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rîiie se toarBa tcts elles. « N'ayez point souci de lui^ « mes scmrs, il ne peat n'échapper, quand il me croira « loin, c'est alors qu'il sentira mon jong. » Elle prophétisait ; les tertiaires ledennèient et à partir de cette heure le salat de MalaTolti, dont parfois on pouvait doater, ne leur inspira plus ancone inquiétude.
Atcc le temps, rautorité de Catherine sur les âmes dcTenait plus grande et mieux reconnue. Quiconque à Campore^i Toulait sûrement gagner le ciel et y conduire antrui se mettait à la soite de la Tertiaire. Le Père Cafiarini, célèbre dans tonte la Toscane par son éloquence TaTaii-il aperçœ au pied de sa chaire? il se rendait aussitôt à Fontebranda, afin d'apprendre d'elle à toucher le cœur de ceux dont il Tenait de convaincre la raison. Nicolas de Posi de Montaldno, Jean Piccolomini, apprenaient d'elle à porter avec vaillance l'habit de saint Dominique. laissés à leurs propres forces, ils n'eussent peut-être été que des religieux tristes et inutiles, — grâce à Catherine ils sanctifièrent les souffrances physiques qui trop souvent les empêchaient d'agir, et leurs mérites, plus précieux qu'aucun travail, enrichirent le trésor spirituel des Prêcheurs. Réunis autour de la Sainte, les Dominicains deCamporeggi &isaient songer au cénacle. Déjà les &miliers de la maison Benincasa croyaient voir au-dessus de la tête de chacun de ces prédestinés l'auréole dont l'Église devait l'entourer pour l'étemité ^ Si l'un d'eux partait en mission, il demandait à Catherine un dernier conseil, une dernière bénédiction, a Semez la parole de Dieu, » lui disait-elle,
1. Aie. idscip. B. Raim, Pars. II, cap. xv, p. 926. Processas ; attest. P. Nacc. Caff. D. Hart., t. VI, p. 1263. Uttera 74.
« faites valoir les talents qui tous sont confiés. » En 1377 Barthélémy dei Dominici et Simon de Gortone s'étaient engagés à prêcher le Carême à Asciano, petite ville du territoire siennois. Malgré le sacrifice que lui imposait cette séparation, Catherine leur laissa emmener son secrétaire Nériy qui pouvait leur être utile auprès des gentilshommes du pays ; puis, non contente de leur concilier la bienveillance de l'un de ses amis, le noble Louis Gallerani, et de les recommander au curé de la ville qu'elle connaissait, elle les suivit invisible et présente, les encourageant par de douces visions, les exhortant à se sacrifier pour ceux qu'ils enseignaient, « car la croix > est la véritable chaire d'où l'on doit prêcher *. »
Bientôt les âmes que dirigeait Catherine furent si nombreuses qu'elle ne les comptait plus. L'influence propice aux intérêts de la Toscane, qu'elle avait sur le Pape augmentait sa popularité à Sienne. Les personnes qui l'avaient connue durant ses voyages lui écrivaient afin de vivre sous sa loi d'autres entraient en correspondance avec elle sans l'avoir jamais vue ; d' autres enfin Tenaient de lointains pays'lui soumettre leur conscience «l emportaient la promesse qu'elle leur continuerait ses conseils. Aussi passait-elle les jours et souvent les nuits à dicter des lettres de direction.
Ce que la Sainte disait à tous c'est qu'il faut s'éveiller iu « rêve de la vie », et songer à l'instant solennel où devant un juge incorruptible on n'aura d'autre répondant que ses vertus. « Pour l'âme qui veut se con- « venir, tout temps est un temps, tout lieu est un «Ueu.» Les heures coulent pareilles à une onde rapide,
y Uilere 99, 34, 198, 200, 204, 208.
<K il faut saisir celle qui passe car on sonne notre glas, « notre sentence de mort est rendue et nous ne savons ce pas quand elle sera exécutée. » Dans quelque condition que la Providence nous place cette condition est fayorable à notre salut : les biens, les honneurs, les affections, n'y mettent point obstacle, si nous les tenons « non comme un fief du péché, mais comme un fief de « la grâce, relevant de Dieu ; le bonheur, le malheur, <K sont comme notre main droite et notre main gauche, a nous nous servons des deux. »
Ne prétendons pas que Tétat de notre âme nous empêche de commencer à faire le bien. Eussions-nous par le péché mortel tué en nous la vie de la grâce. Dieu nous rémunérerait de notre effort soit dans ce monde, soit dans l'autre, car même les damnés reçoivent le salaire de leurs rares vertus. L'homme décidé à se convertir fixe son attention sur lui-même afin de connaître son propre néant et de comprendre la miséricorde divine. Il voit alors que le seul bien qu'il ait en propre est le libre arbitre, et toute son énergie se concentre sur l'exercice de la volonté. Certes l'âme n'est pas toujours en paix dans les orages, mais la volonté ne s'émeut pas car elle reste unie à la volonté de Dieu. Distinguant donc entre la tentation et le péché qui est le consentement de la volonté, l'âme s'arme de force et de patience, prend la foi pour bouclier, évite les petits combats inutiles et soutient jusqu'à la mort les luttes nécessaires que Dieu attend d'elle.
Catherine excellait surtout à donner des avis précis sur l'état de chacun. Elle savait que les circonstances extérieures, qui paraissent différentes, sont en quelque sorte les mêmes pour beaucoup d'entre nous» mais avec
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la netteté propre à son esprit; elle aimait à spécifier. « Parlons en particulier, » disait-elle , « et parlant en a particulier ce sera parler en général. » Elle obligeait les époux au respect du sacrement sur lequel est fondé la famille ; les exhortant à élever chrétiennement leurs enfants bien plus encore par leur exemple que par leur autorité. Le langage qu'elle tenait aux hommes était celui de la logique et de la raison. L'enchaînement de leurs devoirs envers la patrie et la famille, avec leurs devoirs envers eux-mêmes et Dieu, voilà de quoi elle les entretenait et qu'elle s'adressât à un puissant podestat, à un capitaine en renom ou à un pauvre artisan , les images qui venaient en foule sous sa plume achever sa pensée étaient empruntées au genre de vie de celui à qui elle écrivait. Avec les femmes, il n'est pas toujours aisé de raisonner ; alof s elle remplaçait la logique par rironie. La simple fille du peuple découvrait la vérité au travers des voiles menteurs, dont on l'entourait et déjouait l'équivoque. Parfois même elle allait au-devant des objections. « A qui vous reprendrait de vous parer « de vêtements précieux ou rares et de vous laver avec c des eaux de beauté, » écrit-elle à une grande dame napolitaine fort bien en cour, « vous répondriez; je ne « le fais pas pour moi, mais afin de plaire à mon mari, a Pourquoi donc alors êtes-vous dans l'intérieur de votre « maison comme une personne qui n'a aucun souci de « soi? »
Impitoyable envers ces petites ruses, envers les déboires de l'amour-propre qui empêche de << discerner le «mensonge d'avec la vérité», envers «les froissements « de la vanité qui rend le cœur léger et le gonfle d'appétits » mondains », la Bienheureuse se montrait d'une ex-
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quise tendresse pour les peines véritables. « Que j'ai compassion de vous ! » s'écriait-elle ; « mais la tribu- « lation est un trésor, si nous nous voyions nous- <c mêmes elle nous paraîtrait une consolation. Étendez « votre main afin de recevoir les amères médecines qui ^ vous sont données. Si vous agissez comme le malade a sage, elles vous seront d'une très grande douceur. « Laissez Dieu peser le fardeau, il agit par amour sin- « gulier. Aux uns il enlève leurs enfants, à d'autres la ce fortune, à d*autres encore lasanté ou la situation dans « le monde ; mais s'il leur prend ces vaines délices de o la ferre, c^est pour leur donner les biens du ciel. c< Celui qui passe tout son temps dans le monde, se « faisant un dieu de lui-même, de ses enfants, de son « opulence, ne s'aperçoit pas que ces choses causent sa t mort, en le privant do la vie ^e la grâce. Mettez le « monde à vos pieds, regardez le Christ crucifié, ré- « pondez à Dieu qui vous appelle. » D'autre consolation que l'amour du Christ, Catherine n'en connaissait pas. Quelque excuse qu'on eût pour vivre dans l'amertume du cœur, elle n'entendait pas qu'on demandât des espérances aux hasards de la destinée. Espérer son bonheur de l'avenir, désirer la mort de l'auteur de ses douleurs lui semblait indigne de chrétiens. Était-ce là l'exemple laissé par le Maître? « Voyez le Verbe, » écrivait-elle» c< il s'est pris d'amour pour les peines. Si vous me « répondez : il était le vrai Fils de Dieu et pouvait les xc porter, moi je suis fragile et ne le puis point, je vous <c montrerai les Saints qui ont imité Jésus-Christ. Souo mis comme nous à la loi de la fragilité, ils furent « conçus et naquirent comme nous, et le même pain les « a nourris. » Le serviteur de Dieu s'afflige s'il voit que
le monde a de lui une bonne opinion, car il craint que le Seigneur ne veuille dès cette vie le récompenser du peu de bien qu'il fait, tandis qu'il désire au contraire devenir semblable à Jésus-Christ et suivre ses traces* Il ne se plaint point de celui qui Tinjurie, il ne voudrait pas qu'il disparût, — il ne se plaint que de l'offense faite à Dieu, de la perte de l'âme de son prochain pour laquelle il offre d'incessantes oraisons. Mais toujours miséricordieuse, la Sainte tempérait l'austérité de ses conseils. « Porte ta croix aujourd'hui, » disait elle à l'âme fatiguée du poids des jours, a peut-être demain « ta vie sera achevée et, grâce à la vertu du sang, tu « recueilleras le fruit de tes peines. »
Pour arracher les hommes à l'erreur Catherine était toute-puissante ; nombre d'hérétiques de la secte des fratricelles recurent (Telle la lumière et elle apprit aux Juifs à aimer le Christ et à désirer le baptême. « Mon « très cher frère, » écrivait-elle à un usurier israélite de Padoue. ce vois l'inestimable charité du Christ qui te « presse par les saintes inspirations qui se sont élevées « dans ton cœur; au moyen de ses serviteurs il te dea mande et t'invite, il veut faire la paix avec toi. Nôtre « Dieu est doux et bon, lève-toi donc mon frère, car Dieu « ne veut pas, et moi je ne veux pas que la mort te « trouve aveugle. Ne résiste plus à l'Esprit-Saint qui « t'appelle; ne méprise plus l'amour que te porte Marie, • ni les larmes qu'on verse, ni les oraisons qu'on fait pour « toi. » Vis-à-vis du pécheur la Bienheureuse était plus éloquente encore. S'il s'agissait de le décider à renoncer au mal, elle lui faisait comprendre la vanité des promesses de la vie. « Le monde, » disait-elle, « nous montre « de longs jours avec lafleurde la jeunesse etl'abondance
<c de tous les biens, mais ces espérances sont naines, « car de la vie nous allons à la mort, de la jeunesse à « la vieillesse, de la richesse au dénuement. Il faut donc «c en finir avec ce monde et couper les liens qui nous y « retiennent sans s'arrêter à les délier ; qui ne les « tranche pas est toujours enchaîné, qui ne fuit pas est « toujours captif. » — «Fais- toi violence, » criait-elle à l'âme coupable «instruis-toi à l'école de Madeleine; dès « qu'elle connût le mal et vit sa faute, dès qu'elle se «c sentit condamnée, elle se leva avec une grande horreur « d'avoir offensé Dieiï, pleine d'amour pour la vertu elle a cherchait où trouver miséricorde et sentit qu'elle « ne la rencontrerait que chez le Christ. Elle va donc à « lui, ne se soucie ni de blâme ni d'honneur, mais « humblement elle se jette à ses pieds. Là, à cause de « son amour, de son amère douleur elle mérite d'en- « tendre cette douce parole : « Marie, va en paix et ne « pèche plus. » Agis ainsi, ma très douce fille, aies « recours au Christ crucifié, baigne-toi dans son sang. ce L'âme se lave dans le sang par la confession. »
Ce que la Sainte exigeait de ceux qui sont appelés à diriger les autres, le respect de la liberté, elle l'observftit fidèlement. « Il ne faut pas , » disait-elle, « faire «c marcher tout le monde dans la même voie, ou dans <c la voie qu'on a choisie pour soi. » Elle s'attachait au seul précepte, et si elle prêchait le conseil évangélique, elle n'y contraignait jamais. Quoiqu'elle sût combien lourde est la croix et difficile la vie de ceux qui ne répondent pas à l'appel de Dieu, quoiqu'elle conseillât aux jeunes gens « de passer sur le corps de leurs pa- « rents, » s'ils s'opposaient à leur vocation, elle ne faisait jamais dans ce cas acte d'autorité. On le vit
clairement quand un de ses disciples favoris, le notaire Christophe de Gano voulut se marier. EUelelaissa « s'en- « gager dans les liens du siècle », puis elle attendit qae Dieu le dégageât.
Aux âmes liées à Jésus-Christ par des vœux, aux prêtres, aux chanoines, aux religieux et religieuses de tous les Ordres, Catherine écrivait : «Vous avez choisi la « voie parfaite du conseil, il faut la suivre jusqu'à la a mort 1 » Puis sans se laisser rebuter par les vices où tombent les orgueilleux que Dieu abandonne à leurs propres forces, elle montrait le devoir et exhortait à 1 accomplir. Ses lettres prouvaient à nombre de prêtres que l'orgueil qu'elle qualifiait < d'infini » même aux fautes les plus honteuses ; si l'expérience le leur avait
hélas appris, elle leur enseignait que Thumilité est la source de toutes les vertus.
Quand la Bienheureuse était chargée de diriger des couveuts, elle y établissait tout d'abord la paix. <c Vous « vous êtes unis, » écrivait-elle, « non point pour être « divisés par la haine ou la rancune, mais pour être liés a le» uns aux autres par la charité, sans laquelle vous « ne pourriez plaire à Dieu. » Pais elle parlait de rob" servance des trois grands vœux et faisait rougir ceux et celles qui y étaient infidèles. « Si vous n'observez « pas ce que vous avez promis, » disait-elle, « vous « êtes pires que des démons. » Flétrissant les ruses des religieux comme elle flétrissait celles des laïques, elle demandait ce qu'on pensaif d'une pauvreté qui frustrait les héritiers naturels au profit de la sensualité, d'une pauvreté, qui ne renonçait, ni au luxe, ni à l'oisiveté^ ni à l'amour de soi sous toutes les formes, d'une obéissance qui ne reconnaisi?ait d'autre joug qtie celui du
démon ? Awt-on iscfuaé d'être un époux ou une épouse fieJon le monde aTiit-on juré fidélité au Christ pour le laisser aimer seul, le trahir et se révolter contre lui? «c Gomme vos corps sont renfermés derrière vos « murailles, » écnvail Catherine, «que tos afifections et « T08 désirs soient renfermés et resserrés dans le cœur « du Christ crucifié. Le Christ est jaloux de ses « épouses; si tu aimais d'autres plus que lui, il s'irrite- «c rait contre toi. N'imite pas les cinq Vierges folles « qui mettaient vainement leur seule gloire dans la vir* « ginité et la pureté du corps. Elles perdirent la vir- « ginité de l'âme, parce qu'elles ne possédaient pas « rhuile de l'humilité. C'est pourquoi il leur fut dit : « Allez acheter de l'huile, c'est-à-dire les flatteries et les « louanges des hommes. Avec vos bonnes œuvres vous « avez voulu acquérir non la vie étemelle, mais les « louanges du monde ; allez-donc en acheter, vous n'en- « trerez pas aux noces éternelles. »
Les pèlerins qui, voyant le but, ne regardaient « ni « aux joies, ni aux btigues du chemin, » ceux que « la « vertu avait affranchis de toute servitude, » profitaient pleinement des conseils de la Bienheureuse. Là il ne é*agis8ait plus de combattre les artifices de l'amourpropre, il s'agissait de combattre les artifices du démon, « de tuer la volonté spirituelle qui survit à la volonté « proprement dite. » « La foi humble, » écrivait Cathc- «t rine, ne recherche les mystères cachés de Dieu ni en « soi ni chez les autres, ni dans les choses visibles et « invisibles; elle cherche seulement à se connaître elle- « même, à voir partout rétemelle volonté de Dieu, à .» prendre goût à sa charité. Beaucoup d'hommes s'tmi« brouillent l'inteUigence ; d*un ceil plein de ténèbres
« ik prélendcBt annr ht Santùt j&'.ritugft et f esEpliqomt
« à leur manière ; ans^ ée la ^ie H» tdrsnt la mort^ et
« de la. lumière les tnèbnsw Lmir evprit^ qui Asvmt
« être rempli de DieiE^flstreBBpli (ie âait3isûe»:iL»iL'ob—
« serrent pas la loi fftà ■■■> C9t ônposée et lL» venLsit
« donner des lois à Diea^ cMBaSCre 9bï seerets.» (^lant
à laYolonlé, il nefcqtpas la wiiw tTi » eLtaii£ffi»diâseff,
pour la laisser ww m sesl fmkax aéduire par Satas*
« Le démon, » écrit laSsiHl&y « ne paovaat tramper Le»
« senritears de Diea wmtm Fospect du Tîce^ les trooipe
« sous celoi de la Tcrts; à la ^volonté qvd a thsqiii de
« mourir piniftt qpe de CMucatiry il bit jeta- Le;» armes
R qui sont ToraiaoB et les saîntes femaèts[ Je Tondrais
« des consolations an Iîch iks Infenlles dît ihx^ celui
« qui est en proie anx iaalalioBS et aax mmbats^^ noa â
« cause de moi, amis pour le plos grand plabLr et avan-
« (âge de Dieu... An «aladr ^ni soufre des toarmeats
« corporels, Satan ninrmnre : « Sï tn étais guéri ta ponr-
nds « faire beaoconp dehicBy « et illm persuade qu'il ne
« plaît point a Dien en iffff plant non éprenre. » « Hélas l »
écrit la Sainte, « j'ai vn b eaucoup de pénitents qui
« n*onl été ni patients, ni obéissants, parce qu'Us se sont
« appliqués à tner le corps et non la Tolonté; ils nour-
« rissent leur yolonté et tandis qnlls Taccomplissent
« ils ont de railégrease. De se croient pleins de Dien et
« ils ne s'aperçoivent pas qu'ils tombent dans l'amour-
« propre et le &ux jugement. La pénitence coupe le
« vice qui repousse, l'humble obéissance l'arrache. Le
« laî<|ue fend les flots de ce monde avec ses propres bras,
« le religieux avec les bras d autrui, s'il est vraiment
« obéissant, il n'a pas de compte à rendre de lui-même.
» Une des béatitudes principales du Paradis c'est que
<c rime e3t confirmée et établie dans la volonté du Père a Éternel. »
Après tant de sages conseils pour toutes les situations diverses, pour tous les états divers, la Sainte donnait un avis différent à chaque âme. Puis à l'exemple du divin Maître, elle rachetait les créatures par ses souffrances. <K Je veux prendre sur moi vos fautes, » disaitelle, ce en porter la pénitence. » Gela fait, elle désirait disparaître de la pensée d'autrui. « Jésus-Christ ne <c veut pas d'intermédiaire entre lui et l'âme, » répétaitelle : « Je gâte ce que fait Dieu. Je suis ignorante, « mon entendement est bas. Le reste appartient à «l'éternelle vérité, attachez-vous donc à elle et non à « moi ^. » Être regardée comme un instrument inutile dès qu'elle avait accompli les desseins de la Providence convenait à Catherine, mais les hommes ne s'y laissèrent pas tromper et Dieu attesta par d'éclatantes conversions la puissance de sa servante.
Au retour d'Avignon, Alix avait retrouvé à Sienne un de ses vieux parents, Nicolas dei Sarracini, qui après des campagnes en tout pays avait regagné sa patrie, chargé de richesses, afin d'y finir ses jours. Las des autres plaisirs il s'endormait au sein du luxe et de la sensualité. Sa femme, proche parente d'Etienne Macconi avait souvent entendu parler de Catherine. Elle s'unit à Alix pour prier le vieux gentilhomme de recevoir la Bienheureuse. — « Que me ferait cette petite femme
1. Letlere 2,.3, 4, 5, 13, 15, 19, 22, 36, 43, 44, 48, 60, 64, 66, 69, 70, 82. 106* 124, 126, 128, 146, 173, 175, 178, 192, 195, 197, 198, 199. 201, 202, 203, 205, 210, 213, 217, 222, 245, 261, 263, 269, 276, 278, 281,^292, 294. 307* 309, 335, 342, 343, 345, 353, 354, 356, 359.
« pand bien même je resterais avec elle durant cent «ans?» repartit-il aigrement. Néanmoins Nicolas dei Sarracini s'éveilla un matin racontant que la Tertiaire Dominicaine lui était apparue et qu'il allait chez elle s'assurer de la réalité de sa vision. La seule vue de la Sainte convertit le pécheur. S*étant confessé dans Féglise Saint-Dominique où elle priait pour lui, il vint la trouver. « Seigneur, » lui dit-elle, « avez-vous tout avoué ? 30 Le chevalier Tafiirma. « Réfléchissez encore ! » et comme il s'éloignait sans que sa mémoire se fût réveillée, elle lui rappela un péché de jeunesse, commis loin de tout regard alors qu'il guerroyait en PoUille. Le vieillard retourna au confessionnal s'accuser de son oubli ; sans qu'on lui imposât cette pénitence, il raconta à tout venant la merveilleuse révélation que lui avait faite la Sainte et l'année ne s'était pas écoulée, qu'il rendait compte à Dieu de sa longue vie ^.
Si c'était se convertir que de voir Catherine, elle ne parvenait pas toujours à s'entretenir avec les pécheurs aussi promptëment qu'elle l'eût souhaité. Dieu la laissa durant de longs mois solliciter de lui une âme qu'elle était résolue à sauver. Il s'agissait d'un zélé partisan de la faction des DouzCj Nanni de ser Vanni Savini qui, au cours des événements profitait des incessantes divisions publiques pour frapper dans l'ombre ses ennemis personnels. Quand un parti inclinait à la paix il faisait
i . Ed marge du manuscrit de la Legg. Minore (Bib. Gom. de Sienne, Cod. T. n, 6, Pars. II, cap. x), on trouve cette apostille : « lo frate Slelano non solo ebbi familiarità e notizia di questo messer Niccolo ma la sua donna fu mia distretta parente. » B. Baim. Pars II, cap. n?, p. 922-923. Processus (Mss.) attest. F. Barlh. de Dom* p. 319 et suivantes.
surgir des obstacles/ mais si on lui reprochait ses ma-^ hœuvres, il savait se donner comme étranger à lapo*litîque. Vainement on avait * cherché à l'entraîner vers celle qui apaisait toutes les haines; il résistait énergiquement. « A quoi bon voir Catherine? je ne ferai rien de ce qu'elle me dira. » L'influence de Guillaume de Plete triompha do ce parti pris. Nanni promit d'aller à Fontebranda et, désireux de se dégager au plus vite de sa promesse il vint frapper à la porte des Benincasa. La Bienheureuse avait été appelée comme arbitre entre deux ennemis qui s'en remettaienià son jugement, mai» Raymond de Gapoue attendait le retour de sa pénitente, et n'ignorant pas Timporlance qu'elle attachait à causer avec Nanni, il voulut le retenir. « Laissez'-inoi m'en « aller! » disait celui-ci; « j'ai promis à Fr. Guillautie ce de venir écouter cette dame, elle est absente, mes « occupations m'empêchent de rester plus longteinps. » Au risque de le fâcher^ mais certain de fixer son attention, Raymond de Gapoue lui parla de ses vengeances. « Vous êtes prêtre, on dit Gatherine une Sainte, je ne c< mentirai donc pas », s'écria brusquement Nanni. «C'est « moi qui empêche la paix, je veux qu'on l'ignore ; si ce je donnais mon consentement tout s'arrangerait, je « le refuse, il est inutile de me prêcher, c'est déjà beauce coup devons avoir avoué ce que je cache aux autres. » Il se dirigeait vers la porte ; sur le seuil il rencontra Gatherine, mais il lui répéta seulement ce qu'il venait de déclarer, et coupant court à toute exhortation, il entama une vive querelle avec le P. Raymond. Cependant la Sainte eut recours au Créateur plus miséricordieux que les créatures, et soudain Nanni interrompit la nouvelle prière qu'à ce moment décisif elle adressait au
DIHIOfi LES AMES 2&9
Rédempteur. <r Je ne veux point-être assez rustre pour « tout vous refuser; j'ai quatre inimitiés, je consens à ^ sacrifier celle qui vous fera plaisir. » Ces mots s'é* chappaieut à peine des lèvres de Nanni qu'on vit le vi* sage du vindicatif Siennois s'altérer. Malgré lui il tomba à genoux. « Mon Dieu ! quelle paix cette seule parale a donne à mon âme! Quelle vertu triomphe de moi! Je « nepuism'éloignerje suis vaincu; dirigez-moi, Vierge « Sainte, je vous obéirai. » — « Faites pénitence, » dit simplement Catherine. Nanni se confessa sur-le-champ au P. Raymond et, dès qu'il fut réconcilié avec Dieu, Catherine le réconcilia avec ses ennemis. Pour le conspirateur l'heure du repentir sembla être l'heure du châtiment. Ses menées découvertes par la seigneurie le firent jeter en prison. On parlait publiquement dans la ville de sa prochaine exécution, incident trop fréquent à Sienne pour qu'on s'en émût beaucoup. Raymond de Capoue courut porter cette fatale nouvelle à Fontebranda. a Ma mère ,il n'arrivait rien de fâcheux à « Nanni quand il péchait et maintenant le ciel et la < terre semblent se tourner contre lui, il va tomber dans « le désespoir. Ne croyez-vous pas cette plante trop « jeune pour résister à une pareille tempête? i> — « Dieu lui fait grâce des peines éternelles, puisqu'il lui « envoie les peines temporelles » répondit Catherine sans se troubler. Avant peu l'habile {âiRti des Douze fit relâcher ses prisonniers, et Nanni fut Sauvé. Il prouva que l'adversité élargissait son cœur, car au moment où les Réformateurs lui faisaient payer de fortes amendes, au moment où Catherine disait : a Dieu ôte à Naiini le «venin qui l'avait empoisonné, » le gentilhomme appauvri donna en toute propriété son château de Bel-
caro à la Bienheureuse, afin qu'elle y fondit un monastère do femmes^.
Catherine s'occupa activement de cette donation. Il fallut d'abord obtenir l'autorisation de la République, sans laquelle on ne pouvait aliéner les lieux fortifiés; elle y parvint en démontrant que les remparts de Belcaro étaient démantelés *, puis, elle sollicita le consen- ' tement du Pape, qui par une bulle spéciale l'encouragea à établir à Belcaro des religieuses du grand ordre de Saint-Dominique. Le jour solennel où l'on bénit le monastère, qu'on consacrait à sainte Marie des Anges, Grégoire XI, par une gracieuse attention, choisit pour officier à sa place un ami de Catherine, Jean de Gano, abbé de Saint-Antime.
Ce furent alors des courses fréquentes entre Fontebranda et Belcaro. Malgré les rigueurs d'un hiver exceptionnellement froid, les disciples de la Bienheureuse l'accompagnaient et parcouraient à pied avec elle les trois milles qui séparent sa maison de son domaine. Parfois, cheminant ensemble on s'entretenait de Dieu, mais le plus souvent Catherine marchait en ligne droite sans tenir compte d'aucun obstacle. Quand l'orage em* portait les ponts, elle courait sur les eaux de la rivière et passait la Tressa sourde aux cris de ses disciples. Les haies touffues qu'il était dangereux de franchir, ne l'arrêtaient pas davantage. Un jour qu'elle s'engageait