VOYAGES DE CATHERINE EN TOSCANE
qaando va per ria
Gitta nei cor tillani amore ua gelo Per che ogni pensiero agghiaccia e per« E quai soffriste di starla a vedere Diverria nobil cosa o si morria.
(Dante, ViU nuova, XIX.)
Ma per domar le alteri Troppo protenre menti Lieta toIo costei con aima forte.
(Bertacci, Lode di S. Caterina.)
Catherine est enyoyée à Lacques par le Souverain Pontife. — Son iéjoar à Lacques. — Son second séjour à Pise. — Ses rapports tTec les couTents du Siennois. — Elle réconcilie les Macconi svec les Tolomei. — • ÉUenne Macconi devient son secrétaire et son ami.
Les disciples de Catherine se savaient destinés à la suivre en Paradis; ils avaient reçu cette promesse pen- <lant ses extases lorsqu*ils surprenaient son entretien avec Dieu : sa présence parmi eux leur semblait doijc un gage visible de salut^ et ils s'étaient fort affligés de
son départ pour Pise ^ Par d*admirables lettres la Sainte leur prouva qu'ils ne cessaient pas de lui appartenir ; à ces gens de conditions différentes elle donna avec une égale autorité des avis divers. Le Sénateur de Sienne devait imiter le divin Maître qui observait luimême la loi dont il était l'auteur: quant aux citoyens, secondés par des femmes pieuses, actives, charitables, ils s'aimeraient les uns les autres, préféreraient les biens du ciel à ceux de la terre, et se plieraient au joug du Seigneur. Tout ce qu'on peut faire de loin pour ceux qu'on aime, Catherine l'avait fait ; sa sollicitude allait jusqu'à guérir miraculeusement les malades; pourtant elle n'avait ni calmé les regrets m dissipé les crainte<«, et son retour fut pour chacun de ses disciples la joie la plus vive. Cette joie fut de courte durée ^.
Le pape Grégoire XI avait entendu parler des projets que Catherine formait à Pise pour la paix ; espérant qu'elle pourrait défendre les intérêts temporels de l'Église menacés en Toscane où Florence formait sous le nom de Ligue des Villes une terrible coalition contre lui, il conseilla aux Dominicains d'envoyer leur tertiaire à Lucques, puis de nouveau à Pise*. Les Florentins sollicitaient ces Républiques de s'allier à eux; Oathertne saurait peut-être empêcher ralliance. Elle partit au premier ordre emmenant son confesseur, quelques-uns de ses disciples, et ses compagnes préférées
Aux portes de Lucques, Içs Anciens (c'est ainsi qu'on nommait la Seigneurie) reçurent avec honneur la
1. Seroione in onore S. Caterina daFr. T. Cafiarini (Voir Bibliogr. F. ni). Memorîale di Ser Cri8ti>rano.
1 teilere 13Î, 14», ItO, 180, — «►, — lî, 42, 69» 1«, -- 13. 3. 8«pp vilai^ Pars il, 1». VI.
messagère qui venait, disait-elle, « au nom du Christ crucifié ». Arrivée dans la maison que lo P. Gilbert de Nami lui avait préparée près du couvent des Prêcheurs, à l'ombre de l'église Saint-Romain % elle écrivit aux Ancietis et au Gonfalonier de la Justice *. Sans arrogance, sanw fausse humilité, simplement, elle les klairait sur leurs devoirs. Écouteront -ils les perfides irisde ceux qui, après avoirfait le mal, prétendent entraîner autrui à le commettre ? Peuvent-ils croire les calomEiateurs qui accusent Grégoire XI de vouloir conquérir la Toscane? Certes non. Florence ne les convainc pas, elle les intimide, et ils s'apprêtent à payer la paix avec elle d'un prix honteux. Qu'ils y réfléchissent, les hommes défendent inutilement une Tille quand Dieu n'est pas avec eux. S'ils servent une cause injuste, non seulement ils perdront leur part d'héritage céiesie, mais Lucques sera livrée à' des gherres terribles ! Quand la Seigneurie reçut cette lettre, elle était sur le point de s'allier à Florence. Elle hésita et ne conclut rien..
Bientôt Catherine fut célèbre à Lucques. Saint-Romain devint le théâtre des scènes édifiantes, familières à Saint*Domin:qne, et les oisifs et les incrédules qui y aasislaient par hasard éprouvaient d*indicibles sentiments de foi, d'amour de Dieu. En même temps les sens étaient frappés par des prodiges qu'à Sienne on ne songeait plus à remarquer.
Un jour on vint chercher la Sainte afin qu'elle exhortât nnagonisant. Le tonnerre grondait, tous les vents du ciel
1. On Toit encore cette maison dans la yîa S. Romano. X. UUeim 168.
semblaient déchaînés, la pluie inondait les rues : pourtant les passants qui voyaient Catherine traverser la ville s'aperçurent que ses vêtements restaient parfaitement secs. Surpris, ils la suivirent, et sans peine ils attribuèrent la conversion du moribond à cette femme que respectait la tempête. Quelques religieux, étroits d'esprit, témoignaient encore des doutes sur sa sainteté, L'un d'eux osa lui tendre un piège. Chargé de lui porter la communion pendant les crises de souffrances qui à Lucques comme à Sienne la retenaient parfois dans son lit, il lui présenta une hostie non consacrée. Le peuple avait envahi la cellule. La foule encombrait l'escalier; tout le monde était à genoux; Catherine restait étendue, immobile, indifférente. Le Prêtre lui reprocha son attitude. « Comment, mon père, » s'écriat-elle vivement, « vous me présentez un pain ordinaire ce et vous prétendez me faire commettre un acte d'idolâ- « trie ! Dieu m'a révélé votre fraude. » L'auteur de la fraude demanda son pardon qu'il obtint. Catherine, trompée par les hommes, se, tourna vers Celui qui ne trompe jamais. Il lui apparut, et la communia de sa propre main. Durant toute la semaine, la maladie réduisit Catherine à l'inaction. Ce no fut pas un temps perdu pour le salut des âmes, car elle donna aux tertiaires de Lucques des exemples de patience dont le souvenir ne les quitta jamais. Le dimanche vint. La Sainte demandait à Dieu si elle recevrait l'Eucharistie qu'elle désirait avec ardeur ; puis, après chacune de ses prières, elle ajoutait : « Seigneur, si ce n'est pas votre tf volonté, je renonce à la mienne. » Tant de soumission reçut sa récompense. Les anges commis à la garde du tabernacle de Saint- Romain se rassemblèrent au-
tour d'elle, la prirent sur leurs ailes, et remportèrent à Téglise. Là, elle voulut confesser ses fautes et en recevoir rabsolution avant d'approcher de la Table-Sainte. Son humilité toucha le cœur de Jésùs-Ghrist ; il lui rendit non seulement la santé, mais aussi la plénitude de ses forces.
Catherine n'obtenant des Anciens aucune réponse décisive, sa mission semblait terminée, et elle résolut de quitter Lucques. Ses conquêtes sur le démon y avaient été sans nombre. Des gens de tout âge s'enorgueillissaient d'être ses disciples. Les vieillards joignaient l'exemple aux conseils, répudiaient leurs vieilles rancunes, et enseignaient à la jeunesse, avec le renoncement à ces haines que les Italiens se transmettent de père en fils, l'amour du prochûn, l'amour de Dieu surtout. « Gomme le propre de l'amour est de porter « celui qui aime à ressembler à celui qui est aimé », les Luccpiois se modelèrent à l'image de Jésus-Christ ^.
Soit qu'après avoir annoncé son départ la Sainte voulût donner aux Anciens le temps de la rappeler, soit que l'espoir de faire de nouvelles conversions la guidât, elle se laissa arrêter hors des portes de Lucques, dans la villa Balbiani. Une famille nombreuse, des voisins, des amis, s'y pressaient autour du seigneur Barthélémy et de sa femme Melline, et chaque jour on acueillait de nouveaux hôtes avides de s'entretenir avec Catherine. Elle sut convaincre ces patriciens, ac-
1. Som. délia Storia di Lucca, dall' annoMIV ail' anno MDGG, compilaio su doc. cont. da G. TooMnasi. Arch. Stor. Ital. F. X, Fir Vimuaetix, 1S47, p. 253. Aie. dise. Suppl. vitœ, Pars II, Tr. I et VI (Mss). Processus mss. attest. P. F. de Lueca. Lettere 152, 156, IbO, 162, 163.
coutumes à mener joyeuse vie, que le bonheur n'est dans le jeu ni dans les danses, mais dans l'union avec Dieu, ce Pour trouver le bonheur,» disait-elle, a il « faut suivre Joseph et Marie à la recherche du divin <« Enfant, comme eux, c'est dans le temple qu'on le « rencontrera. »
Les jours s'écoulèrent purs, sanctifiés, heureux, à la villa Balbiani. Quand les Siennois annoncèrent que les intérêts de la papauté les appelaient à Pise, on voulut les retenir, on objecta à Catherine qu'elle emporterait le ferme propos de ses nouveaux disciples; que, séparés d'elle, ils retomberaient dans leurs anciens errements. Mais la Bienheureuse n'entendait pas qu'on fît d'elle une idole. Elle répondit à ses amis que Dieu ne voulait pas d'intermédiaire entre leurs àmcs et lui, que c'était seulement après l'Ascension de Notre Seigneur que les apôtres avaient compris les leçons du divin . Maître, que présente elle serait moins utile qu'absente à ceux qui méditeraient sa doctrine^; entin, un matin, elle assembla ses compagnons et partit.
Les Siennois parcoururent rapidement la plaine qui s'étend entre les Apennins et la mer ; puis, ils franchirent les monts Pisans rouverts de hautes forêts, animés par les eaux sonores des torrents. A^i milieu de cette nature, à laquelle le déclin de l'automne prêtait \e charme de ce qui va finir, ils devisaient sans doute entre eux de « notre sœur la mort corporelle » , chantée par saint François d'Assise, de la mort riche en germes de résurrection.
Cette fois les tertiaires acceptèrent l'hospitalité de