‹ Sainte Catherine de Sienne (volume 2)Chapitre 79 sur 116 · Leltère · texte numérisé non relu

Leltère

faisaient connaître les œuvres de Dante, les commentaient et les expliquaient aux foules. S'ils parlaient de Dieu, ils attiraient une telle multitude autour de leurs chaires que non seulement la merveilleuse église Sainte- Marie-Nouvelle, mais la place voisine ne pouvant contenir tant de monde, la Seigneurie avait dû faire abattre les maisons environnantes. Enfin, gloire plus pure encore, il n'existait pas dans ce pays de haines, un^débat que les Prêcheurs n'eussent cherché à apaiser '.

Moins influents, peut-être, bien que fort considérés étaient les Olivétains. Catherine connaissait nombre d'entre eux, et sur les hauteurs d'où San Miniato domine la riante vallée d'Arno, elle trouva comme à Sainte- Marie-Nouvelle, un généreux et intelligent concours. Mais nul ne lui fiit aussi secourable qu'un vieux moine de l'ordre de Yallombrosa. Il se nommait Dom Jean délie Celle, et bien avant de le connaître, Catherine avait entendu raconter sa singulière histoire. Rejeton d'une ancienne famille, doué de tout ce qui séduit, revêtu de Thabit religieux avant l'âge du discernement, il s'abandonnait aux vices les plus honteux quand le Prieur Général lui enleva la direction du monastère de Florence, et le condamna à de rudes châtiments. La lumière se fit alors dans l'esprit du religieux; il se soumit et triompha de lui-même. Plus tard au lieu de reprendre ses dignités comme on l'y autorisait, il alla cacher sa pénitence dans les forêts qui dominent l'abbaye de Yallombrosa et devint un homme nouveau. Lorsqu'il sortit de sa

1. Memori dei più insigni pittori, scultori ed architetli Domenîcaoi, per il padre V. Marchese. Firenze, Le Moonier 1854. T. I, L. I, cap. Il, p.3(K7, t. IX; p. 117. Gin. Gapp. vol. I, Ub. Il, cap. vui, p. 155.

solitude, ses compatriotes oublieux de ses anciens vices, en présence de ses héroïques vertus, lui confièrent leurs fils, surs qu'il les fortifierait contre les tentations où lui-même avait succombé.

Dès ses premiers voyages à Florence la Bienheureuse s'était mise en rapports avec Dom Jean délie Celle. L'ermite avait amené ses disciples à la Tertiaire dominicaine; avec eux il s'instruisait à son école. Elle lui prouva sa puissance en le guérissant miraculeusement d^une maladie dangereuse. Un malentendu survenu entre eux resserra encore leur amitié. Se méprenant sur le sens des paroles de Catherine lorsqu'elle prêchait la Croisade, Dom Jean avait cru qu'elle voulait aller en terre sainte avec ses compagnes, et il la blâma hautement. Quand Guillaume de Flete avertit le religieux de son erreur, ce fut pour lui roccasion d'exprimer en se rétractant la vénération que lui inspirait la Sainte de Sienne.

Depuis le commencement de la guerre Catherine et Dom Jean s'entretenaient souvent des intérêts de l'Eglise'. Jadis ils s'étaient unis pour prêcher la paix aux condottieri toscans. Plus tard ils combattaient ensemble la secte des fratricelles, qui, professant une orgueilleuse pauvreté prétendait réformer le clergé par l'hérésie, et parfois dans les discussions publiques, on se demanda si l'éloquence de la jeune sainte ne l'emportait pas sur la science du vieux moine*. Maintenant ils formaient une association de fidèles décidés à ne point pénétrer dans les églises tant que le Souverain Pontife

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