‹ Sainte Catherine de Sienne (volume 2)Chapitre 74 sur 116 · Lettera GX · texte numérisé non relu

Lettera GX

3. On lit sur la marge du Procès de Venise (Gop. de la Bib. Gem.

mort de son mari, tué en pleine yie d'une chute de chevaly s'était mise sous l'austère discipline de la Sainte de Sienne. A l'heure présente , elle déplorait le sort de sa famille chassée de la Seigneurie de Foligno et elle pleurait son frère Trincio lâchement assassiné. Catherine avait connu ce gentilhomme; elle encoura* geait la veuve de Trincio par la promesse que ses descendants seraient un jour remis en possession de Foligno, et elle comptait que cette espérance adoucirait la peine de Blanche. Le chef des Salimbeni, le fougueux Agnolino se montrait prompt à tirer l'épée dans toutes les causes, bonnes ou mauvaises, mais il ne laissait pas sa violence naturelle l'entraîner jusqu'au crime. Ses sœurs avaient toutes formé de brillantes alliances ; pourtant la destinée les traitait diversement. Tandis que Pentasilëe mariée à Ranuccio Farnèse demandait des conseils à Catherine pour vivre en Dieu dans l'excès des prospérités, les comtesses Benoîte et Isa revenaient cacher d'amères déceptions sous le toit fraternel.

Près de tousCatherine fut la bienvenue. Non contente d'apporter à Agnolino les paroles de conciliation de Gione, elle lui amenait contre le gré des l^lomei un rejeton de cette vieille race, Fr. Matthieu, si désireux de mettre fin aux sanglantes querelles de sa famille avec les Salimbeni, que pour venir à la Rocca il quittait sa sœur mourante et encourait la désapprobation de sa

de Sienne) la note suivante : t Dom. Blancina fuit uxor Jovanis Angelioi de Salimbenis qui fuit quasi dominus par decem annos totius civitalis Senarum et debellavit monlem Ilcinuni et obsidione cinsit Qt scribit Silvester Martius in suis annalibus; et fuit soror domino* rom de Fulgineo de Trincis. »

mère. La Sainte domina Agnolino au point que cet homme de guerre passa la majeure partie de son temps à s'entretenir de la paix ; bientôtil en comprit les avantages et il la conclut a^ec nombre de ses ennemis. Les jeunes comtesses trouvèrent une douceur infinie à confier leurs souffrances à Catherine. Benotte avait vu moarir son mari, puis le fiancé auquel de secondes noces allaient l'unir; elle apprit à ne plus se rattacher à des espérances terrestres toujours anéanties. Blessée dans son légitime orgueil, Isa demandait à cet orgueil même de stériles consolations ; elle trouva enfin le seul consolateur, TEsprit-Saint, qui tarit la source des larmes. Par Tétude de saint Thomas, que la Dominicaine savait rendre facile, par ses paroles ardentes d'amour envers Dieu, elle éveilla chez les deux patriciennes siennoises le désir d'abriter derrière les grilles du clottre leur jeunesse désillusionnée. Combattant la résistance d^Agnolino et de Blanche qui, prompts à se séparer des pauvres filles pour les jeter dans les hasards d'alliances humaines, ne pouvaient se résoudre à les abandonner aux miséricordes de Dieu, Catherine offrit à Benoîte d'entrer dans le monastère de Belcaro ; quant à Isa elle l'engagea h ne point quitter l'habit de saint François, qu'elle portait déjà comme tertiaire, pour celui de saint Dominique, a II vaut mieux, » lui dit-elle, v persévérer « dans une religion qu'en changer* » Étendant son influence à toute la famille, Catherine prêcha la paix à Benuccio dei Belforti, fils d'une autre des Salimbeni. Ce seigneur et son cousin Bernard, guelfes toutpuissants à Yolterre, poursuivaient de leurs colères la maison gibeline des Allegretti. Catherine les menaça de l'enfer. « Si on n'aime pasleprochain, » leur écrivit-

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elle, «t on n'aime pas Dieu, car la seule manière dont nous » pouvons être utiles à Dieu, c'est en faisant du bien a au prochain. Celui que la haine porte à tuer se frappe « d'abord lui-même ; quand la haine traverse le cœur tf elle lui ôte la yie de la grâce. » Âpres ce premier conseil, la- Sainte adopta lesBelforti comme ses enfanté spirituels. Par ses virils enseignements elle soutint ceux que la douleur frappait déjà, et elle prépara les autlrefl aux terribles épreuves qu'elle leur prévoyait diott l'avenir *. ^j. /

Les serviteurs du château, que Catherine appelait a la seconde famille », trouvèrent aussi près d'elle des encouragements et des consolations ; de toutes parts les vassaux des Salimbeni venaient à la Bienheureuai^ et elle convertissait un tel nombre de pécheurs que sos confesseurs ne pouvaient suffire à les absoudre. Un criminel échappa cependant à la servante de Dieu et sçm exemple fut pour les autres une salutaire leçon. Gér tait le Siennois Ventura, qui, exilé par les Réform^r teurs, avait trouvé à la Rocca refuge et protection. « Gonfesse-toi, mon fils, » lui dit [Catherine dès qu'çlld l'aperçut. « Si tu ne reçois pas l'absolution ce soir, dt^ « main tu seras dans un lieu d'où tu ne pourras plni « revenir. » Comme si on pouvait tromper la Bienhe i^ reuse par un mensonge. Ventura répondit sans vMtgir qu'il s'était confessé, puis la nuit venue il quitta< la château. Les émissaires de la Seigneurie l 'épiaient^ i il

l. Lcllere lll, 253, 254, 116, lîO, 8l, 103, 68, 114, 112, 113, 115. U prédiclioti de Catherine au sujet des seigneurs de Foligno se réalisa sous le règnedu pape Boniface IX. Bocchino Belforti et plusieurs des siens périrent de la main du boarreau. I •

fut pris, conduit à Sienne et décapité ayant le lendemain ^

A la Rocca, comme à Sienne, la Sainte se montra peu soucieuse de rencontrer les démoniaques. Jamais elle ne les voyait de son plein gré ; il fallait les placer sur son chemin, quand prompte à s'entremettre dans les querelles du voisinage elle quittait le château tantôt 'pour quelques heures, tantôt pour quelques jours. Une fois la comtesse la mit en présence d'une de ses servantes que Tenfer rendait furieuse. « Dieu vous par- '<c donne I madame, » s'écria Catherine : « ne savez-vous «pas que moi-même je suis tourmentée des démons? « vous m'exposez à eux. » Cependant, elle s'approcha de la possédée. « Tu voudrais m'arrèter dans mon «c œuvre de paix, » lui dit-elle; « attends-moi là, » et elle la conduisit près de Fr. Saint, qu'elle venait encore de guérir d'une maladie mortelle. Le vénérable ermite garda la possédée. « Laissez-moi sortir, » criait le démon : ce cette maudite Catherine me tient enchaîné, « c'est ma pire ennemie, je n'en ai pas de plus puisce santé au monde, » et de moment en moment l'esprit de ténèbres racontait tout ce que faisait alors la Sainte. Enfin, Catherine parut, ce Sors à jamais 9e cette créa- <c ture de Dieu, » dit-êfle avec autorité. La démoniaque tomba dans les bras de sa libératrice, et s'y endormit. Au réveil elle avait perdu le souvenir de sa peine et aussi celui de sa délivrance, mais plus de trente témoins du miracle en remerciaient le Seigneur. Plusieurs de ceux-ci connaissaient un obsédé célèbre dans la Maremme et eurent l'idée de l'amener à la Rocca. On le

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