Letl. 295| b. Haim. Pars. II, cap. viii. p
a noise,», criait la populace. En un instant la demeure où Catherine avait été si joyeusement accueillie ne fut plus qu'un monceau de cendres. Plus loin les Manelli se vengeaient d'avoir été admonestés, en hrûlant le splendide palais Canigiani dont les avis de Catherine n'avaient pu bannir les ameublements fastueux et le luxe royal cher aux Florentins. Â la lueur des incendies on saisissait ses ennemis, ou ceux dont quelque meneur jetait le nom à la foule : « Faut-il épargner te. Siennoise ce auteur de tous les maux, » cria un forcené ? «c Prenons a cette criminelle, brûlons-la, coupons-la par morccceaux, prépondirent des centaines de voix- Entendant CCS vociférations, d'honnêtes gens du voisinage qui, au début des troubles avaient recueilli les Siennois, prirent peur et les renvoyèrent de chez eux. La nuit tombait; Catherine ne sachant où reposer sa tète, partit pourtant sans se plaindre, et entra avec ses disciples dans un jardin désert. Elle y était en prières lorsque tout à coup des hommes armés d'épées et de bâtons y pénétrèrent; à grands cris, ils appelaient Catherine de Sienne. Etaitce le martyre ? La Sainte le crut et courut à la rencontre des bourreaux. « Au nom du Tout-Puissant, je vous « ordonne de ne toucher à aucun des miens; » cria-t-elle d'un ton d'autorité qui arrêta la foule ; puis tombante genoux devant un homme qui brandissait une épée nue en proférant d'horribles menaces, elle ajouta avec un indicible accent de désir et d'espoir : « C'est moi qui « «uis Catherine I faites ce que Dieu vous permet. » L'homme recula ; il semblait que les paroles de la Bienheureuse fussent <K autant de glaives qui le frappaient au « cœur. » — « Retirez-vous ! » murmura-t-il ; mais comme si elle implorait une grâce, elle continua : « Pourquoi
« fuir I je veux souffrir' pour Dieu et pour l'Église ; j'ai a trouvé ce que je cherchais I Vous êtes chargé de me « tuer ; agissez sans crainte, je ne m'échapperai pas. » On vit alors les assassins terrifiés fuir devant la douce victime. Les disciples de Catherine l'entourèrent, elle éclata en sanglots, son cœur se brisait d'amour et de regret. « Que je suis malheureuse ! » disait-elle, « à « cause de mes péchés mon sang ne se mêlera pas au a sang qui ressuscite les morts : je ne puis mourir pour « le Christ comme il est mort pour moi. » Cependant sûre d'être exaucée par Celui auquel elle s'était offerte en holocauste, elle l'invoqua afin d'arrêter les mains des citoyens prêts à s'entre-égorger, et ses prières obtinrent une trêve.
Ce don du ciel auquel les hommes n'avaient point de part, il fallait se hâter d'en profiter pour se mettre en sûreté. Les amis de Catherine le comprirent; ils se préparèrent à sortir de Florence et voulurent lui persuader de les suivre. Elle leur répondit que tel n'était pas son devoir. Le Saint-Père l'avait envoyée négocier la paix, elle ne quitterait le territoire de la République que lorsque la paix serait conclue. Tout ce qu'on put obtenir d'elle et cela sans doute par l'intervention de ses supérieurs spirituels, ce fut de se dérober aux nouveaux périls dont on sentait l'approche et et de quitter la maison que Nicolas Sodérini et Pierre Cauigiani lui avaient fait construire au pied de Saint- Georges ^ Les religieuses de San Pietro à Monticelli
1. Scipione Ammirato (L. XIII, p. 711, Pars I, T. II) dit que cette maison lot fut donnée par Sodérini. Marchione Stefani assure au contraire qu'elle la dut aux Ganigiani; certains passages des docu-
lui offraient un asile : on Vy conduisit avec ses eompagnes, et comme Tune de celles-ci, blessée au pied, craignait de rester seule à Florence, la Sainte la guérit par un miracle.
Bientôt Catherine répandit des faveurs sur toute la campagne florentine. Â sa voix jaillirent des sources limpides, à sa prière le vent emporta les orages '. Cependant elle rendait compte de sa mission au Pape Urbain VI, successeur de Grégoire XI ; elle l'entretenait longuement de la nécessité de conclure la paix, de l'opportunité de la croisade; elle faisait à peine allusion au péril qui Tavait menacée; car Tinsurrection, elle le savait, n'empêcherait pas la République de poursuivre ses négociations avec Rome. Le seul désir qu'elle exprimât pour elle-même c'était d'être rendue à sa patrie ^. En même temps elle exhortait ses amis, ruinés, admonestés, exilés, à profiter chrétiennement de leurs épreuves. Pierre Canigiani avait prolongé jusque dans sa vieillesse le goût et les soucis de l'action. Au seuil de l'éternité il fixait encore ses regards curieux presque avides, sur un monde où il n'avait plus d'avenir. Catherine lui fit comprendre que puisque Dieu lui créait des loisirs en le faisant frapper de mort politique, il devait employer ces loisirs à se préparer au jugement, et elle lui traça un règlement de vie. Ristoro qu'elle avait si souvent supplié de ne point briguer, et même de refuser les charges où l'on est exposé à offenser le prochain et à commettre des fautes dont
ments nous font supposer que plusieurs Florenlins s'unirent pour offrir l'hospitalité à l'ambassadrice du Pape.
1. Legg. Min. Pars: II, cap. vju. Gigli,Voc. Cal. T. II. p. 'i58.