Froissart^ éd. de Bruxelles, t. IX, p
2. Processus altest. P. Caffarini. D. Mart.. t. YI, p. 1273. — LeU. 57 — Copia del Privilégie, etc. (Voir Bibliogr. 1. II.) C'est à tort qu'on ipréteoda que cette Bulle était du 1" juillet 1375.
3. Mireio. Gant. Tresen. La Durance fut pourtant navigable jusqi*aa xvi* s. Itinerarium Gregorii papae IX incoeptum XIII septembri. A D 1376. Eccles. auct. Bzovio, t. XIV, p. 1537-1557. Yiaggi dciPapi. F. Gusta. Firenze 17S2, p. 122, etc., etc. Storia délia Marina poBtificia nel Medio Evo, per il P.A.Guglielmotti. Vol. II, 1. III, cap. XI. Fir. Le Monnier, 1871.
découTre en soi quand il se connaît. Pareilles aux étoiles du matin, les vertus brillent dans cette obscurité ; ainsi que la pâle lueur de la lune perce la nuée, la miséricorde de Dieu pénètre la nuit de Tâme et l'homme suit son chemin en portant sa croix. Tout à coup le ciel s'éclaire. Dieu se révèle à l'âme comme se lève le soleil ! G'^t la lumière, la chaleur, le rayon qui féconde, le jour qui ne doit pas finir ! La nature calme mais non silencieuse égayait les voyageurs par les échos confus de la vie qui s'éveille. Au milieu des hautes herbes dont la tête chargée de rosée s'inclinait vers le sol, Catherine montrait à ses disciples des fleurettes rouges et brillantes. <c Ces plantes ne vous rappellent^ « elles pas les piaies du Sauveur ? » s'écriait-elle, voyant partout dans la création une trace du passage de Jésus mort pour les hommes. Plus tard, on faisait halte et Catherine parlait de tout ce qu'elle apercevait. Montrant du doigt la mer, elle dit un jour à son confesseur: a L^âme qui reconnaît son néant se plonge en Dieu « comme au sein d'une mer profonde, le monde extécc rieur lui devient inaccessible, elle ne saisit plus que « ce qui existe dans l'eau pu ce qui s'y reflète. Elle se « voit ainsi elle-même et voit ainsi les créatures. Pence sées, désirs, souvenirs, amour, sont noyés avec elle « dans les flots de l'infini. » Afin d'exhorter sa famille spirituelle à l'humilité, Catherine lui montrait les animaux qui mieux que l'homme rendent hommage au Créateur puisque le bœuf et l'âne réchauffaient de leur haleine Jésus délaissé dans la crèche. « Regardez les « fourmis, » disait-elle; «comme nous elles sont sorties « de la pensée divine, le Créateur a mis autant de soin à Cl créer les insectes et les fleurs qu'à créer les anges;
ff parfois il charge ces créatures, inférieures à nous, de «' nous donner des leçons : Voyez les scorpions, en eux a vous trouverez l'image des richesses de ce monde. Slls a rampent vers vous vous n'apercevrez que Tor qui brille a sur leur corps, mais leu^ queue porte un venin subtil. » Dans quelques parties de la Provence de nouvelles images étaient fourmes à la Sainte p^r les troncs tordus, rabougris, des arbres ; elle les montrait à ses disciples et en raisonnait ainsi avec eux. oc Plantez l'arbre « de votre âme sur la montagne de l'orgueil. Le vent « des tentations, l'orage des tempêtes du cœur, vien- Œ dront l'y frapper ; ils lui enlèveront ses feuilles, c'est- « à-dire, les saintes pensées et les douces paroles pleines « de charité qui protègent ses fruits. Puis, si vous n'y «portez remède ils briseront les rameaux, ils feront «tomber les fruits et abattront l'arbre sur le sol. » Coupant des fleurs dans les prés, elle ajoutait : « Le bon- « heur, le plaisir de ce monde passent vite ; notre vie ' et la beauté de la jeunesse nous sont enlevées lors- « qu'il plaît au Souverain juge de faire cueillir la fleur « de la vie par la mort. C'est comme la fleur des «champs, on la rencontre sur sa tige, elle semble « charmante et parfumée... on la cueille... charme et ' parfum ont disparu ; aussi la fleur ne suffit pas, il < faut des fruits car au milieu des fleurs on meurt de « iaim. y> Se tournant alors vers le feu allumé pour faire cuire le repas: « Le bois vert qui est dans l'âtre, » di- \sait-elle, « gémit et répand l'eau qu'il renferme; s'il ('tait sec il ne gémirait pas ! Ainsi le cœur arraché à «^ Tamour desséchant de soi reverdit sous l'action de '< la grâce et verse des larmes causées par la flamme de « ses désirs. L'éternelle vérité est comme le feu. Vous
a êtes les étincelles, la flamme monte toujours, mais a rétincelle qui la suit retombe bientôt. Voilà l'image « de votre néant. » — L'œil fixé sur rhorizon Catherine s'entretenait du Paradis, « Dans la nature ena tière, » disait-elle, « y a-t-il rien de comparable à la a vigne du Seigneur qui croît féconde à l'abri de Tarbre « de la charité ;tarbre dont la cime touche le ciel et « dont les branches répandent leur ombre sur la terre ? ce Si telle est ici-bas la vigne du Seigneur, que seront ce les demeures de notre Père céleste où la vie est sans « mort, la satiété sans dégoût, la faim sans souf&ance, a le bien sans mal ? ^ y>
Jusqu'à Toulon Catherine échappa aux curieux. Les habitants des mas occupés à cultiver la terre, ou à cueillir les olives s'inquiétaient peu des étrangers qui se dirigeaient vers Avignon ou en revenaient ; mais Toulon était une grande ville ; là on ne pouvait dissimuler son nom et, au dire des disciples de Catherine ce les pierres ce semblèrent parler » pour proclamer celui de la Sainte. La foule assiégea Thôtellerie qui hébergeait les voyageurs. Les Dominicains parvinrent à disperser les hommes, mais les femmes plus entreprenantes pénétrèrent de vive force auprès de Catherine. Pleine de foi, une pauvre mère voulut lui jeter son enfant mourant dans les bras afin de le guérir. La Bienheureuse se défendit de posséder un tel pouvoir et cependant dès qu'elle eut, à son insu, touché le petit agonisant, il recouvra la santé.
Cet enfant était le neveu du vicaire de TÉvêquc.
1. Epist. Dom. Steph. B. Raim. Pars. I, cap. vi, p. 878. Lettere 104, 310, 280, 70. 321, 363, 162, 309. Dialogo, XLVi e xcii.
Averti Bur-le-champ du miracle, ce Prélat fit venir Raymond de Gapoue et l'obligea à lui amener Catherine. Quelle épreuve qu'une pareille renommée ! La Sainte échappa aux hommages des Toulonnais en s'embarquant; mais, même en mer, on eut recours à sa puissance. Lo navire avait quitté la rade. Les tours de la ville et même lou Casteou de la mar disparaissaient aux regards quand le vent souffla avec force. Une fausse manœuyre et on échouait sur les ^ueils rocheux que les Provençaux nomment îles d'or. Les disciples de Catherine se serrèrent autour d'elle. Le pilote lui-même Liissavoir son effroi! «Ma mère, » s'écria Raymond de Gapoue, « ma mère, ne voyez-vous pas quel danger a nous courons?» La Sainte resta impassible. «Pour- « quoi TOUS occuper de vous?)> répondit-elle comme elle le faisait souvent quand on ne s'abandonnait pas sans réserves à la Providence. Un coup de tempête lança le navire vers les rochers et arracha un nouveau cri à Raymond de Capoue. « Au nom du Seigneur, » murmura Catherine, « dites au pilote qu'il change le gou- « vernail et ouvre ses voiles au vent que le ciel lui en- « verra. » Le navire vira de bord, une brise légère le poussa vers un petit port où les voyageurs entrèrent en chantant le Te Deum*.
Après une pareille alerte on jugea prudent de longer la côte. Souvent on relâchait et, non loin de Savone, à Varazze, on débarqua pour vénérer les reliques d'un Saint Dominicain, Jacques Patriotto. Entourée de ses compagnons Catherine cheminait dans la petite ville de
1. Legg. Min. Pars. H, cap. vm. B. Raim. Pars. II, cap. zn, p. 9t9,et Pars. I, cap. vi, p. 877-878.
Yarazze. « C'est aujourd'hui la veille de la fête de saint « François d'Assise, » dit-elle tout à coup à son confesseur; ce dans quelques années, à pareil jour, vous trans- « porterez mon corps d'un tombeau dans un autre. » L'aspect du lieu semblait fait pour évoquer cette image de mort. Les rues couvertes d'herbes parasites étaient désertes au point qu'on ne rencontrait personne à qui demander la cause d'un tel abandon. Yainement on frappait aux portes, nul n'ouvrait ; enfin parut une femme. Elle appela les pèlerins sous son toit et leur raconta que cette désolation était l'œuvre de la peste. Les propriétaires des maisons de Yarazze étaient morts, puis leurs héritiers, et faute d'habitants, les biens restaient sans possesseurs.
Tout émue de ce récit la Sainte se rendit au sanctuaire de Notre-Dame des Grâces où se trouvait le tombeau de Jacques Patriotto et elle implora le Seigneur pour les malheureux survivants de la peste qui, pareils à des fantômes, erraient autour de l'église. « Élevez ici « une chapelle à la Sainte Trinité,» leur dit-elle; «priez « avec foi et jamais la peste ne sévira à Yarazze. Si on « l'y apporte, nul d'entre vous n'en sera atteint*. »
La femme que Catherine avait rencontrée se nommait Orietta Scotta. Elle était veuve d*un gentilhomme de Plaisance dont la famille descendait des Douglas d'Ecosse, et ses étroites relations de parenté avec les Doria et les Genturioni lui donnaient une grande situation à Gênes sa patrie. Elle y retournait en ce moment même et elle offrit aux Siennois de les accompagner et
1. Processus attest. Fr. Bart. de Sen. D. Mart. p. 1335. Relaz. del Passaggio cet. (Voir Bibliogr. 1. III.)
de les installer dans son palais situé non loin de l'église des Prêcheurs à la Groce di Ganneto, du côté abrupte de la montagne d où Gènes descend vers la mer. Catherine accepta. La maison de la riche veuve lui assurait l'indépendance pendant son séjour à Gènes, séjour dont la durée était incertaine puisqu'on devait attendre le Pape, et l'indépendance paraissait nécessaire à la Sainte, habituée partout où elle passait» à se faire toute à tous et à ouvrir sa poxte à quiconque venait y frapper ^.
Fatigués de leur longue route les voyageurs espéraient goûter quelque repos. La Providence en ordonna autrement, et à peine installés chez Madonna Orietta, plusieurs d*entre eux tombèrent dangereusement malades. Jean Tantucci, Barthélémy dei Dominici donnèrent des inquiétudes. Néri dei Pagliaresi souffrait de cruelles tortures. Espérant fuir son mal il se traînait autour de sa chambre sur les mains, car ses pieds se refusaient aie soutenir et il remplissait la maison de ses gémissements. Les médecins déclarèrent bientôt que pour lui la science avait dit son dernier mot et qu'il fallait le préparer àlamort. Etienne Macconi s'empressa d^aller trouver Catherine. Abandonnerait-elle celui qui avait tout quitté pour la suivre ? le laisserait-elle Qiourir loin de sa patrie? permettrait -elle qu'il fût enseveli dans une terre étrangère? «^ Mon fils, » répondit la Sainte, « si Dieu récompense ton frère Néri de ses travaux, tu
1. Letlera 355. Secoli cristiani délia Liguria per il P. Semeria. Tortoo 1843. T. I, p. 153 et 154. Scoperta Storico-archeologica délia ca<a e stanza ove in Genova ospito Santa Caterina de Siena presse Madonna OrieUa Scotto neil' anno 1376. Articolo délia sett. Religiosa riprod. nel Ciltadino. 1* die. 1877.
« devrais t'en réjouir et non t'en affliger ! » G^était trop demander! Etienne exhala l'amertume de sa douleur dans un poignant reproche. — «Vous pouvez exaucer ma « prière si vous le voulez. » Catherine n'ignorait pas que l'excès de la souffrance est la plus cruelle des tentations. Ses yeux s'abaissèrent doux et compatissants sur le disciple qui l'implorait. « Puisque tu es si triste « je prierai Dieu pour toi ! prions ensemble, surtout dece main après la sainte communion. » Le lendemain Catherine ravie en extase invoqua Jésus vivant en elle. Plus, éloquent qu'aucun appel^le regard anxieux d'£tienne était attaché sur ses yeux; elle s'anima : «Tu « as la grâce que tu demandes, » dit-^Ue; «le Seigneur ce nous rend Néri. » Etienne courut à son ami, le vit revivre et le soigna pendant sa convalescence comme il l'avait soigne pendant sa maladie. Ensuite, jaloux de témoigner sa gratitude à Catherine, il se fit jour et nuit l'infirmier volontaire de tous les malades. On lui prédisait qu'il succomberait à tant d'efforts mais que lui importait? Néri n'était-il pas sauvé? Enfin, l'épidémie saisit Etienne, ce Je souffre, » dit-il à Catherine qui le plaignait; ce mais je ne sais de quoi. » Elle lui mit la main sur le front. c< Pauvre enfant 1 il a une fièvre viocc lentQ ! » et elle ajouta : <r Je ne te permets pas de ce suivre l'exemple des autres, je veux que tu sois guéri ce et que tu les soignes. » La Bienheureuse parlait encore que déjà É tienne Macconi avait recouvré la santé!* Ces miracles ne furent pas les seuls que Dieu fit en faveur de Catherine, car il voulait révéler aux Génois la sainteté de sa servante. Bientôt on vit que les admira-