S(XC CONFESSEUR
gAMi. Lk SaÎBte s'assit àaoa cheret et Tentretink da la miséricorde de Diieu si mal récompensée par Tingratir» tilde des hominee» <« A ce momenty » dit Raymond de Gapoue, a je Tismes péchés arec une surprenante clarté^ « j'étais en présence du grand juge, je ne sentais dé- « nué de tonty je me sarais aussi digne de la mort que « les malfaiteurs atteints par la justice des hommes* a Poartant la bonté^ la clémence de mon juge, me déli- « fraient du châtiment ; elles changeaient la mort en « vie» la crainte en espérance^ la douleur en joie, la a hoate &i gloire éternelle. » Des torrents de larmes inondaient le visage du Dominicain ; son cœur était brisé. Il se rappela sa requête de la veille. « N'est-ce pab « kBuUe que j'ai demandée?» balbutia-t-il. -— « C'est elle-même « murmura la Bienheureuse qui suivait Faction de TEsprit-Saint. « Souveneos-vous des grâces de « Dieu y » dit-elle au P. .Raymond en lui mettant sur Tépaole la main que Notre Seigneur avait maïqnée du stigmate de la passion alors qu'elle l'invoqpait pour ses disciples. Son confesseur était guéri, elle sortit ra* pidemenL
A partir de ce jour le P. Raymond se montra plus indulgent encore pour les jeûnes, les longues oraieons, la vie extraordinaire de sa pénitente. Gomme il lui voyait l'âme ouverte aux charmes de la nature, il rengageait à suivre Lisa et ses compagnes, et à se reposer parfois dans une ferme des environs de Sienne qui appartenait à la famîll^^enincasa. Catherine sortait alors des portes de la ville, franchissait de hautes futaies, traversait la vallée, les prairies, dans d'étroits '^^niin^ creux bordés de haies et dominés par d'iiaino-* biles cyprès. Après une marche de 5 milles elle arrivait
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à la Ganonica de Santa Maria-à-Pilli et s'arrêtait dans une maison blanche, tout entourée de vignes dont les raisins déjà rougissants se suspendaient aux rameaui verts des ormeaux*. La création rayonnante des grâces de l'été relevait vers le monde invisible ; elle apercevait la Jérusalem céleste, l'entrée triomphale de l'Agneau sans tache, elle assistait pour ainsi dire à la résurrection de l'univers qui souffre et gémit de la chute de l'homme. Les harmonies des chœurs angélicpies arrivaient jusqu'à son oreille, et on en retrouvait l'écho dans les hymnes par lesquelles elle donnait libre cours à sonallégresse. Ses compagnes la suivaient oubliant le temps et le monde. On les vit ainsi errer par les bois et les prés durant trois jours et trois nuits puis rentrer à Sienne les mains enlacées, les yeux au ciel, chantant les louanges du Seigneur et la beauté de ses œuvres I
Partout 6ù passait Catherine, ses pas laissaient une trace bénie. Les paysans s'aperçurent qu'elle subissait l'ardeur du soleil, les rafales de la brise, les lourdes pluies d'été sans en être atteinte. Nombre d'entre eux lui virent traverser à pied sec l'Arbie ou la Tressa quand les flots gonflés par la fonte des neiges avaient emporté les ponts : aussi ne doutaient-ils pas de sa puissance sur la nature et, lorsque la tempête menaçait leurs récoltes, lorsqu'un nuage de grêle planait sur leurs vignobles^
1. Cette ferme avec les vignes â^ elle était entourée appartenait aux Benincasa depuis 129 (Bib. com. de Sienne. Cod. B. Yll-tl, Garta 39 rétro). Quand Lisa devint veuve^ elle la posséda comme reprise dotale. La maison a été reconstruite plusieurs fois depuis le ziv* siècle. Une inscription que nous avons vue en 1874 y perpélae lé souvenir de Catherine.
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ili obtaiaient «{ae la Bienheureuse éloignât Torago ot r&ppeUt le soleil par le signe de la croix.
L'on des bienfaits qne la protection du P. Raymond nlat à sa pénitente fut le retour à la communion fréquente. Maintenant elle recevait presque chaque jour lUncharistie de la main de son confesseur, et si ses souffrances l'empêchaient de monter à régUse au lever du soleil, il l'attendait pour célébrer. Un matin Catherine Tint très tard. Ses compagnes, craignant qu'elle n*e&t une longae extase et n'empêchât de fermer les portes à l'heure accoutumée, obtinrent qu'elle renonçât à communier. On avertit le P. Raymond. Il la crut malade et dit la messe à Tautel Saint-PauJ, situé dans le chœur réservé aux hommes, tandis qu'appuyée au banc de pierre qui longe la chapelle délie Vol te elle suivait des veux l'hostie et suppliait son divin Époux de répondre lui-même à ses désirs. Après la consécration, le célébrant s'aperçut qu'une parcelle des espèces sacramentelles avait disparu. Où pouvait-elle être tombée? Soraitelle profanée? Il chercha dans les moindres replis des linges et des ornements, puis sur l'autel ; enfin, laissant le sacristain en faction devant la chapelle, il allait s'accuser à ses supérieurs, quand il rencontra Dom Christophe, prieur de la chartreuse de Belriguardo. Le moine Tenait parler à Catherine d'une affaire importante; fatigué par les trois milles qu'il avait parcourus au soleil un jour déjeune, pressé de retourner à son couvent,^il vainquit la résistance qu'éprouvait Raymond de Capoue ^ l'éloigner et l'entraîna chez les Benincasa. Là on leur dit que la jeune fille était à Saint-Dominique; ils y retoomèrent, la trouvèrent, et le premier mot de son coniesseur fut pour lui confier ses inquiétudes. Elle sourit.
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« At«-vom bien cherAé? » - « Oui. « - « Pourquoi a VOUS affliger. alorsT » Le religieux garda le sikmee jusqu'à « que Dom Christophe fitt parti, puis il rewnt au sujet qui donrinait «on esprit. « Ma mère, » lui ditH, caril s'était prompteraent accoutumé à lui donner ce doux nom : « Ma mfere, je crois vraiment que c'est vous « qui avez pris U parcelle de l'Hostie. , — « Ne ma^ « cusez pas, ce n'est pas moi, mais un autre. » Pressée ie questions, elle avoua que le Seigneur l'avait rommuniée avec cette parcelle du pain sacré. Soit quelMeu réelairât directement soit qu'il trahît l'ascendant de Ga- *erine, le P. Raymond ne douta pas nn instant de h vêfncité de ce récit ; cependant sa confiance avait enrore besoin d'un dernier miracle pourne plus jamais failhr. Ca^erine entretenait son confesseur de ses lévél*tioBS : « Paut-il vraiment croire tout ce qu'elle dit?» se demandait-il. Soudain la Bienheureuse disparut ; à » place était un homme sévère âont la figure indiquait la plénitude de la vie ; sa physionomie était empreinte de la majesté qui révèle la présence de Dieu : « Qw me « regarde ainsi? » s'écria le Dominicain. — « Celui qm « «st .., répondit la voix de Catherine. La vision disparut, mais lecP. Raymond ÎMtrnit par rBsprit-Sarat comprenait ce qui auparavant hii semblart inintelugible. Bîent»t il comprenait aussi qu'il fallait respecter 1« sUence de la Sainte, lorsqu'elle refusait de s'eipfiqw» OTrccrtwnes grâces du ôel. Apr%s l'avoir entendue mnrmucer à di^verees reprises: «r Vîdi anana Dei^^, il «■ moigna 1« vif désir de «avoir ce qu'elle avait vn. « M» « mère, pourquoi répétez-Tons toujours les mêmes p»- « rele» bms nous «n révéler !e sens ?» — « Il m'est «n- « poBsiWe, «Tépliqmu-t-eHe, dédire autre chose ou de le
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« dire mtitwMmf. » — « CSomment! voiis nous confiff, « «as ^pe BMis vous intenogions, ce que Oiea mus « léfèle, et vous aeiAe répondes pis qvaad je tous le de- « nande f 3»— > «Je ne penx lendre ce que j'ai tu par « de fiînee paroles. Mon langage déshonorerait Dieu. « Il y a un «faîine entra ce que mon esprit a contemplé «'et ce que j'en ponmis dire. Je croirais mentir. Ge « qœ j'ai TU est indicible. » Le P. Raymond se tut^ maintenant il nawt tout à la ib» diriger cette âme et l'abaadonner sans conthMe à Bien K
L'amitié resserra les liens que l'autorité des supélieors nvait formés entre ces deux membres de la famille Dominicaine. Leurs cœurs étaient remplis du même amour, l'amour de Jésus-Christ. Avec une égale générosité, ils eussent donne bien plus que leur vie, les souffrances inQnies de leurs âmes, pour l'Église et le salut des hommes. Us jugeaient de même la vie et ses épreuves, Tétemité et ses béatitudes ; ils s'étaient l'un à Tautre une occasion, presque un gage de salut, car Dieu tenait compte au confesseur des vertus qu'il dé- Teloppait en sa pénitente, et Catherine armait pour tous les combats contre le mal son «i Chevalier fidèle de la « vérité. » Dans leurs inquiétudes, leurs tristesses, qui pour être de l'ordre le plus élevé ne les atteignaient qpie pins profondément, ils se portaient un mutuel secours ; non ce secours fugitif et énervant que prête l'impuissante pitié des créatures, mais le secours plein de force que peuvent seuls donner ceux qui ont les paroles de la vie étemelle. D'affection sensible, de discours de la terre,
1. B. Raim. Pare I, cap. v, vi, ix, et Pars II, cap. vi, viii, xvm, p. 874-931. Suppl. Yilœ, Pars I, Tr. U, IV. Pars II, Tr. III. Lcgg. mto. Pars II, cap. vi. Lettere XVI, C(I. Dial. GXLII.
de ce qui passe, ils n'en voulaient point ^. Ce qu'ils aimaient l'un et l'autre, c'étaient les reflets immortels de la beauté de Dieu : aussi, quand ils se heurtaient à l'insuffisance, aux défaillances de tout sentiment terrestre, n' éprouvaient-ils ni l'étonnement ni la colère des passions humaines promptes à briser leurs idoles. Ils s'encourageaient seulement à anéantir, à transformer ce qu'ils jugeaient en eux d'indigne de leur Maître. Un jour viendrait où l'amitié dont Dieu était le principe et la fin vivrait éternellement sans tache et sans voile dans le lieu béni de l'immortalité qu'ils se rendaient présent et visible à force d'y songer, d'en parler, de le mériter.
1. « Spogliaievi d'ogni ct^eatura, e io sia la prima, • Lellere CI, CIV.