‹ Sainte Catherine de Sienne (volume 2)Chapitre 31 sur 116 · SOUFFRE DE L'INJUSTICE DES HOMMES · texte numérisé non relu

SOUFFRE DE L'INJUSTICE DES HOMMES

pensa on la congédiant brutalement. Alors elle se tourna vers le Sauveur Pourquoi était-elle née, si une âme créée à l'image divine devait à cause d'elle être perdue? Dieu ne lui avait-il pas promis qu'il sauverait sa sœur? et s'accusant d'être un obstacle aux miséricordes ce-, lestes elle s'offrit en victime expiatoire. La lutte entre la Sainte et Dieu dura trois jours et trois nuits. Palmérina agonisante ne pouvait ni vivre ni mourir ; à la surprise générale elle se ranima tout d'un coup, demanda Catherine et reçut son pardon avant d'expirer.

Au moment même où 1 âme de Palmérina prenait son essor Jésus-Christ la montra à sa servante. Dans cette âme la Sainte contempla l'éclat de la création, la gloire de la Rédemption ; même avant de s'être éclairée aux rayons de l'éternelle lumière par la vision béatifîque, Palmérina éblouissait Catherine et la ravissait d'amour. « Vois, ma fille, » dit le Seigneur, « ne doit-on pas «souffrir afin de sauver une telle créature? j'ai étémoi- « même saisi de la beauté des âmes jusqu'à aimer « mourir pour les racheter, et les hommes ne se sauve- « raient pas les uns les autres au prix de bien des « peines? » — On se sacrifierait volontiers au prochain si on voyait son âme comme on voit son corps, pensa Catherine, et elle obtint du divin Maître la connaissance miraculeuse de toutes les âmes. Aucune n'eut plus de secrets pour elle ; si les innocents la charmaient au point qu'elle couvrait les enfants de baisers, les pécheurs l'avaient à leur entière dévotion ; quelles peines n'eût-elle pas endurées afin d'assurer leur salut !

Il fallait en effet savoir le prix infini des âmes pour continuer une mission charitable parmi les Sœurs de la Pénitence. Le repentir de Palmérina n'avait point

ne SAINTE CATHERINE OE SIENNE

désarmé k calonmie, et nue axitre tertiaire, Andréa Meî, payait de nouTeaux outrages l'amitié de Gatberine. Cette femme, veuve et sans en&.iit*s, était minée par un horrible cancer. Lorsque la Sainte, non contente d« la %m- •cher sans répugnance, baisa ses chairs fëtides avec respect, Andréa ne comprit pas le triomplie de la grâce isur la nature; elle crut qu-e Catherine agissait par orgudl, qu'elle voulait faire ce dont personne n'était capable, et elle la poursuivit de ses calomnies. La Prieure des tertiaires s'émut des propos qu'on répandait. Elle vint trouver la malade et, entendant cette femme accuser sa bienfaitrice comme à regret , elle emporta la certitude que Catherine était Indigne de l'habit religieux. On fit comparaître la jeune fille; questions cruelles, reproches injustes, rien ne lui fut épargné. Pour toute réponse elle levait les yeux au ciel, et murmurait, étouffée par ses larmes: « En vérité je suis une vierge « consacrée à Dieu. » Ses seules plaintes furent à son Époux. Gomment la laissait-il attaquer ainsi ? Ne prouverait-il pas «on innocence ? « Ma fille, y> lui dit-il en lui montrant deux couronnes, l'une d'or i';autre d'épines^ «c il te feut porter ces deux couronnes en deux temps <c différents. Si tu portes celle d'épines dans ce moiiée, « tu auras l'autre plus tard ; si tu veux celle d'or en •ff ce monde, les siècles étemels n'auront pour toi que « des épines. » — « Mon Dieu ! n'ai-je pas choisi depuis «c longtemps?»' s'écria Catherine qui saisit à deux mains les épines et «e les enfonça dans la tête. Un ange guérit ses plaies en les couvrant d'une guirlaiule de lis.

Bien que le Prieur dn couvent, le P. Taddo da Or- Tieto,et le P. Montncci, directeur du Tiers Ordre, fit»seat des hommes droits et justes, ils ne défencLii^entpas

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Galherise 090tre ses détrteteurs ; pent-étra âjoauidjUil« foi aux ealomuiee bî «ouYent répétées ? Peut-être croyaient-ils qiie Ja persécution seule met au cœur des aatnta la peise iatime qui les rend semblables à leur MaltrB. Toujours eat^il qu'on surveilla Catberûie avec rigueur. La euxbosité ne venait plus seule surprendre le secret de ses entmiiens avec Dieu ; la maiveillance, la défiance, épiaient l'heure où, perdant le souvenir de la terre, elle livrait sa vie à son unique amour* Était-ce chez eliCf on l'accusait de perdre son temps ; était*ce i l'égliee pendant les offices, on l'accusait de n'âtre point recueiliie, car, absorbée dans ses pensées, elle ne suivait pas les cérémonies sacrées* Ces dénonciations irritantes à la fois par leur puérilité et par le sérieux qu'il £iJiAii joettre à les réfuter n'ébranlaient pas sa patience* On pouvait l'obliger à regagner sa cellule aussitôt après la Sainte Communion ; si, ravie en extase, elle s'élevait près de l'autel, on pouvait la jeter à la porte de Téglise, on pouvait la frapper cruellement sous prétexte de s'assurer qu'elle ne jouait pas une comédie, on pouvait m^me, épreuve plus douloureuse, lui arra^ cher Taigeut qu'elle avait» reçu pour ses chers pauvres, mais il était impossible do lui &.ire vouloir autre chose qna la volonté de Dieu. Quand ses compagnes, indignées des traitements qu'elle subissait, tentaient de la plaiadre, elle les reprenait sévèrement ^.

Cependant Andréa, qui succombait aux attaques de son Bial, serait morte de misère sans Catherine. Lapa voulait détourner aa fille d^une œuvre féconde en fruits

1. B. Raim. Pars 11^ cap. m, p. 889-891, et Pars III^ cap. vi, p. 953 et 954. Sapp. vH»; Pars I, Tr. 1.

amers, mais la Sainte lui prouva que rapproche de la mort rendait la malade plus douce, que déjà elle changeait de langage. D'ailleurs l'ingratitude devait-relle lasser la miséricorde? Notre Seigneur avait-il agi ainsi sur la croix? Si le démon trompait cette femme, Dieu Péclairerait. Dieu Téclaira en effet, car soudain, à l'approche de Catherine, Andréa se vit environnée de clarté; ses souffances cessèrent, une joie indicible envahit son âme. Sous ses yeux la jeune fille se transformait en un ange du Seigneur. « Pardon ! » s'écria la malade. Catherine se jeta à son cou ; elle n'avait rien à pardonner, le démon seul était l'auteur de cette erreur, et mettant pour la première fois quelque hâte à finir ses pansements, elle s'enfuit, tandis qu'Andréa s'accusait hautement à toutvenant d'avoir menti. Catherine continua ses soins, mais maintenant elle y trouvait une répugnance qu'il fallut vaincre par un acte héroïque aussi : pritelle l'eau dont elle s'était servie pour laver les plaies d'Andréa, et la but-elle d'un seul trait. L'amour transforme tout. L'affreux breuvage lui parut d'une souveraine douceur*. Alors, redoutant l'orgueil que sa victoire pourrait lui inspirer, elle coirrut se recueillir et repassa tous ses péchés devant son Maître. Il ne lui suffisait pas de les avoir bien des fois accusés au confessionnal, elle voulait savoir par un signe certain qu'ils étaient expiés. Docile à une telle prière Notre Seigneur étendit la main sur sa servante, prononça la formule de l'absolution, et lui laissa en la quittant une paix inconnue à la terre. La pression de la main divine se faisait encore sentir sur sa tête quand la nuit suivante le Christ se

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