Processus (mss.), altest. P. Vent, de Senis
SA POLITIQUE a83
lia sur un robuste cheval, car il frappait et mordait ses gardiens. En gravissant la montagne, cet homme, que les . puissances infernales avaient depuis longtemps rendu muet, retrouva la parole pour maudire Catherine. Après avoir passé le pont-levis, il arracha les cordes qui le retenaient et se précipita dans la grande salle du châ* teau. La comtesse et ses filles, assises sur des sièges richement drapés, causaient avec François dei Malavolti et quelques autres Siennois ; la Sainte, écartant les fourrures répandues à profusion sur le sol, était accroupie par terre, lorsque le possédé, glissant sur les fleurs odoriférantes qui couvraient le plancher, vint tomber près d'elle. Catherine lui mit la main sur la tète et invoqua Jésus vainqu'eur de l'enfer. Tandis qu'elle priait une quantité de vermine s'échappa des haillons du démo* niaque et couvrit tous les assistants. « Ma mère, » dirent-ils avec une répugnance mal dissimulée, « ôtez « cet homme ; ne voyez vous pas l'état dans lequel il « nous met et vous met vous-même? » D'un sourire la Bienheureuse fit disparaître les objets de ce dégoût et le possédé se releva guéri.
Ces triomphes né furent pas les seuls que pendant le séjour à laUocca la Sainte remporta sur Satan. Il se vengea d'abord en employant les moyens qui lui étaient habituels à cette époque et envoya des démons dans le corps d'un âne que la servante de Dieu montait d'ordinaire. Gomme les pourceaux dont parle l'Évangile, la paisible monture, obéissant alors à une force invi- ^Me, jetait violemment sa maîtresse par terre. Une autre eût été tuée. Catherine se relevait en riant, et le P. Raymond, qui près de Sienne l'avait vue rouler ainsi au fond d'un précipice et en sortir saine et sauve, ras-
surait ceux qu'eussent effrayés de telles [chutes*. Mais bientôt Tétemel ennemi du genre humain passa de ces inutiles épreuves extérieures à de douloureuses épreuves intérieures ; la Sainte s'en plaignit à Dieu, elle s'en plaignit même à ses compagnes, ajoutant avec son intrépidité accoutumée: « Les peines me guérissent, les « peines me donnent la lumièrCi les peines me donnent a la sagesse*. » Le Seigneur la soutint par un redoublement de grâces. Les jeûnes miraculeux, les extases, les visions, les prodigesau moment de la communion, se succédèrent sans trêve. C'était là pour ses nouveaux disciples, une joie que l'un d'eux, Anastase de Montalcino exprima dans les vers les plus touchants. Même les anciens amis de la Bienheureuse virent avec surprise que son intelligence et son activité augmentaient encore ; écrire une seule lettre à- la fois ne lui suffisait plus; maintenant elle dictait simultanément trois lettres différentes à ses trois secrétaires, et, qu'elle fût ravie en extase, ou seulement attentive à ce qu'elle di* sait, on lui trouvait une promptitude d'esprit surprenante. Un jour elle se promenait de long en large dans sa chambre, dictant des lettres à Néri, à Macconi et à Malavolti. L'un écrivait au Souverain Pontife, l'autre an duc de Milan, le troisième à un grand seigneur italien. Soudain les jeunes gens s'aperçurent que par suite d'une distraction ils venaient tous les trois d'écrire la dernière phrase de Catherine sans savoir auquel d'entre eux elle
1. B. Raim. Pars II, et Pars III, cap. viii, p. 055 et 956. Processus (mss.), p. 450. Le P. Carapelli raconte ce fait avec quelques variantes.
2. Orat. XXV, falla il di 26 d'oUobre, alla Rocca-Gigli, t. IV, lelt. 119»
s^adressaît. <c À qui parliez-70U8, ma mère, >^' s'écrierent-iis. « Continuez mes enfants, » répondit- elle, «nous verrons plus .tard. » Les lettres acheyées, les secré^ taires, les relurent, mais bien qu'elles traitassent de sujets absolument différents, la phrase que le hasard leur a^ait donnée en commun s*adaptait parfaitement au sens de chacune ^ Le talent de la Bienheureuse fut c4r lebré à la Rocca. Bientôt on devait y être témoin d'uH curieux miracle.
Catherine, qui déjà avait dû quitter sa mère et nombre do ses compagnes restées les unes au couvent de Monter polciano, les autres dans diverses villes du territoirô, se vit encore contrainte de renoncer aux plos^ cbers de ses compagnons. Grégoire XI la sollicitait de se rendre à Florence afin d'y travailler à la paix, elle envoya le P. Raymond expliquer au Pontife qu'elle était retenue dans sa patrie par des négociations dont la Providence la chargeait. En même temps elle crut répondre aux intentions du Pape en faisant partir pour Florence Etienne Macconi, qu'elle croyait capable de modérer les rebelles.
Cesséparations furent douloureuses à Catherine. Dieu seul le sut et il la consola en exauçant une prière qu'elle lui adressait depuis longtemps. La Bienheureuse désirait savoir écrire; pendant le court repos qu'elle prit après le départ de ses compagnons, saint Jean l'Ë- Tangéliste et saint Thomas d'Aquin lui apparurent et lui communiquèrent cet art, instantanément, sans tra-
1. Aie. dise, elc. La lettre à Uarnabé, duc de Milaii; est perdue; celle à Grégonre XI est sans doute la 252" de Pédition Tommaseo; BOQS igDorons à qui écrivait Malavolti .
yail ou préparation, comme les élus apprennent tout ce quHls ignorent par la seule vue de la science infinie. Quand les messagers célestes disparurent , Catherine s'é- ▼eilla, et ne doutant pas de la réalité de la vision elle saisit le pinceau qu'un artiste occupé à peindre des initiales avait oublié dans sa chambre, et d'une main <c ferme elle écrivit : « Esprit-Saint, viens dans mon <c cœur, attire-le par ta puissance, inspire-moi l'amour <c et la crainte de Dieu, que le Christ me garde de toute «r mauvaise pensée, que son doux amour m'enflamme et « me réchauffe, afin que toute peine me semble légère, «j'implore aide et soutien, dans les nécessités de la vie. « Christ amour 1 Christ amour ! *■ »
Après cette naïve prière, la Bienheureuse s'occupa des voyageurs. Sa première lettre fut pour Macconi. Quand elle sut Raymond de Capoue nommé pour la seconde fois prieur de la Minerve ; quand, éclairée par l'étemelle Vérité, elle vit les troubles d'âme, les luttes de conscience de son confesseur, elle lui adressa un véritable traité de théologie mystique^. Mais, malgré la faciUté avec laquelle Catherine maniait la plume, elle continua à employer ses secrétaires. Peut-être voulait-elle ménager son temps, en dictant plusieurs lettres àlafois; sans doute elle était incapable d'écrire durant ses extases : toujours est-il que ce fut par l'intermédiaire de Néri et de Malavolti qu'elle entretint sa correspondance tant avec sa mère et ses compagnes qu'avec