Epût. Dom. Stepb.) cap. i. BoU.^ L III, p
« Jacques, que, si tu vas à Sienne, tu te confesseras, » lui dit le jeune homme. Ces paroles firent éclater Tolomei en menaces. Il tuerait toutes les sœurs, tous les prêtres, tous les religieux, plutôt que de se confesser. Mais Catherine veillait sur lui. Il n'eut pas même besoin de la voir pour changer d'intentions. Tandis que ravie en extase la Sainte apercevait clairement dans l'âme de Tolomei l'action de la grâce, il s'accusait au P. Barthélémy do tous ses crimes ^.
En 1376, Geneviève était morte. Jacques, Françoise et Mathieu, entré depuis peu dans Tordre des Prêcheurs, se firent auprès de leur père et de leurs frères les avocats d'Etienne Macconi ; leur mère les seconda si bien que même le farouche Rinaldini consentit à un nccord. On convint de se trouver devant la poterne du palais Tolomei. Cependant au dernier moment le ressentiment l'emporta, chez ces fiers seigneurs, sur la fidélité à leur parole. Par deux fois les Macconi vinrent seuls au rendez-vous ! dis ne m'écoutent pas, » s'écria Catherine révoltée : « eh bien! qu'ils le veuillent ou non, ils écouteront Dieu. » Elle obtint qu'une fois encore les Macconi parussent sur la place Tolomei ; ravie en «xtase elle priait dans Téglise Saint-Christophe, située vis-à-vis du palais, et elle en appelait à Dieu de la haine des hommes. Soudain, mus par une force invisible, les Tolomei sortent de leur demeure. Rinaldini les accompagne. Catherine redescendue sur la terre pa-
1. Mur., t. XV, p. 237. B. Raim., Pars II, cap. x, p. 911-912. Lettere 81 e 94. En 1601/ le jour de la fôte de Catherine les Siennois Jouèrent un drame qui avait pour sujet la conversion miraculeuse de Jacques Tolomei.
rait sous le porche de Téglise Saint-Christophe. Immo* biles, menaçants, les Toiomei sont adossés à leur porte. Partent brillent les lunes d'argent de leurs étendards d*tzur, et Rinaldini excite le héraut d'armes à jeter aux Macconi le défi prélude du combat. Ceux-ci s'animent sous l'outrage, mais à la vue de Catherine ils inclinent leurs bannières, le vieux Conrad Macconi courbe sa tète blanche. Etienne tombe à genoux, malgré eux les Toiomei s'écrient : la paix, la paix ! ^
C'est ainsi qu'Etienne et Catherine se connurent ; il derint l'un de ses secrétaires, Tinstrument de tes ceuTres, et elle le fit entrer dans la « Compagnie de la « Vierge Marie, » association qui, par elle, réunissait les divers partis politiques de Sienne *. Cette confrérie fort ancienne comptait sur ses registres nombre de saints déjà canonisés par TÉglise. Jacopone de Todi et d'autres mystiques lui avaient légué leurs écrits, sûrs de trouver des imitateurs dans les confrères qui leur succéderaient sous les voûtes de Santa Maria délia Scala. On se réunissait souvent dans ce lieu sanctifié par les prières des premiers chrétiens siennois, afin de pratiquer d'austères et sanglantes mortifications, mais les soucis de la terre ne s'arrêtaient point, hélas ! au seuil de la chapelle. Troublé par les craintes que lui inspirût le mauvais gouvernement des Réformateurs, Ëtiemie eut le tort de s'en ouvrir à certains de ses compagnons ; de telles confidences, dans un lieu propice au mystère, aboutirent à une conspiration dont le jeune
I. EpistD. Steph. Macconi. « L'offerta votiva delcero» de Tannée llfôT représente celte scène. (Voir Bibliogr. i^ XIII.) 1. LeUeia IS'i.
seigneur devint Tâme. « Ah ! mon cher fils ! quel a dessein formes-tu dans ton cœur? » s'écria Catherine qui ne laissait jamais distraire sa pensée de ses disciples; ce tu fais de la maison du Seigneur un çonvena ticule de conjurés. » Alix et Françoise ne comprirent rien à ces paroles que la Sainte proférait en extase loin de la chapelle de la Confrérie, dont les femmes étaient sévèrement exclues. Elles en eurent l'explication la première fois que Macconi vint à Fontebranda. « Tu as commis une faute grave, » dit la S^nte à son disciple ; » pour l'expier tu répandras sous ce les coups de la discipline autant de gouttes de sang a que tu as dit de mots dans cette conjuration. » Tournant alors ses regards vers l'avenir, elle prophétisa que l'oratoire de Santa Maria délia Notte^ c'est ainsi qu'il s'appelait, serait plus tard fermé aux fidèles par un pouvoir jaloux *.
Désormais Etienne Macconi joignit l'humilité à la ferveur. Il voyait son modèle en Catherine ; et quand il comparait sa vie à celle de cette femme, née la même année que lui dans la même patrie; quand il mesurait la carrière qu'elle avait fournie en moins de trente années, il n'osait plus jeter un seul regard sur son propre passé. — (( Sais-tu, mon bien-aimé fils, lui dit un jour ce la Sainte, que ton plus grand désir va s'accomplir? » Jadis l'impétuosité des désirs d'Etienne l'emportait vers mille objets divers ; maintenant il croyait avoir renoncé aux biens du présent, à l'espérance même de ces bien^ plus douce peut-être que leur possession, et toutes les offres de la vie lui semblaient impuissantes à le tenter.