Voir appendice n
croître son bien avec ses charges. Lapa prodigua ses soins à sa fi. le, le premier en&nt que sa santé lui permit d*allaiter. Qaant aux frères et aux sœurs de Catherine, ils la regardaient comme la joie de la maison. C'étaient : Benincasa, Tidné de la famille, établi depuis peu avec deux associés dans un atelier voisin du foyer paternel ^ ; Barthélémy, resté avec ses parents auxquels il avait donné une belle-fille dévouée «i épousant Lisa, de la famille des Colombînî ; Nicole, mariée à Palmiero délia Fonte; Madeleine, à Barthélémy de Vanino; Bonaventure, fiancée à Nicolas Tegliacci ; enfin Etienne, qui n'était heureux qu'auprès de sa sœur.
Catherine ne marchait point encore, quand de cruels malheurs frappèrent sa patrie. Une horrible peste apportée d'outre-mer par des galères génoises sembla n'avoir épargné Sienne pendant Thiver que pour s'abattre sur elle avec plus de violence au printemps de 1346. « Les hommes et les femmes mouraient presque subitece ment; l'aine et le petit doigt enflaient, et, parlant en- « core, on expirait. C'était à peine si le père restait ce à regarder son enfant. Le frère fuyait son frère, la ce femme son mari... il mourut tant de monde dans les ce mois de mai, de juin, de juillet et d'août, qu'on ne trouce vait plus personne qui consentît à enterrer. Ni parents, ce ni amis, ni prêtres, ni moines, n'accompagnaient les a morts pour lesquels on ne disait point d'office... Moice même », écrit un contemporain, Agnolo di Tura, « j'enterrai mes cinq enfants de mes propres mains
1. L'acte de location de cet atelier, passé le 17 octobre 1346, est conservé aux archives de Sienne. Il a été publié par J. B. Regoli. (Voir Bibliogr. i, XVI.)
« dins une seule fosse, et beaucoup d'autres lurent • de même. »
Chacun supporta cette épreuve selon la nature de ses sentiments. Ceux qui espéraient se préserver du fléau fuyaient la ville ou s'enfermaient dans leurs maisons, afin d'échapper au mauvais air et aux douloureux spectacles; d'autres, croyant à la fin du monde, voulaient achever leur vie dans Tivresse de toutes les voluptés et s'abandonnaient à de honteux excès; d'autres enfin, plus soumis à la volonté de Dieu, aidaient les ordres religieux à secourir les malades. De ce nombre furent les Benincasa, et pourtant, lorsqu^au mois d'octobre le fléau s'arrêta après avoir moissonné les quatre cinquièmes de la population, la famille put se réunir tout entière autour de son chef et s'associer à ceux qui faisaient bâtir en ex-voto^ sur la grande place de Sienne, la chapelle del Campo *.
Mais la peste avait emporté les deux associés de Benincasa et, malgré la grande aisance de son père, le jeune artisan se voyait dans de sérieuses difficultés. On lai réclamait, à tort, plus de quarante florins d'or ; un jugement des consuls de la marchandise fut rendu contre lui ' : c'était la ruine. Tous dans la maison s'éle- Taient contre l'auteur du désastre quand Jacques leur imposa silence en disant à sa femme dont la voix dominait les autres : «Laisse-le, ma chère, laisse-le, et Dieu < te bénira, il lui montrera son erreur et prendra notre
défense. » Peu après, en effet, la vérité fut découverte.
1. Moratori, t. XV, p. 123 et 124. — Malavolti; lib. VI,P. II, p. 108. ^fioccacio, lotrodaz. de! Decamerone.