CHAPITRE VII
(1372-1373) L'APOSTOLAT DE CATHERlf^E DE SIENNE
Si corne Tarte in laude del maestro Ritoma sempre tra li tîsî hnmani, Cosi la ereatora sempre loda îl Creatore.
(Âatoaio de Tempe.)
Ogay eafermo cor trova salute Per la sua gran virtute.
(Laude di Sta Cateriaa di Feo Belcari.
Les malades et les pauvres de Catherine de Sienne. — Ses Pèlerinages. «— Son empire sur les pécheurs. — Son secrétaire Néri dei Pagliaresi. -^ Ses lettres. — Ses disciples.
Ce n'était plus seulement par la prière ou par le sacrifice que Catherine devait gagner les âmes à la vie étemelle ; il ne lui était plus permis de se renfermer dans la pensée de Celui qui remplit toute solitude et d'exhaler devant lui son âme débordante d'amour. Le divin Maître attendait autre chose d'elle. Désormais il lui demaBdait d'agir, de s'employer au service du prochainyàladëfensede TËglise, àla gloire de Dieu. Elle jeta donc un premier regard sur le monde et sur
les hommes. De quelque côté qu'elle se tournât, le présent lui apparaissait environné de ténèbres et elle ne voyait aucune lueur à l'horizon. Armées les unes contre les autres, les nations chrétiennes, indifférentes aux progrès de rislamisme, semblaient n'aspirer qu'à s'entredétruire. En Italie où l'étranger ajoutait ses rapines aux horreurs de la guerre civile, les partis rivaux n'avaient même plus de che£s dignes de ce nom. L'empereur trompait les espérances des Gribelins. Les Guelfes en appelaient vainement de l'autorité malfaisante des légats à la justice du pape, le pape était trop loin pour les entendre. Sourd aux conseils de Tinfant d'Aragon, insensible aux prophéticjues menaces de Brigitte de Suède, Urbain V avait voulu retourner vivre et mourir à Avignon \ et son successeur le Français Grégoire XI ne quittait point la calme Provence, dont les riantes plaines s'épanouissent au soleil, pour l'âpre campagne romaine troublée par des guerres incessantes et exposée à la mortelle influence de la malaria. Où donc pouvaiton se prendre pour espérer? De sages esprits, des cœurs généreux «s'étaient sentis défaillir à l'aspect des maux dont ce siècle était accablé ; ils n'y trouvaient point de remède et ne savaient comment s'employer pour le bien, mais Catherine n'ignorait pas qu'au soufle
1. Heliga Birgittas Uppenbarelser. Fjerde boken, Kap. 135 (138 dans le texte latin). Yila Urbani Y, ap. fialuz. Long, et Berthier, t. XII et t. AIY. Isidore Urgugieri(t. I, p. 21) cite le P. Fursellino qui assure dans son Epitome qu'Urbain Y retourna à Rome. « GatbarinœSen. horlatu». B. Imperiali (Yoir Bibliogr. D, III) suit celte version, et Malavolti (L. YIII^ p. 143) prétend que Catherine écrivit au pape Urbain pour l'engager à quitter Avignon. Rien dans leg documents originaux ne donne la moindre vraisemblance à ces assertions.
diTin les éTénements se transforment aussi rapidement que les nuages se groupent ou se dispersent dans les deux.
Si les débuts de sa mission furent humbles selon le inonde, ils furent grands devant Dieu. Tous les matins, au lieu de s'oublier près du Saint-Sacrement, elle quittait la chapelle délie Volte après la messe et se rendait à l'hôpital délia Scala ou à celui de la Miséricorde. Là, pénétrant dans les salles obscures où les malades s'entassaient sur de fétides grabats, elle aidait le médecin et secondait le prêtre. Quand la mort lui enlevait ses malades, elle les ensevelissait avec joie, contemplant en eux l'image de sa propre fin, et souvent elle vit les corps inanimés que touchaient ses mains briller des splendeurs de'la résurrection ^
Ainsi, sans empressement comme sans crainte, elle se mêla aux hommes chaque fois que son désir de faire le bien lui en fournit l'occasion. Un matin, au moment où elle arrivait à l'hôpital de la Miséricorde, les malades lui racontèrent que de leurs fenêtres ils avaient vu s'écrouler une vieille maison sur la tertiaire dominicaine qui l'habitait. Les voisins soignaient cette pauvre femme, mais elle poussait des cris déchirants. Catherine courut auprès d'elle ; afin de se rendre compte de l'étendue du mal, elle toucha les contusions, les plaies, les fractures, et la douleur disparut au point que lablessée, s'adressant aux médecins qui se consultaient à son chevet, dit à haute voix : a la fille de Lapa m'a guérie. » Tandis que la foule criait au miracle, les médecins furent les pre-
1. On montre encore à l'hôpital délia Scala le réduit oh se retirait Catherine, et la pierre sur laquelle elle s'étendait. .
miers à célébrer la toute -puissance divine! Déjà le peuple de Fontebranda déclarait que l'enfant nouveau-né d'une pauvresse du quartier serait mort, si les prières de Catherine n'avaient pas rendu à la mère son lait tari par la misère et la maladie; aux jeunes femmes qui émues de ce prodige arrêtaient la Bienheureuse dans les rues pour lui faire bénir leurs enfants se joignirent bientôt tous ceux qui souffraient ^.
Catherine, qui ne reculait devant aucun travail, aucun sacrifice utile au prochain, évitait cependant les combats directs avec l'enfer. « Je suis moi-même tourmentée par «c les diables ; comment voulez-vous que je délivre les <c autres? » répétait-elle à un notaire de Sienne, Ser Michel de Monaldo, qui lui demandait un miracle en faveur de sa fille. Certes elle blâmait ce père imprudent d'avoir enchaîné la liberté de ses enfants et de les vouer au cloître sans les consulter *. Peut-être le trouvait-elle digne des châtiments de Dieu, mais, si Laurence de Monaldo avait été malade au lieu d'être possédée, elle n'aurait pas attendu pour la guérir que le P. délia Fonte la lui amenât d'autorité. Slitan parlait par la bouche de la possédée. « Quand je sortirai d'ici j'en- « trerai en toi », cria-t-il à la Sainte. « Si Dieu le per- « met, je me garderai de m'opposer à sa volonté », répondit-elle en faisant d'un signe de croix cesser l'agitation douloureuse de Laurence. Déjà Ser Michel et sa femme versaient des larmes de joie. <ic Laissez-moi cette a enfant encore quelques jours, » reprit la Voyante. Un soir Catherine et son amie avaient accepté l'hospitalité
1. Suppl. vilao, Pars II, Tr. I et Tr. IV, mss., p. 33 et 34. B. Raini. Pars. Il, cap ii, p. 886.