‹ Sainte Catherine de Sienne (volume 2)Chapitre 20 sur 116 · Alcuni Miracoli, p. 16 et 17. Suppl. vitœ, Pars H, Tr. V · texte numérisé non relu

Alcuni Miracoli, p. 16 et 17. Suppl. vitœ, Pars H, Tr. V

6t SAINTE GâTHEKINE DE SlËNflE

portion avec le pou de burine qai restait, avaient une odeur délicieuse et la plus agréable saveur. On eu donna largement aux pauvres, aux Dominicains qui vinrent constater le miracle; tout le monde en mangea dans la maison Sarracini et pendant longtemps on ne put achever cette fournée de pains de froment dont plusieurs personnes gardèrent, par dévotion, des morceaux.

Cependant les Siennois multipliaient leurs crimes. Quoique le régime inauguré le 24 septembre durât à peine depuis trois mois, déjà on songeait à le renverser. Les Douze^ indociles au partage de Taulonté, s'alliaient au bas peuple pour se délivrer des Neuf; la révolution du 11 décembre dépassait leur attente et ils étaient, eux aussi, chassés parie bas peuple qui prenait goût au pouvoir. Cette populace réunie en assemblée élut alors quinze Défenseurs tous choisis dans ses rangs ; mais quelques semaines suffirent pour miner ce singulier gouvernement, et dès le mois de janvier on vit rentrer aux affaires trois membres du parti des Neuf ti quatre du parti des Douze, Une année entière se passa ainsi pendant laquelle Catherine put prier Dieu sans être troublée par les cris de la fouie et les combats de la rue *.

Dans ces moments de lutte, il avait él^ difficile aux tertiaires de se réunir autour de leur directeur le P. Montucci, aussi Catherine, toujours effrayée des voies miraculeuses où elle marchait, cherchait elle à s'instruire. Comme elle ne savait pas lire, elle se bornait à suivre la règle du Tiers Ordre et à réciter chaque jour

1. Muratori, t. XV, p. 19i. Pour cette année a chronique suit ie calcul Pifian. Voir Art de vérn/ier les dates, t. UI, p. 753.

•aixtnte-dîT-sept Pater et autant à' Ave; mais regrettant de ne pouyoir jamais ni dire l'office, ni connaître par elle-même l'Écriture Sainte et les œuTres des Pères de KÉglise, elle obtint qu'une de ses compagnes lui enseignât la lecture. La maîtresse était de bonne volonté, Télère attentive, et pourtant plusieurs semaines se passèrent sans que Catherine peu habituée aux travaux de Fesprit pût distinguer ses lettres. Elle suspendit alors des efforts sans succès, et humblement agenouillée au pied de la croix elle dit à Jésus-Christ : « Si votre vo- « lonlé est que je sache lire, daignez me l'enseigner, « sinon que votre volonté soit faite, je resterai ignorante « et je passerai mon temps dans la contemplation. »£lle ouvrit an même instant avec foi le manuscrit dont elle s'avait jamais pu déchiffrer la première ligne, et lut non seulement ce texte, mais encore tous ceux qu'an lui présenta, science surnaturelle, qui lui permit d'atteindre le but sans lui faire connaître les chemins qui y conduisent, car jamais elle ne sut ni dire le nom des lettres ni. épeler. Sa première lecture fut celle des keores eanonialos. Entre toutes elle aimait ces paroles qu'elle répétait souvent en latin et en langue vulgaire. « Dciis, m adjutorium meum intende^ Dominey ad ad- •jmandum me fesiina » Mais c'était pour d'autres desseins que Dieu lui avait enseigné à lire, car sa voix t'arrêtait malgré elle dès qu'elle récitait rofûce,et ravie dorade ses sens elle entrait en communion directe avec le Sauveur *. Elle l'implorait alors pour Sienne que de nouveaux troubles agitaient.

I. kkam dîscep. (Ribliogr. i XXiV). Ur^ugrteri sacre Pompe, T. I, ii<. 19, p. 3.Î3. Regola del Terzo Ordine, Bib. Corn, de Sienne. God.

Dès le 18 janvier 1369 les hostilités avaient recommencé. La Seigneurie devait se défendre contre l'alliance des Douze et des Salimbeni avec TEmpereur Charles IV, qui, outre-passant ses droits de suzerain, attaquait la République au mépris de toutes les conventions. Quoique la Seigneurie remportât sur ses ennemis, quoigue Matteino Menzano, le vainqueur de cette journée, se montrât généreux après le triomphe, on ne put éviter les exécutions ni les meurtres aussi difiicilefi à répriprimer que faciles à ordonner dans les troubles civils. Terrible pour les victimes, ce temps Tétait aussi pour ceux qui décidaient des intérêts de l'Etat, car les fonctions publiques entraînaient de rigoureuses responsabilités. Catherine ressentit donc une poignante anxiété quand, au mois de mai 1370, ses frères aînés, compris dans la fraction des Douze qui faisait partie de la Seigneurie, siégèrent parmi les Quinze Défenseurs, et sa seule consolation fut de repéter avec le Psalmisle : « Juxta est Dominus iis qui tribulaio sunt corde '. »

Un jour, c'était le 16 juin 1370, effrayée des péchés qu'elle croyait avoir commis et des crimes du peuple, Catherine resta à Tentrée de l'église, n'osant s'approcher de la Sainte Table. Tout à coup les esprits invisibles l'enlevèrent et la déposèrent devant l'autel parmi les communiants. Déjà l'hostie sainte était sur ses lèvres, et elle s'accusait encore de son indignité. Alors un feu divin embrasa son être, le sang du Rédempteur l'inonda, et elle sentit non seulement son âme, mais son

B. VU, 5, imp. à Turin. Vercell., J864. B. Raim. Pars I, cap. vit, p. 881. Dans son Corso cronotassico^ le P. Carapelii assigne h ce miracle la date de 1369 ; aucune preuve ne confirme cette assertion. 1. Mur., T. XV, p. 203-201. Sigis. Tizio, f. 105.

corps Ini-méme comme régénéré pu- U grice c«lest«. L'amour U possédut si complètement que, saisissant dus ses mains brûlantes les maïns des compagnes qui reotouraient, elle leur communiqua d'une manière senûble le feu que le Seigneur Jésus menait d'allumer en «lie. ■ Recommande-moi 4 Ion Epoux, afin que je detienne meilleure, » s'écria l'une des tertiaires. — « Tes " lautes passées sont pardonnées, » répondit l'extatique rajonnante de joie, b conforme-loi à la volonté divi-

■ De, je te promets U vie étemelle. & Resiée longtemps en prières Catherine obtint aussi pour sa patrie l'espoir de jours meilleurs; elle en vit luire l'aurore quand peu après, grâce à la médiation de Florence, les Siennois répudièrent leurs haines el se promirent un mulael oubli du passé.

Ea fflëme temps GalherÎDe redevint la proie de doulears aiguës; eipiait-elle les péchés de Sienne? Nul ne le lut, mais elle gisait sans mouvement. Le premier vendredi de Juillet, ne pouvant aller à la messe, elle y uiiatait en peuftée et se demandait pourquoi les Oominieuns chantaient l'office du Saint-Esprit le jour annittnaire de ta mort du Sauveur? La réponse du Maltiu ne ïe fit pas attendre. «■ Au souvenir de la passion il " faut joindre celui de l'Esprit Saint qui est l'Esprit

■ d'amour, puisque c'est par amour que le Rédempteur ' a donné sa vie. » Soudain la figure symbolique de l'A- Kneau sans tache arrêta les regards de l'citaiique; à 1^ vaede cette victime sanglante elle pleurait ses fautes. L'apdtre saint Paul parut devanl-elle, écoula sa confesùon et lui reprocha amèrement ses infidélités. < Vn-

■ cune faute n'est légère, » lui dil-il, u quand on \"H > letorlqu'elle cause à l'âme: — on doit compte à''

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•« de tout le temps passé sans songer à lui. Dans son M active providence le Seigneur pense sans cesse aux « hommes; de toute éternité il les a prévenus de son « amour infini, et les hommes ronblieraient? » Catherine serait morte de repentir, si sa confiance en l'Agneau ne Tavait pas soutenue. Même avec cet appui, la pensée du jugement la terrifiait ! Comment oserait-elle révéler en présence de tous les Bienheureux ce qu'il lui avait été si pénible de confier à un seul d'entre eux? Le cour8 de ses réflexions fut interrompu par l'entrée de son l'rère Barthélémy.

Depuis quelque temps l'industrie des Benincasa n'était plus aussi prospère ; l'amende de cent florins d'or qu'ils avaient dû payer à la Seigneurie, les lutter politiques qui absorbaient la vie des ouvriers, avaient tellement changé l'état des choses que moins de deux ans après sa mort Jacques' n'aurait plus reconnu son laborieux atelier. La servante de Dieu écouta son frère : il lui parla de leurs affaires, de Tordre de la maison, car elle était fille de bon conseil. Pendant un instant elle oublia tout, sauf les intérêts qui se trouvaient en jeu, mais quand Barthélémy l'eût quittée, les avis de l'Apôtre lui revinrent à l'esprit. Elle venait de se distraire de Dieu ! Au lieu de chercher la volonté divine dans l'accomplissement de ses devoirs de famille, elle les avait envisagés en eux-mêmes et selon le monde. Bientôt elle n'eut point assez de larmes pour pleurer sa faute. La fête de saint Alexis qui était proche lui donna le sujet de méditations propres à accroître ses re^ grefs, car ce Bienheureux si ardent à sacrifier au Seigneur non seulement ses grands biens, mais encore les joies les plus légitimes de son coeur, semblait lui

LA RÉPnBLIOU£ DE SIENNE 67

«dresser de silencieases remontrances. Elle se sentait si coapable qu'elle n'osait s'asseoir à k Sainte Table. Pour l'arracher à sa tristesse, iï fallut que dans une vision le sang du Christ jaillit sur elle et la purifiât des souillures qui s'étaient attachées à son âroe,des germes de péché que tout homme apporte en naissant. Ranimée par cette grâce insigne, elle se sentît reyivre, et le 17 jaiUetelle alla à l'église. Quelle douleur en y arrivant ! Son confesseur était absent, et les supérieurs deCathenne ne lui permettaient de communier que de la main de certains prêtres. Tout à coup le P. Thomas poussé par une force irrésistible revint contrairement à ses dosons dire la messe à Saint-Dominique; au lieu de monter à Faute! où il célébrait d'ordinaire, il se rendit à reltri où priait sa pénitente. Elle s'approcha lentement de la Table Sainte, et son visage inondé de larmes était si resplendissant de joie que, tout accoutumé que fût le Dominicain k la voir en extase, il resta surpris. Plus tard il l'interrogea sur la cause d'un tel bonheur. « Mon « Père », répondit-elle, « n'avez-vous pas vu parfois « one mère montrer la mamelle à son enfant, le faire « plenrer, puis lui donner la nourriture qu'il désire. « GTest ainsi que le Seigneur agissait avec moi. Api*ès « m'avoir laissé lui demander d'approcher mes lèvres ^ de son c6té, il s'éloignait, en souriant de mes larmes;

• enfin il m'a rassasiée de son sang jusqu'à me faire " Boahaiter de tout quitter pour le suivre ! Il ne vent « pas me laisser mourir; cependant les richesses de la « terre, les plaisirs des sens, lesjouissances de Tesprit, « les satisfactions du cœur, tont ce que le monde peut « donner m^attire si peu, qne je demande à Dieu d'en

• être privée afin de ne posséder que Lui. Je le supplie

u mémo de m'ôter ma volonté et de me conduire « scion la sienne : aussi m'a- 1 -il promis qu'aucun des a ôvènements de la vie ne pourrait troubler ou ébranler « mon âme. »

Heureux de ce que la fête des Saints était pour sa pénitente l'occasion de telles fayeurs, le P. Thomas l'entretint des vertus de sainte Marguerite. Le 19 juillet il l'invitait à se préparer à Ja solennité du lendemain, quand elle l'interrompit en souriant : « Depuis trois a ans les démons ne me laissent point oublier ce jour et « me font souffrir de cruelles tortures ! » LePèreThomas comprit alors qu'à l'exemple de sainte Marguerite, Catherine luttait contre le dragon infernal et l'enchaînait. Cette fois Jésus-Christ lui-même la récompensa de sa victoire. « Mon Dieu, vous avez blessé mon cœur, » s'écria- 1- elle alors toute transfigurée par l'amour, et il lui sembla que son cœur se perdait dans celui du Rédempteur. Jamais, elle n'avait été comblée d'autant de grâces que pendant cette année 1370. Le jour de la fête de saint Laurent, elle était si radieuse que tous ceux qui priaient dans l'église se rassemblèrent autour d'elle. Le P. délia Fonte lui ayant fait observer qu'elle troublait l'office, elle se cacha près de la porte et ne s'approcha pas de l'autel, bien qu'à la vue de l'Hostie Sainte elle se sentît défaillir de regret. « Que je vou- « drais recevoir le corps de Jésus-Christ! » murmurait.^ elle. Touché de sa soumission plus forte que son immense désir, Notre Seigneur lui apparut, attira ses lèvres sur la plaie d'où sortirent les dernières gouttes du sang répandu pour les hommes et la nourrit de son corps sacré. Dans son bonheur Catherine supplia le Maître de faire éprouver au P. Thomas combien il est

au-dessus des forces humaines de résister à Taction divine. Ce qui se passa au fond de son âme, le religieux ne ledit à personne, mais à partir de ce jour il laissa sa pénitente goûter en paix des joies qu'ellese disait incapable d'expliquer.

La semaine ne s'était pas écoulée que Catherine contemplait la Vierge Mère rayonnante de gloire. Selon Ja parole de TEcriture, Marie était à côté du Christ, c'est-àdire dans la suprême béatitude. Entre la Mère et le Fils s'élevait une croix tcinle de sang. Émue par cette vision, Catherine sortit le 15 août dès l'aube et descendit vivement le coteau pour se rendre à Saint-Dominique, mais au moiùent où elle montait à Camporeggi, ses forces la trahirent ; presque au seuil de Téglise, elle dut s'arrêter, exténuée par la souffrance, et se réfugier chez une !>œurdeJa Pénitence dont elle était connue. Renoncer en un pareil jour à recevoir la Sainte Eucharistie, quel sacrifice ! la douleur avait fermé les yeux de la Bienheureuse, ses mains se joignirent comme si elle assistait à Toflice. Miraculeusement elle entendait chanter à Téglise de l'Assomption située dans un des quartiers les plus éloignés de Sienne. Elle suivait la voix du prêtre, les réponses du peuple ; aux paroles: et te in Assumptione beatse Marisa ^ elle tressaillit. La Mère de Dieu lui parlait le langage des élus *. Vers le soir on la ramena chez elle ; peu à peu elle reprit ses forces «t le 18 août elle put de nouveau retourner à l'église. Agenouillée au milieu de la chapelle délie Volte, elle attendait la communion, disant avec une humilité sin-

I. Sappl. vilœ, Pars I, Tr. ï et Pars II, Tr. VI. B. Raim., Pare II, '«p. Ti, p. 900.

cère : « Seignenr, je ne buis pas digne que vous en- <« triez en moi ; » quand elle s'entendit répondre : « Moi, je te déclare que je suis digne que tu entres <c en moi. » Il lui sembla qu'elle se plongeait dans rinfini pour vivre uniquement en Dieu, « comme le « poisson vit et respire dans Teau, tandis qu'il meurt « dès qu'on l'en retire ^ » Les premiers effets de cette union plus intime avec le Tout-Puissant furent de rendre sa charité plus ardente encore. « Seigneur, » s' écriait- elle en quittant la terre et en s'élevant dans les airs, « Seigneur, je veux que vous me promettiez la vie « éternelle pour tous ceux auxquels je pense. » Elle nommait les présents, les absents, ceux qu'elle aimait ou ceux qu'elle désirait convertir. Toute palpitante d*émotion, elle étendit vers le ciel sa main amaigrie. « Mette;: « votre main dans la mienne, Jésus ; donnez~moi une « preuve que ma prière est exaucée. >> Le Rédempteur traita sa fidèle servante comme il avait été traité luimême. Il prit un clou acéré et transperça la main de CSatherine : « Que Notre Seigneur Jésus-Christ soit « loué! » s^écria-t-elle, ainsi qu'elle le faisait toujours au fort de ses douleurs, et^ à partir de ce moment, elle porta le stigmate sacré imprimé dans sa chair : « Nul ne le voit, disait- elle, mais je le sens toujours et j'en souffre sans cesse. >> Plusieurs Dominicains, quelques Sœurs de la Pénitence, apprenant plus tard d'Alix et d'une autre compagne favorite de la Sainte, Catherine de Scetto, les secrets de cette vision à laquelle les deux tertiaires avaient assisté, comprirent la source des

î. Au xvni* siècle Girolamo Gigle écrivit an curieux sonnet sur ces sentiments de la Sainte.

giices myslérieases qu'ils venaient de recevoir '.

Les fréqnentes extases de Gatherino la dominaient au point de la soustraire sans cesse aux lois de la nature. Jamais cite ne pouvait continuer un entretien ; suinterrompant soudain elle ne s'adressait plus à ceux qui l'entooraient, elle adressait à Dieu de mélancoliques reproches. Pourquoi son Époux excitait-il en elle la passion de le voir, s'il ne voulait pas briser le lien qui la retenait à la terre ? Pourquoi lui faisait-il comprendre la douceur des mots : « Fenî, electa mea», par lesquels il appelle les Vierges à la gloire, puisqu'il ne voulait pu les lui dire? et elle parlait comme si les Séraphins lu avaient révélé les mystères de Tamour, les Gbéru* binsceux de la science étemelle. Depuis longtemps son abstinence dépassait les limites des forces humaines, il lui était impossible de boire ou de manger ; si, pressée par sa Camille, elle prenait quelques fruits ou quelques léfinmes, elle ne pouvait les absorber.

Cette incapacité d'user d'aliments était comme un téneignage du mépris que Catherine faisait de tous les biens d*i ci-bas. Elle s'affligeait peu de ce que le commerce de ses frères déclinait de jour en jour. Au temps prospère de Jacques Benincasa elle disait souvent à Dieu: «Ce ne sont pas ces biens que je désire pour mes parents, ce sont les biens éternels; ceux de la terre sont accompagnés do maux et de dangers; je ne veux pas les

1. B. Raim, Pars II, cap. vu, p. 901. Legg. mio., Pan 11, a|>. TL Suppl. v.tœ, Pars II, Tr. YL Processus atttt'iL P. Naoc Caff. Don. Mart., t. VI, p. 127 1 . Nous avons adopté la date da 1370 qui esi ttUe do B. Raim., confirmée par le P. Carapelii. Le P. Nace. Caff ^oe sans preuves celle de 137 2.

y exposer*. » Elle vit donc d'un œil calme s'évanouir les richesses amassées par son père et elle supporta courageusement les suites de la ruine. Ces suites furent terribles. Soit que les Benincasa ne crussent point possible de rétablir leurs affaires à Sienne, soit qu'ils désirassent cacher leur détresse aux témoins de leur prospérité, ils résolurent de se séparer, de renoncer à la douce vie de famille qui les réunissait, et ils sollicitèrent et obtinrent de Florence l'admission au droit de cité. Depuis vingt-huit ans leur père ou eux trafiquaient avec cette République, ils y avaient des comptoirs et y étaient estimés. Benincasa et Etienne s'y établirent donc tout à fait. Barthélémy les accompagna^ mais dans l'intérêt même du négoce il devait souvent revenir à Sienne où il laissa sa femme et ses enfants ^ Le divin Maître, qui de chaque événement de la vie tirait une leçon pour Catherine, l'interrogea alors sur l'Évangile selon saint Matthieu. Comment entendaitelle le conseil : « Si vous désirez être parfait, allez, vente dez tout ce que vous possédez et distribuez aux pauvres a le prix que vous retirerez?» La Servante de Dieu répondit par le sens littéral des mots. Le Seigneur la reprit : « Tu ne comprends que le dépouillement des a biens fragiles exposés aux voleurs et à mille ruines,

1. Suppl. vitse, Pars II, Tr. III. Alcuni Miracoli, p. 13-14. Processus altest. P. Nacc. Caff. D. Mart., T. VI; p. 1270 B. Uaim., Pars I, cap. V, p. 873.

2. Voir la supplique des Benincasa en date du 16 octobre (Archiv. di Stato. Fhr. vol. LIX delle Provis. del Corn.). H en existe deux copies à laBib. Corn, de Sienne. Cod. T. III, 7, f. 245, elCod. E. IX, 1,f. 15. On s'étonnne que dans son Vocabulario Cateriniaao (Voir Bibliogr. B. III; Gigli ait osé falsiûer ce document.

«j'entendais davantage en parlant à ce jeune homme, « j'entendais les puissances de son corps et celles de son « âme. Pour toi, tu ne t'appartiens plus, tu as tout vendu « et sacrifié, tu ne dois te servir de ton corps que selon « mes commandements ; s'il le faut, tu l'exposeras aux « souffrances et à la mort. Ton âme est à moi avec ses «pensées, son amour, sa volonté, ses désirs. « — «Quel a sera le prix de cet abandon total ? » dit doucement Catherine. — « Je rends le centuple, je veille sur la « créature qui se donne à moi sans réserves, je vis en « elle, je me donne à elle pour l'éternité. »

Pendant que le Seigneur excitait ainsi sa servante au détachement absolu, Lapa, déjà fort éprouvée par son changement de fortune, ne put résister à la douleur de quitter ses fils et tomba dangereusement malade. Catherine, qui la soignait avec un dévouement sans bornes, Tonlut la préparer à la mort; Lapa refusa les derniers «acrements ; sa fille ferait mieux, disait-elle, d'obtenir M gaérison que de l'exhorter à bien mourir. En proie ^ de] vives angoisses, la Sainte pressait sa mère de tire le sacrifice de sa vie ! « Elle ne veut pas mourir, » dit le Tout-Puissant à Catherine, « fais-lui savoir «qu'un jour elle souhaitera ardemment la mort sans « pouvoir l'obtenir. » Lapa résistait encore quand elle cipira, « Ne m'aviez- vous pas promis, mon Dieu, » s'é- « cria Catherine d'une voix déchirante ; « que nul des « miens ne serait damné? Ne venez-vous point de m'as- « vurer cpie ma mère ne mourrait pas contre son gré ?

* Votre miséricorde ne me trompera pas ainsi, je ne

* <iuitterai ce lieu que lorsque vous m'aurez rendu ma nère vivante. » Lisa et deux sœurs de la pénitence, Catherine de Scetto et Angelina Yannini, avaient assisté

aux derniers moments de Lapa, elles se disposaient à Tensevelir lorsque entendant la prière do Catherine, elles se rapprochèrent de la morte déjà froide et raidie. Subitement le cadavre se ranima sous leurs yeux, la santé était revenue avec la vie^mais à pai*tir de ce jour on remarqua que Lapa, jusque-là, si peu soucieuse des biens invisibles, soupirait souvent dans lattente de l'immortalité.

Ce miracle ût grand bruit à Sienne et, deux mois après, le souvenir du pouvoir de sa pénitente tira le P. Thomas de grandes perplexités. Par un soir de décembre il sortit de son couvent vers Fheure de TAngélus et gravit rapidement le coteau de Fontebranda. La tristesse l'accablait, car il désespérait du salut d'une âme. C'était vainement que depuis deux jours il s'épuisait en exhortations au chevet d'un seigneur Siennois, André dei Bellanti. Comme tous les ecclésiastiques séculiers et religieux de la ville il s'était vu repoussé par des injures, — que faire? Le jeune homme, qui se mourait lentement depuis les derniers beaux jours de Tautomne, n'avait plus que peu d'instants à vivre. Il lui faudrait rendre compte à Dieu de sa santé perdue, de ses richesses si souvent confiées à la chance d'un coup de dé, de ses blasphèmescontreJésus-Christ dont il avait osé fouler aux pieds la sainte image. Catherine seule pouvait obtenir de Dieu la grâce de ce pécheur, c'est pour cela que le Dominicain courait chez elle. Troublé parfîtes inquiétudes, il oublia que sa pénitente entrait le plus souvent en extase à la chute du jour. Lorsqu'il ar* riva, elle n'appartenait pas à la terre. Attendre était inipossible, car ces ravissements avaient coutume de durer fort -^vant dans la nuit; il s'adressa donc à Catherine

de Scetto qui yeillait et priait. « Dès que votre com- « pagne retiendra à elle, » dit-il, « ordonnez-lui au nom « de l'obéissance de prier pour Tâme d'André dei Bel- « lanti. p Quelques heures plus tard Catherine, avertie de ce qu'on souhaitait d'elle, s'inclina en silence devant l'image de Jésus crucifié. Au point du jour elle se rele^; la joie la plus vive animait son pâle visage. C'était le matin du 16 décembre, bientôt la ville apprenait avec étonnement qu'André dei Bellanti, connu\plus encore par ses vices que par ses richesses, avait de son propre mouvement envoyé chercher un prêtre au lever du soleil. II s'était confessé, puis, renonçant à déshériter sa famille comme il l'en menaçait, il avait sagement disposé de ses grands biens. En paix avec les hommes et plein d'espoir en Dieu il rendait ensuite son âme au Créateur. Le P. Thomas accourut chez sa pénitente, c Votre prière est exaucée ; l'âme d'André est sauvée des « peines éternelles, » fut la première parole de Catherine, a Comment pouvez-vous le savoir avec tant de cer- « titude? » s'écria le religieux. Il fallait répondre. « En a vérité je vous le dis, mon père, Notre Seigneur est « apparu à André et Ta converti. D'abord Jésus -Christ ne «voulait pas laisser de tels crimes impunis, » mais, ijouta*t-eUe en baissant la voix, «une personne qui lui « est chère s'offrit en victime à sa justice : il put donc « laisser libre cours à sa miséricorde et permettre au pë- « cheur de se purifier dans les souffrances du purga- « toire. » L'imagination de Catherine ne l'égare-t-elle pas? redemanda le P. délia Ponte? Afin de s'éclairer, il interrogea sa pénitente sur la vie d'André. Elle connaissait cet homme, il dut se l'avouer, beaucoup mieux qu'il ne 1 aTiit connu lui-mômoi et, comme si elle devinait les

doutes de son confesseur, elle décrivit au cours du récit non seulement le palais Bellanti où elle n'était jamais entrée, mais encore toute la chambre du malade ^.

André ne fut pas le seul Siennois que l'intercession de Catherine sauva alors de la damnation. Grâce aux troubles dont la ville était redevenue le théâtre, la mort arrivait souvent subite et terrible. Les armes à la main on succombait, non comme victime du devoir envers la patrie, mais comme partisan effréné de l'intérêt personnel. La trêve due à la médiation de Florence avait été de courte durée ; bientôt les combats recommencèrent, les incendies se rallumèrent, coupables violences de partis qui ne savaient s'entendre que pour attaquer, et dont la désunion faisait tomber le gouvernement entre les mains de la démocratie. Au fort de la mêlée on vint avertir Catherine qu'un chanoine du Dôme, Christophe dei Cerretani, était mortellement blessé. Dans les veines de ce prêtre coulait le sang de la plus vieille noblesse siennoise, et il succombait sous les coups des ennemis de sa race. « Je ne veux pas mourir, » s'écriait-il indigné de finir ainsi, et il défendait qu'on lui parlât de se préparer au jugement su-

1. Suppl. vitœ, Pars II, Tr. V et Tr. IV, Mss. B. Raim. Pars II, cap. XI, pag. 913-914. Pour le récit du dernier miracle, nous avons suivi la version du P. Nacci Gaffarini. Suppl. vitœ, Pars II, Tr. U, beaucoup plus complète que celle du B. Raymond de Capoue (Pars II, cap. IX, p. 908-909) et difTérente dans les détails. La copie du procès de Venise conservée à la Bib. de Sienne (Cod. T. I, 3] (Voir Bibliogr. G, I,) porte sur la marge du feuillet 124 une note au sujet d'André dei Bellanti. Cette note semble remonter au xv siècle, elle nous dit qu'André était un singolare ribaldo. Nous lisons dans le Nécrologe de S. Dominique: Andreus Naddini mortwM est die XVI DecembH 1370.

prème ! La prière de Catherine, vive, confiante, presque impérieuse , s'éleya vers le Seigneur jusqu*à ce que Christophe dei Gerretani eût fait le sacrifice de sa vie. Chacun resta pénétré de la toute-puissance de la Sàmte. Pendant les jours d'épreuve que Sienne traversait, Catherine fut l'espérance visible de ceux qui priaient et ({ui faisaient pénitence. Ils ne pouvaient pas douter de la Providence quand ils voyaient une obscure jeune fille poursuivre ainsi l'Œuvre de Dieu au milieu des violences des hommes, et, tandis que de toutes parts retentissaient des cris de mort, enfanter les âmes à l'immortalité ».

1. Mor. T. XV, p. 224-229. Gigli, Diario San. Lucca 1723. P. I, p. Ihk. Processus attest. P. Nacc. Gaff. D. Mart. T. VI, p. 1266-1267.

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