Lettera XIL
d une de leurs sœars : tout à coup Alix fut entraînée dtns Unie parla Bienheureuse. « Partons», disait-elle, < le loup infernal Tient de ressaisir la brebis que nous « lui ayions arrachée. »£lle coururent à perdre haleine, et trouTèrent Laurence farieuse sous laction de la tempAte intérieure déchaînée en elle. «Mandit serpent 3>^ mnrmiira Catherine, « tu seras encore chassé et tu « ne reyiendras plus. » Elle passa la nuit en prières, pois elle fit appeler Ser Michel; il pouvait reprendre sa 611e, désormais elle servirait Dieu en paix. Bien que les chrétiens du xiv* siècle fussent accoutumés à voir fuir les démons à la voix de TÉglise et des saints, leclatant tromphe de Catherine sur Satan eut, dans la Tille, le retentissement que Thumble tertiaire avait craint et prévu*.
Les pauvres ne perdirent rien à la ruine des Bénincasa; maintenant Catherine allait les visiter, et depuis ((u'elle n'avait plus son père terrestre si libéral envers eux, son Père céleste lui accordait tout ce qu'elle souhaitait. Le pain, l'huile, le vin, se multipliaient dans ses mains, et une puissance invisible protégeait les richesses de sa charité. Un jour qu'elle portait dans la poche de son habit des œufs destinés à un malheureox d'autant plus intéressant qu'il avait lui-même donné tout ce qu'il possédait, elle entra à l'église crojant n'y rester qu'un instant. Ravie en extase, elle perdit l'usage de ses sens. Quand elle revint à la vie ce fut pour se trouver étendue sur les dalles du sanctuaire» ToQt le poids de son corps avait porté du côté de sa
l. B. Raim. Para II, cap. XIII^ p. 920-931, Legg. min., Para Ilr ^P. n, llemoriale di me Ser GristofaDO di Gano. (Voir Bibliog. i.V.)
poche, le dé de métal dont elle se servait pour coudre s'était brisé en trois morceaux, mais les œufs no gardaient pas la moindre trace de sa chute!
Peu après, c'était une veuve chargée d'enfants qu'il s'agissait de soulager en secret. Catherine ne pouvsiit confier cette mission à personne et ses douleurs de côté la retenaient sur sa planche. Gomment sortir de son impuissance? Elle invoqua le Seigneur, puis, guérie par la foi, elle se leva, mit dans un sac les aliments nécessaires à une nombreuse famille et partit avant le jour. D'abord son lourd fardeau lui sembla léger. Elle marchait avec une extrême rapidité, lorsque tout à coup ses forces la trahirent et ce fut en se traînant péniblement qu'elle parvint au terme de sa course. Chez ses protégés la partie supérieure de la porte était ouverte; pourquoi se seraient-ils enfermés, eux qui ne possédaient rien? Catherine passa son bras à l'intérieur, fit céder la serrure, entra et se débarrassa de sa charge. Au moment où elle se retirait en silence évitant à cette misère cachée l'expression de la reconnaissance, ses membres lui refusèrent tout service. La veuve s'éveillait ; un instant encore et Catherine serait découverte; les passants, les voisins, nul n'ignorerait sa charité : « Allons, il faut s'en aller, » se dit-elle, en faisant à Jésus-Christ des reproches de l'abandon où il la laissait. Elle regagna son logis épuisée de fatigue, et les souffrances qui l'avaient quittée quelques heures la reprirent de nouveau. Au reste, peu lui importait le moyen d'arriver à son seul but, JésUs-Christ, pourvu qu'elle l'atteignît. Si la langueur la réduisait à l'inaction, elle s'humiliait profondément, disant à son confesseur : « Que « pourrez-vous jamais faire de cette servante inutile? »
Si ses forces renaissaient, elle retournait aussitôt au service du prochain *. Parfois, afin d'éprouver son obéissance, le P. Thomas la gardait alors près de lui. Patiente, elle s'entretenait des vérités de la foi jusqu'à ce que le divin Maître lui apparût, ou qu'il lui envoyât l'amie céleste qu'elle s'était choisie, la pénitente Marie- Madeleine.
Depuis sa résurrection miraculeuse, la Sainte ne témoignait plus son regret d'être distraite de Notre Seigneur par l'entretien des hommes. La foule chaque jour plus nombreuse qui envahissait sa cellule la trouvait prête à donner son temps sans compter. Calme, souriante, elle interrompait son oraison ou le chant des cantiques par lequel elle charmait ses travaux d'aiguille et tout entière elle se jetait dans les difficultés qu'on loi confiait. Elle obligeait ceux qui devaient prendre quelque décision à considérer d'abord l'intérêt de leur âme et l'honneur de Dieu ; elle gagnait la confiance des coenrs fiers qui jusqu'alors no s'étaient jamais ouverts de peur de profaner leur peine secrète en la révélant ; puis, sans préparation, à intervalles irréguliers. Dieu l'enlevait à la terre, et ces joies lui donnaient la patience d'attendre l'heure où elle entrerait dans l'éternité.
Un soir, épuisée par les fatigues d'une journée où il Ini avait fallu consoler les premières larmes d'une veuve révoltée contre la Providence, elle alla chercher du courage auprès du Maître. Ne pouvant se tenir à genoux, tant elle était oppressée par sa douleur de côté, elle repoussait cependant comme une faiblesse la pensée de s'asseoir sur les marches de Tautel. Car elle savait com-