‹ Sainte Catherine de Sienne (volume 2)Chapitre 39 sur 116 · SON CONFESSEUR · texte numérisé non relu

SON CONFESSEUR

On regardait à bon droit Raymond de Gapone comme une des gloires de l'Ordre. Longtemps pnenr de la Uinerve, à Rome, puis directeur des Dominicaines cloîtrées de MontepnlcîanOy il avait aopiis une profonde connaissance des âmes. Ses études sur la Bienheureuse Agnès dont il venait d'écrire la vie lui rendaient bmilières les voies par lesquelles Dieu se plait à conduire les âmes privilégiées ; enfin, sa naissance, les alliances de sa famille, le mettaient en rapport avec les grands de la terre auxquels l'humble fille du teinturier devait désormais se mêler. Catherine reconnut en lui l'envoyé de Dieu.

Elle lui confia dans les moindres détails l'histoire de sa vie. Sa résistance à la grâce avant la mort de Bonaventure lui laissait de poignants regrets. Surpris de la disproportion qu'il y avait entre cette faute et le repentir qu'elle en témoignait, Raymond de Gapoue voulut la ramener à la vérité. « Mon Père spirituel « excuse mes péchés, » dit-elle avec reproche ; « est-ce « qu'une créature si vile, si méprisable, qui avait reçu « tant de grâces de son Créateur, sans les avoir jamais « méritées, devait ainsi passer son temps à orner son " misérable corps T Sans la miséricorde de Dieu, l'enfer « n'eût pas suffi à expier mon crime. » Jadis le P. Barthélémy s'était scandalisé de semblables paroles ; Raymond de Capoue, trop avancé dans la perfection pour ne pas comprendre que Tinfidélité à la grâce empêche Dieu de nous choisir pour ses instruments, laissa Catherine s'accuser d'avoir préféré sa sœur au Christ, d'avoir privé le prochain et de s'être privée elle-même des secours providentiels ; il la laissa même s'accuser des péchés du monde entier, selon la coutume des

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gaflBts ^. II «ud'vait i'votion sncoessî've de Bien «ar «ettc âme. «lUen de ce qui regarde le sahit ne m'a étté « lemsiÀgné par les hommes., » disait Gatherine. « C'est «mon Seigneur et Maître qui m'a tou^ ré^Ié «n me « fMjdaat comntô je voue parle. Quand il me dit : — Pease a à moi, et jft penBerai à toi, — il m'èta tMite pensée « perfioanelie de moi et d« mon salut. Il devait mller tt à fout, tandis que je son^ger&is sanis tsesse à loii, non « en vue de la i\écampense, niais à cause de l'union <s parfaite avec l'Infini. » Catherine esitreteomit aussi San confesseur des faveurs cxceptionoelles qu'elle «vait remues de Dieu, de son mariage mystique, qui &isiit d'elle l'Épouse de Jésus-Glirist. Puis elle lui parlait de 99n amitié paur les saints, en pLrtieulier pour h. Mar deleine. Avec de vives couleurs elle dépeignait l'amour que cette généreuse créature avait témoigné au Sauveur ; elle faisait en quelque sorte assister le P. Ra^iBond au souper chez le lépreux où Madeleine répandit son âme avec ses pleurs aux piods de Jésuft^rist. £lle montrait l'héroïque amie de Notre Seigneiir bravant les injures, la foule, les setldats, afin de suivre le Rédempteur jusqu'au pied de la croix, et de recevoir son dernier soupir. Notre Seigneur lui-même bénissait le sentiment de la Sainte de Sienne pour la grande pénitente, c Ma fille bien -aimée, je te donne Mari^-Mad^eleine pour « mère, je la charge de toi, » avait-il dit à Gatherioe, et elle ajoutait : « C'est ainsi qu'uue pécheresse a été ce donnée pour fille à une Sunte qui avait autrefois pédéi

1. Procefisus attest. P. Barth.Domin. D. Mart., ^VI, p. 1347. Voir dans le Catéchisme chrétien pour la vie intérieure; H* partie^ Leçon X, c(nuBient M. OUer s*e«t «Kprrmé au «cget ^e-ces sentimetits de €a* Uierine.

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« afin qoe sa mèie, en se rappelant eomlmn ia nature « est £mgîle, conlnen Jéans-Ghrist eiA raîséricordieax, «compatit aux faiblesses de la pécheresse et obânt « Mm pardon, r»

Gitlierine ataatt surtout à parler des peines dn Ghiist La plus amàre, celle qu'il a^ait endurée a^ec uaenmcité ersissante depuis l'heure sacrée de Tlncai^ Mtien, c'était celle du désir. H désirait rétablir rhenuser de Dieu atteint par le péché d'Adam et rendre an pxm hanuôn sa fin bienbenrense. SUe s'exprimait sur ce I s wim ent, autrement poignant que la mort, nar c«tte doulenr, qui n'était ceraparable à la douleur du cncifienientque comme le fini est oomparable à Hn- Gxiy wnc la passien d'un cœur qui eu est lui-même déîoré: « Les âmes fortifiées par la grâce, i» disait-elle, ne doivent pas croire comme les âmes faibles qu'an jardin des OfiTÎers le CShrîst demandait à son Père d'éteî^er un calice qu'il basait dès sa naissance : an contraire, à mesure que l'heure approchait de boire ce calice du désir jusqu'à la lie, il l'appelait de tons «es leenx -; il ei^ touIu hâter la consommation de non œuvre d'amour. Ne ditait-^1 pas â Judas : — Gs que tu fais, fais-le promptement ? Ausm, en censniant 4 ce que te calice s'éloi^gnât, c'était son impatience même cpi'il offrait à Dieu. »

Toute la théologie du père Rajrmond isi'émut de cette Bsavelle inteiprètation des lÂvros Saints. Il interrenpit Catherine pour lui dire que les docteurs entendûent autrement ce passage de l*Evangi1e et y "voyaient l'humanité da Ghrisft en lutte avec Thorreur de la mort « Les actions dn Sauveur sent tellement fécondes en « enseignements, • répKqua'Jt^Ue, « qtre tous y trou-

« vent ce qui convient à leur âme. La prière du jardin « des Oliviers, ainsi expliquée, est un encouragement « pour les faibles afin qu'ils ne se croient, pas réprou- <c vés parce qu'ils craignent la souffrance et la mort. Il ce faut, selon mon commentaire, que vous y voyiez un ce enseignement pour les forts. On doit proposer plues sieurs sens, chacun prend celui qui convient à son ce état. » Elle comprenait, elle faisait comprendre à son confesseur la douleur de Jésus-Ghrist de ne pas libérer tous les hommes. Quand son sang aurait suffi à racheter des générations humaines se succédant durant toute l'éternité, Jésus-Christ voyait^d'innombrables damnés qu'il n'était pas en son pouvoir de sauver malgré eux. De ce calice il aurait obtenu l'éloignement, s'il ne s'était pas soumis l'infinie justice. Absorbée par cette pensée, Catherine s'entretenait avec la Sainte- Trinité tandis qu'elle continuait sa conversation avec son confesseur, a Mes disciples seront-ils tous sauvés? » se demandait-elle. Celui qui ne trompe jamais le lui promit. La joie remplit son cœur maternel, mais ce fut la joie d'un instant car la vue des autres damnés la désolait. Elle n'expliquait plus seulement la tristesse du Sauveur, elle la ressentait, ce Pendant votre vie morcc telle vous portiez deux croix », disait-elle à son Maître, ce C'est afin d'être semblable à vous que vous me ce chargez de ces deux croix. L'une fait ployer mon ce corps sous les infirmités, l'autre pèse sur mon âme ce navrée de la perte de tant de créatures. » Avec des paroles de feu elle décrivait alors les souffrances infi* nies causées à Notre Seigneur par son amour infini, souffrances bien plus intimes que celles inventées par la malice des hommes. Les épines de sa couronne lui

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