre uboiit qui me « fût conspirer avec lui! » — Cette fois encore Cathe> fine gagnait sa cause. La canroitiseqiii dominait Tâsie poar laquelle elle priait s'apaisa oonuie par miracle.
CTcsl en se sacrinant elle-même à Teiemple an Rë> dcmptenr qne Calherine obtenait tout de lui. Sa cbarite a^ait atteint ce snprnne degré où, selon renseignement de Notre Seigneur, on jouit pins du bien des antres qne dn sien propre. « Jetei sur moi le iardean de vos tribnlalioBS » dit-elle à nn prêtre qui, vaincu par ies peines inténeores, axait résola d^ ne pi os « célébrer la Sainte Messe. Délivré de iès épreuves et de ses tentations, recclésiastiqoe reprit aussitôt les fonctions du ministère sacré, tandis qu'à son tour Catherine trouva le service de Dieu diffidle et son joug pesant. Joyeusement elle porta cette croix jusqu^au jour où il plut à son Maître de l'en décliai^r. « Que le Seigneur est miséricordieux envers ceux qui espèrent en Lui ! y> dit-elle alors à ce prêtre, citant un texte qu'elle aimait à répéter parce qu'elle en avait éprouvé toute la doncenr.
D semblait que les peines, les mortifications, les mérites de Catherine, fussent des trésors infinis où tous ^savaient puiser sans autres titres que leurs besoins. £Ue accueillait indistinctement ceux qui venaient à «Ue. L'âme de chacun était spécialement recommandée pir Catherine à la miséricorde divine. Lorsqu'on lui demandait comment elle pouvait se souvenir de tant dv personnes différentes, elle disait en souriant : a Si on
« invoque le Seigneur avec un ardent désir de sauver
« ceux pour qui on prie, il permet à l'œil de notre esprit a de les apercevoir *. »
Les âmes qu'elle soutenait ainsi surent bientôt que ses exemples étaient aussi virils que ses enseignements et qu'elle se tenait debout, sans défaillance, a sous la discipline de Dieu '. »
C'était pendant Tété de 1368 • ; chacun souffrait des chaleurs d'août, quand Jacques Benincasa tomba malade. Catherine, dont le premier élan avait été de demander la guérison de son père, se tut en voyant que la mort serait un bien pour ce serviteur de Dieu. Il s'y préparait chrétiennement, partagé entre l'espoir de la résurrection et la crainte du jugement. Quel serait ce jugement? La Sainte arracha au ciel les secrets de la prescience éternelle ; l'âme de son père était destinée à souffrir les peines du Purgatoire avant de participer aux béatitudes célestes ! « mon Dieu ! » s'écria-t-elle, ce ne permettrez-vous pas à votre serviteur d'expier sur « la terre les fautes'qu'il a commises contre vous?» Mais la miséricorde ne parvint pas à faire fléchir la justice. Catherine, pleine de l'Esprit-Saint qui vivait en elle, s'offrit alors pour souffrir ce que son père aurait souffert dans le Purgatoire. A ce désir héroïque, comment pouvait répondre Notre Seigneur, sinon en acceptant l'échange proposé par la piété filiale de l'innocente victime ? Jacques Benincasa entrait en agonie : penchée sur
1. Suppl. vitœ, Pars I, Tr. I. Pars U, Tr. III, V et VI. Alcuni Miracoli, p. 14 et 15.
2. Les mots entre guillemets dont la provenance n'est pas très connue ou indiquée sont tirés des écrits de Catherine.
3. Le nécrologe dp Saint Dominique porte à la date du 22 août 1368 la sépulture de J. Benincasa.
loi Catherine adoucit ses derniers instants, lui promettant delà part du Tout-Puissant les récompenses éternelles. « Que Dieu soit béni ! » murmura-t-elle au moment où il rendait le dernier soupir. « Mon père, je voudrais partager votre sort. » A peine avait-elle proféré ces mots qu'elle éprouva de violentes douleurs de côté. Elle les supporta avec joie comme un gage du salut de son père et ne les laissa pas entraver ses devoirs. Tandis qu'elle ensevelissait ce corps qu'elle devait revoir dans le rayonnement delà résurrection, Dieu permit que rame de Jacques Benincasa lui apparût, lui donnât des conseils et l'exhortât à consoler la famille désolée. Ces entretiens du père et de la fill^ se renouvelèrent 'iouvenl.
Le premier hommage qu'on put rendre à la mémoire de Jacques Benincasa était de perpétuer ses traditions l'haritables dans sa maison. Le cercueil y était encore, que déjà Catherine avait l'occasion d'exprimer ses sentiments à ce sujet. Elle priait à l'église quand un pauvre vint frapper à sa porte. Personne n'ouvrant, il se lassa d'attendre et se retira. Le soir, la servante de Dieu >e plaignit de ce qu'on n'accueillait plus les malheureux ^i aimés de son père. « Rien ne lui est caché », pensa I-apa. tt Promettez-moi, ma mère, » dit Catherine, «que vous ne refuserez plus votre secours aux pauvres. » Lapa le promit, et peu de temps après, momentanément dé* tichée do tout par la mort de son mari, elle prit l'habit du Tiers Ordre de Saint-Dominique. La douleur lui faisait comprendre que Catherine avait choisi la meil leure part *.
1. B.Raim. Pars II, cap. ix, p. 907-908. Suppl. vit^e, Pars II, Tr. I et V.