‹ Sainte Catherine de Sienne (volume 2)Chapitre 62 sur 116 · LeUere 232, 234. B. Raim. Pars. III, cap. viii, p · texte numérisé non relu

LeUere 232, 234. B. Raim. Pars. III, cap. viii, p

France, Louis, duc d'Anjou. Un prince, qui, au dire des Français, « tendait toujours à seigneuries et à hautes « honneurs » estimerait glorieux de commander aux croisés et les trésors des infidèles tenteraient sa cupidité, non moins connue que son esprit et sa vaillance.

La politique portait-elle Catherine à désigner le duc d'Anjou au choix du Pape? On pourrait le croire. Bien que des différends avec le roi d'Aragon au sujet desquelles il invoquait la médiation du Saint-Siège fussent le prétexte du séjour de Louis d'Anjou à la cour Papale OQ n'était pas sans savoir qu'un autre objet l'avait attiré à Avignon. La France entendait conserver le Pape son voisin, presque son hôte et Charles V, inquiet du projet que nourrissait Grégoire XI de retourner en Italie a?ait envoyé son frère de Toulouse à Avignon afin qu'il parlât au Pape et empêchât son voyage. Éloigner le prince importait ddnc au rétablissement du Saint-Siège à Rome.

Malgré la lutte des intérêts qui leur étaient confiés, le prince français et la tertiaire italienne éprouvaient l'un pour l'autre un réel attrait, attrait qui se changea en amitié quand le duc d'Anjou, croyant devoir la vie aux prières de la Sainte entra en correspondance avec elle, et la mena passer deux jours au château de Villeneuve près de sa femme Marie de Bretagne. Exhorté par Catherine à prendre la croix, il répondit qu'il partirait pour la Palestine avec une armée équipée- à ses frais, mais il conjura la Bienheureuse de le suivre à Paris. Il fallait qu'elle vît le roi, qu'elle le réconciliât avec Edouard III d'Angleterre, car leurs guerres étaient le plus grand obstacle à la croisade. Louis d'Anjou était-il sincère, ou bien voulait-il éloigner d'Avignon

Tavocate du retour à Rome comme elle prétendait l'en éloigner lui-même? Qui le dira? Catherine refusa de quitter le Pape, puis pressée par le duc d'Anjou elle écrivit une longue lettre au plus sage de nos rois. <c Méprisez le monde, » lui disait-elle. Considérez votre a royaume comme une chose qui vous a été prêtée et « qui ne vous appartient pas... Soyez juste et ne perce mettez aucune injustice à vos sujets... que dans votre <c royaume les vices soient punis et la vertu glorifiée, « conformez-vous, je le veux, à la doctrine du Christ ce crucifié ; songez aux maux que cause la guerre, faites <c la paix, et prenez la croix ^ ! »

Le roi de France, tous les rois ne témoignèrent que de l'indifférence à la croisade. Seul l'esprit des peuples s'émut. Entraînées parleur imagination plus encore que par leur dévouement, les femmes faisaient des rêves insensés et se persuadaient que la Sainte les conduirait en Palestine à la suite des armées. Les esprits sages voyaient l'Europe pacifiée et délivrée des mercenaires, mais ces espérances échouèrent comme elles avaient déjà tant de fois échoué. Impuissante pour la Croisade comme pour la paix Catherine se tourna du seul côté qui lui restât ouvert : elle montra au Pape le chemin de l'Italie et Rome à l'horizon.

Les efforts tentés pour garder le Saint-Siège à Avignon étaient incroyables; on allait jusqu'à rappeler à Grégoire XI que la mort de son prédécesseur n'avait point été naturelle et on insinuait que le même sort le

1. Lellere 238, 237, 235. Froissart, Glironique Brur. 1869, t. IX; p. 47 et 154. Histoire de Charles VI de l'abbé de Saint-Denys, trad. parle Laboureur. Paris, MDCLXIII, p. 46. Lettera237. Processus, aUest. F. Barth. de Sen. D. Mart., t. VI, p. 1337.

punirait de la même faute! II fallut Tinfluence delà Saiute pour dissiper Timpression causée par ces vagues menaces sur un tempérament nerveux et craintif. Dès son arrivée, elle avait promis au Pape « de la part de « Dieu » qu'une force surhumaine, très en dehors de son caractère naturel, le soutiendrait dans cette entreprise ; maintenant elle ajoutait : « Les démons incarnés, « les conseillers pervers vous disent « on vous tuera; » « moi je vous dis de la'part de Christ crucifié : « Ne craiagnez rien! » Répondez ce que le Christ répondit à « saint Pierre quand celui-ci voulut l'arrêter sur le che- « min de la Passion. « S'il fallait mille fois exposer ma a vie je n'en accomplirais pas moins la volonté de mon « Père. » Souvent le Pontife lui demanda d'interroger le ciel. La Sainte répétait toujours qu'elle ne voyait pas que le Pape courût aucun danger en retournant à Rome, tandis qu'il exposait son âme s'il écoutait les avis de son entourage. Cet entourage essaya alors d'une ruse perfide. Brigitte de Suède, Catherine de Sienne conseillaient le retour en Italie. A la voix de ces saintes il fallait en opposer d'autres non moins autorisées et on imagina une lettre pleine de funèbres présages qu'on attribua au pieux évêque de Toulouse, l'infant Pierre d'Aragon. « Voilà l'œuvre d'hommes iniques, « serviteurs du démon I » s'écria Catherine, et avec une admirable perspicacité et une irrésistible logique, elle dévoila au souverain Pontife le piège grossier dans lequel on prétendait le faire tomber*.

Tant de discussions, d'où elle sortait victorieuse, attirèrent sur Catherine l'attention d'une cour oisive. « Il

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