‹ Sainte Catherine de Sienne (volume 2)Chapitre 54 sur 116 · DE FLORENCE · texte numérisé non relu

DE FLORENCE

r To gridando, pace, pace, pace 1

(Pelrurca, canz. IV.)

Era Firenze io lacrime, Nello sqoailor profondo, la toa YÎrtù runaoïme Voto dei suoi fidu.

(G. Losi Laude di S. Caterina.)

Lettres de Catherine à Grégoire XI et à divers prélats. — Son voyage à Florence. — Ses discours au Palazzo Vecchio et au Palazzo degli Anziani. — La République la choisit comme ambassadrice. — Elle part pour Avignon. — Son passage à Bologne.

Depuis qu'elle avait quitté Pise, Catherine ne prenait plus une part directe et personnelle aux affaires de la Papauté, qui n'en demeuraient pas moins l'objet constant de sa pensée, mais voyant l'insouciance de la cour d'Avignon compromettre le résultat de ses récents efforts, elle se demandait si son Mdtre n'attendait pas

AMBASSADRICE DE FLORENCE ld9

tatre chose d'elle que des prières. Soudain , le Saint- Esprit l'éclaira. Le Souverain Pontife n'avait point dédaigné de Tassocier à sa politique. Elle résolut donc de lui écrire.

 l'égard des créatures toutes égales devant Dieu, Catherine était d'une simplicité absolue ; aucune puissance de la terre ne l'intimidait, et sa lettre pleine de mystique poésie est d'une hardiesse singulière. «An nom du Christ crucifié et de la douce Marie, » dicta-t-elle à son secrétaire, commençant cette lettre comme elle les commençait toutes ; puis sans s'arrêter, •ans se fiûre relire une seule phrase, elle continua ainsi : « Révérendissime et bien-aimé Père en Jésus-Christ, votre indigne, malheureuse et misérable fille Catherine, servante et esclave des serviteurs de Jésus*Christ, dans le précieux sang duquel elle écrit, s'adresse à vous, avec le désir de vous voir un arbre fécond chaîné de fruits doux et suaves, planté en une terre fertile (car, hors de cette terre qui est la connaissance de nous-mêmes, larbre se dessécherait et ne porterait point de fruits). L'âme qui se connaît s'humilie, car elle ne voit'pas en elle de quoi s'enorgueillir... Sachant qu'elle n'est point par elle-même, tout ce qui est en elle, elle le rend à Celui qui est... douce et vraie connaissance ! tu portes le glaive de la haine, et avec cette haine tu étends la main du saint désir pour enlever et tuer le ver de l'amour-propre. C'est an ver qui corrompt et ronge la racine de notre arbre, de telle sorte qu'il ne peut produire aucun fruit de vie; sa verdure se dessèche et se fane. Car en celui qui s'aime vit la superbe, chef et principe de tout mal. Dans quelqye condition que se trouve

<c l'homme, qu'il soit prélat ou subordonné, s'il n'aime « que lui seul, c'est-à-dire s'il s'aime pour lui-même « et non pour Dieu, il ne peut faire autre chose que le « mal et toute vertu est morte en lui. Il est comme la «c femme qui enfante ses enfants morts. »

Passant ensuite des réflexions générales à des conseils directs au Pape, la Sainte ajoutait :

c Si c'est un prélat, il agit mal : par amour de luice même (c'est-à-dire pour ne pas déplaire aux créatu- « res], il tue en lui la justice sainte. Il voit commettre « des fautes et des péchés à ses ouailles, et il semble <c qu'il paraisse^ne pas les voir, ne pas les corriger, ou^ a s'il les corrige, il le fait avec une telle froideur, une a telle tiédeur de cœur, que cela ne sert de rien. C'est un <c replâtrage du vice... Si quand il en est besoin la c< plaie n'est pas cautérisée par le feu, si on n'y met pas <c le fer, mais seulement de l'onguent, elle ne s'assainit c< pas, elle pourrit et quelquefois elle cause la mort. » « Hélas ! hélas ! mon très doux Père ! » s'écriait Catherine , « voilà pourquoi vos sujets sont tous corrompus a par l'impureté et par l'iniquité ! Hélas ! je le dis en « pleurant !... Pourquoi le Pasteur continue-t-il à émet ployer tant d'onguent ? Parce que ce remède ne lui ce cause aucun ennui. En traitant les malades par l'once guent, il n'excite contre soi aucun déplaisir, aucune ce malveillance, car il ne lutte point avec la volonté du ce malade. Le malade voulait de l'onguent, il lui en a a donné ! misère humaine ! Le«malade est aveugle ce et ne voit pas ce dont il a besoin. Le Pasteur, qui f est médecin, ne considère que son plaisir, que son ce avantage personnel... il n'usé ni du glaive de la jusce tice, ni de la flamme dç la très ardente charité. Ces

ft deux hommes accomplissent la parole du Christ : Si « un aveugle en guide un autre, ils tombent dans la « fosse. Malade et médecin s'en vont en enfer. »

Après avoir exhorté Grégoire XI à donner cent mille fois sa vie, s'il le fallait, pour l'honneur de Dieu et le salut des créatures, Catherine continuait ainsi : «Suivez a le doux Grégoire ^. Ce qui lui était possible vous l'est « aussi, car il n'était point d'une autre chair que vous. « Le Dieu d'aujourd'hui est le même que dans ce temps; « rien ne nous manque, sinon la vertu et la faim du salut « des âmes... Mon Père... ne nous occupons plus ni de « nos amis, ni de nos parents, ni de nos besoins tem- « porels ; donnons-nous à la vertu... car les biens tem- « porels ne nous manquent que parce que nous avons « abandonné le soin des biens spirituels

« Que les pontifes, que les pasteurs, que nous toutes « créatures de Dieu, nous soyons honteuses de notre « ignorance, de notre orgueil, de nos plaisirs, en voyant « la libéralité, la bonté, l'amour ineffable de notre « Créateur. Revêtant notre humanité, il s'est montré à « nous comme un arbre chargé de fruits doux et suaves, a afin que nous, arbres sauvages, nous puissions nous « enter sur lui. Ainsi agirent le bien-aimé Grégoire « et les autres bons Pasteurs. y>

La Bienheureuse dépeignait les bons pasteurs entéa sur l'arbre de vie, c'est-à-dire conformant leurs mœurs i celles du Christ, et, entraînée par son zèle, elle disait â Grégoire XI : a Si jusqu'ici vous n'avez pas été ferme, « en vérité, je le veux et je vous en prie, agissez virile-

U Le pape saint Grégoire le Grand.

202 SAINTE GATfifiHINB BE SIENNE

a ment dans cet instant dn temps qui toub reste... Le a secours divin est proche... Donnez vos soins aux « affaires spirituelles ; mettez de bons Pasteurs et de a bons Recteurs dans vos villes, car ce sont les mauvais « Pasteurs et les mauvais Hecteurs qui ont causé les « révoltes... Allez on avant... ne tardez plus... levez le « gonfalon de la très sainte Croix... Je vous en supplie, ce invitez ceux qui vous sont rebelles aune sainte paix, « afin que toute ]a guerre tombe sur les infidèles... « Prenez courage, prenez courage et venez, venez con- « solcr les pauvres serviteurs de Dieu, vos enfants... oc Pardonnez-moi, mon Père, devons avoir dit tant de « paroles. Vous savez que la bouche parle de Tabon- <K dance du cœur... »

« Je vous prie de vous montrer un Père, de suivre « les enseignements de Dieu dans vos négociations avec <c Pise et Lucques. Secourez-les en ce que vous pourrez, ce invitez-Ies à rester fermes et persévérantes. Je suis «( allée à Pise et à Lucques, afin de les engager autant <t que je l'ai pu à ne pas se liguer avec les membres <x corrompus qui vous sont rebelles. Mais elles hésitent, « car vous no les encouragez pas, et la partie adverse les a Stimule et les menace. Jusqu'ici olles n'ont pas pleine- « ment consenti. Je vous prie d'écrire une lettre près- « santé à messire Pierre ^. Faites-le promptement et « sans tarder, je n'en dis pas davantage. »

« Ici j'ai appiis que vous aviez nommé les cardinaux, a Je crois qu'il serait plus à l'honneur de Dieu et « meilleur pour nous, si vous vous appliquiez toujours « à choisir des hommes vertueux. Le contraire a comoio

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