SON CONFESSEUR
perçaient le cerveau, tous ses membres étaient disjoints, on pouvait compter ses os , et pourtant son amour voulait plus encore afin de se manifester à l'humanité, car la passion est une infinie déclaration d'amour. C'était Tamour et non les clous qui attachaient le Christ à la croix, c'était Tamour qui triomphait et non les bourreaux ; commentles hommes eussent-ils été les maîtres? Si le Seigneur l'avait voulu, la terre se serait refusée à porter la croix et aurait englouti les Juifs. Ce qu'avait été l'abandon du Christ sur la croix, Catherine le comprenait depuis l'abandon dans lequel Dieu l'avait ellemême laissée. Jamais, son Maître le lui avait assuré, jamais âme humaine n'est délaissée, comme l'était Tâme de Jésus-Christ sur la croix, et cependant quelle consolation pour ceux qui subissent aine pareille épreuve! Cet effroyable abandon n'empêchait pas le Père d'être uni au Fils par un indissoluble amour ! C'était des prédestinés, des élus qu'il s'était acquis au prix de son sang et non de lui-même que parlait le Rédempteur en disant : «Mon Père, je remets mon âme entre vos « mains. » Car l'âme du Christ n'avait pas quitté Dieu. Faisant alors un][retour sur elle-même, Catherine confiait à son confesseur sa participation aux souffrances divines, sa volonté d'y être toujours unie, et sa mort miraculeuse. «J'ai vu les tourments de l'enfer, ceux du « purgatoire, aucune parole n'est capable de les rendre. «Si les humains en avaient la moindre idée, ils aime- « raient mieux souffrir mille morts que d'en supporter « la part la plus légère, » et elle ajoutait les plus saisissants tableaux des punitions assignées aux péchés que nul ne voit, aux péchés qu'on songe peu à éviter ou à expier, tant la force de Thabitude atténue la con-
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trition cpi'on en ëproaTe« Difficilement elle contenait ses regrets d'être revenue à la vie. « Il est étonnant qae « mon cœur ne se brise pas de nouveau lorsque je me « rappelle la gloire qne je possédais I Si j'aime avec tant «c d'ardeur les âmes que Dieu m'a confiées pour les cobc< venir, c'est qu'elles me coûtent bien cher I »
Tant de révélations extraordinaires finirent par jeter le P« Raymond dans de grandes perplexités. Si son expérience l'avait initié aux formes variées de la sainteté, il avait aussi appris à se défier de la pente vers le merveilleux qui entraine les femmes loin de la vérité. Bien que les rédts cpie les Siennois {usaient de Catherine fussent à l'appui de ce qu'elle disait d'elle-même, la Dominicain ne savait où se prendre pour croire ou pour douter. Son humilité le porta à supposa qne sa propre imperfection était la cause des ténèbres qui l'enveloppaient ; il se dit donc que, s'il obtenait une contrition surnaturelle de ses péchés par llntercesâon de sa pénitente, il la tiendrait pour Sainte, et il loi demanda des prièiies, expliquant très peu clairement qu'il lui fallait « uae Bull« de pardon comme on en donnait « à Rome. »> — « Sous quelle forme ? » s'écria lafiienheureuse en riani aux éclats J Lui, qui suivait sa pensée, répliqua avec gravité : «ell me faut pour authentique une « contrition oensiiile et extraordinaire de mes &nles. • L'Ave Maria sonna, il se quittèsnent.
Le lendemain, hiett que Catherine fui fort malade, elle .se leva de grand malin «et emmena Alix à nn oouvect de Dominioaines où le P.. Raymond avait été aq>peié. Aussitôt elle «e fit intâToduire dans la cellule de son xjonfesseur. Faible, presque expirant, il ne pouvait mAme plus parler à Fr. 2<^icolas de Pise son compa-