‹ Sainte Catherine de Sienne (volume 2)Chapitre 72 sur 116 · B. Raim. P. II, cap. x, p · texte numérisé non relu

B. Raim. P. II, cap. x, p

2. On trouve aux archives de Sienne. Vol. CXCI, f. 8 et 9 dei Consigli délia Campana la demande de Caterina Domine Lape de contrata Fontis Brandi) aux Défenseurs du peuple. (En date du 25 janvier 1377, ainsi que nous avons pu le vérifler sur le tableau des indictions.)

linsi dans l'épais fourré qui défend l'approche de Belcaro, Pierre Yen ture, voulant la suivre, se creva un'œil. « Ma mère ! » cria-l-il , « secourez- moi. » Néri et Etienne eurent grand peine à rejoindre Catherine, à la ramener près du blessé à qui elle rendit la vue par un simple attouchement. Pierre Yenture n'avait pas eu le temps de remercier la servante de Dieu, qu'elle était déjà arrivée au monastère. Guillaume de Flete l'y attendait pour célébrer la sainte Messe. Raymond de Gapoue, TÏiomas délia Fonte, Barthélémy dei Dominici étaient près de l'autel. Le Saint Sacrifice commença et, quand le prêtre eut achevé la consécration, les yeux guéris de Yenture virent une hostie quitter le ciboire et voler dans la bouche de Gatherine. Par ce miracle, dont tonte l'assistance fut témoin, Dieu semblait bénir le don de Nanni Savini.

Belcaro était un beau lieu. De ses remparts à moitié détruits on apercevait la chaîne des Apennins ; devant soi se dressait Sienne protégée à droite par le Dôme consacré à la Yierge, à gauche par l'église Saint-Dominique. Des forêts séculaires, de fertiles campagnes parsemées de sombres cyprès, achevaient le paysage. Au sein de cette belle nature, Gatherine trouva un refuge contre la curiosité qui la poursuivait avec une ardeur nouvelle, depuis qu'à la chapelle délie Yolte, un cierge enflammé était tombé sur elle et avait brûlé tout entier dans les plis de son voile sans les consumer. Mais si elle goûtait la douceur de la solitude ses devoirs la rappelaient promptement à Sienne. Là seulement elle pouvait exhorter au bien, par l'exemple, ceux dont elle dirigeait la conscience. Sa vie était plus éloquente qu'un traité sur l'humilité. Alors que Dieu l'élevait, elle cher-

chait à s'abaisser, alors qu'il la dispensait des misères de rhumanité, elle se montrait empressée à les accepter. Éclairé sur les conditions de la vie surnaturelle, Raymond de Gapoue la suppliait de ne pas manger, car ses tentatives de repas étaient accompagnées de tortures inouïes. Quand Notre-Seigneur l'y autorisait, elle le faisait cependant, afin d'expier ce qu'elle appelait : a sa ce gourmandise passée, car la gourmandise, » disaitelle , a est incompatible avec la pureté. » J'ai demandé « à Dieu de me punir dès cette vie du péché de gour- « mandise, » ajoutait la Sainte en se mettant à table avec ses compagnes, « j'accepte joyeusement la peine <c qu'il m'envoie. J'évite de scandaliser ceux qui croient a mon jeûne l'œuvre du démon, et par ces souffrances « je suis ramenée à mes facultés naturelles. Si j'étais « trop absorbée, mon corps succomberait. Faisons jusce tice de cette misérable pécheresse ! » Quand, pour la guérir de ses maux on lui proposait d'appeler un médecin, elle refusait en souriant. « Mon Seigneur Jésusce Christ que je tiens si étroitement uni à mon âme me c< guérira quand il voudra, >» répétait-elle avec sainte Agathe : « il peut, s'il le veut me rendre la santé par ce un seul ordre de sa toute-puissance. » Les amis de Catherine étaient trop souvent témoins de la manière merveilleuse dont Dieu la guérissait pour insister davantage.

L'autel que la Bulle papale avait autorisé Catherine à dresser dans" sa cellule, fut pour ses disciples une cause nouvelle d'édification. Chaque jour les Dominicains se disputaient l'honneur d'y célébrer le Saint Sacrifice, car loin des regards profanes la Sainte s'abandonnait aux douceurs de l'amour divin, et ne cherchait

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point à cacher les grâces qn^elle receTait dn ciel. Très souTent, comme cela était arrÎTé une fois à Belcaro, la Sainte Hostie s'échappait des doigts da prêtre et s^élançait sar les lèvres de Catherine. Cne lomière divine transfigurait son visage lorsqu'elle huvait le sang dn Christ avec une telle avidité, que ses dents laissaient leur trace sur les calices de sa chapelle. Chaque jour elle passait de longues heures, ravie en extase. Si elle se taisait, ses membres raidis et ses sueurs sanglantes témoignaient d'une souffrance qui lui était chère, car cette souffrance l'unissait à la Passion du Christ et lui acquérait la gloire des élus ^. Si elle priait à haute voix, d'admirables oraisons aussitôt recueillies par ses fidèles montaient vers le ciel *. Par instants on sentait qu'une lutte s'engageait entre elle et les puissances infernales. Plus d'une fois une force invisible la précipita dans les flammes, d'où elle sortit toujours saine et sauve. « C'est Malaiasca^ la mauvaise béte, le démon qui dé- « vore les âmes, » s'écriait-elle gaiement sans vouloir attacher de prix â son triomphe '.

De tant de parofes de Cadierine, il en est une qu'on peat considérer comme l'expression intime de ses sentiments, comme le résumé de sa direction. « Le cœur, » écrit-elle, «c doit être une lampe que que la charité al- « lume, que l'humilité alimente, quela foi faitresplendir,

1. Proeessns ; attest P. Nacc. — Caff. Giov. da Percena. ^ Fr. Barth. de Sen. D. NarL T. VI, p. 1 ^72-1346, B. Raim. Pais II, op. I, p. 883, cap. Y, p. 898, cap. xvu, p. 932.

2. Oralio XXIII latU Fanno 1377 e racolta per Fr. Raim. op. di 8. Cat. éd. Gigli, Tom. IV, p. 370.

3. B. Raim. Pan. II, cap. i, p. 885. Malataaca die malt tnsaeca raaiine. Legg. min. P. II, cap. n.

« lampe étroite à la base, c'est-à-dire du côte des affecce tiens mondaines, mais largement ouverte vers le ciel a du côté des affections divines. ^ » Catherine s'était rencontrée dans cette pensée avec un trouvère français, qui avait dit :

« Li cuers, au roi, doit estre semblans à Tencensier, a Tout clos envers la terre, et overs ver le ciel. *»

En Italie et en France les disciples de Catherine pratiquèrent le conseil et formèrent leur cœur à Timage de celui de la Sainte.

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