Lettera
plus tard on rougit, Ristoro, coupable, désabusé et puni, trouva que la Sainte avait vu clair dans l'avenir. II apprit d^elle à aimer la vérité et à porter ses peines avec une a cordiale allégresse. » Au brui des tumultes populaires elle l'entretenait de la révolte des forces secrètes de la vie contre l'homme, de la lutte de la nature et de la grftce. Â celui qui venait de perdre les biens et les honneurs du monde, elle vantait la possession de la grâce de Dieu qui nous appartient en propre et ne peut nous ^êlre enlevée. Devant les ruines fumantes encore de son palais, elle lui faisait toucher du doigt l'instabilité de la fortune, elle lui montrait la folie de dépenser son avoir en riches ameublements. « C'est pour mou- « rir qu'il faut vivre, » lui écrivait- elle, « le jugement « des hommes ne pèsera de rien dans la balance du « Juge suprême, et nous n'emporterons avec nous que « le bien ou le mal que nous aurons fait. L'insensé « étend les bras et embrasse toutes les délices de ce « monde par l'ardeur de ses désirs. A l'heure de la mort V il ne lui reste que l'aiguillon de la conscience et la « honte d'avoir mal agi. Gomme le fou, comme celui « que berce un songe, il nageait en rêve au sein du « bonheur. Ëveillé il ne trouve plus rien, car il avait « cherché le bien dans le mal, la lumière dans les té- « nèbres, la vie dans la' mort, la richesse dans la « pauvreté, l'infini dans les choses finies. Chassez le « monde de vos affections, » ajoutait-elle, pour conclure, « car il vous chasse des siennes. » Au courageux Sodérini, Catherine rappelait que les biens de la terre étant seulement prêtés, il faut savoir les rendre à Dieu quand il les redemande, mais tout en l'exhortant . avec saint Paul à se railler du monde, comme le monde se raillait
de lui, elle laissait entrevoir à l'exilé le retour dans la patrie ^ .
Les affaires de la République changèrent en effet de face. Un apaisement momentané permit à Catherine de rentrer à Florence avec Nicolas Sodérini qui fut heureux de trouver un refuge dans la petite maison de la Sainte. Mais le calme dura peu. Déjà on comptait des mécontents parmi les seigneurs gibelins ! Le bas peuple, dont les meneurs avaient su eo mettre en sûreté, craignait d'être puni de ses incendies et de ses pillages. En commettre de nouveaux, augmenter le nombre, des coupables et des victimes était, se disait-il, le seul moyen de s'assurer l'impunité. « Quand il y a beaucoup de criminels, a nul n'est puni : » ainsi raisonnaient ces hommes accoutumés aux révolutions, « on châtie les fautes, « mais on récompense les forfaits. Si tous sont frap- « pés par un même désastre, personne ne cherche à se « venger, car on supporte plus facilement la ruine gé- « nérale que les pertes individuelles. » Les plus ardents à fomenter une émeute étaient les Giompi, ou ouvriers sotto-postiy soumis aux autres* qui ne faisaient partie d'aucun art majeur ou mineur. Dans les révolutions, la fortune ne les avait point encore portés au faîte, maintenant ils voulaient leur tour. Pourquoi prodigueraientils leurs sueurs à des maîtres dont les richesses s'accroissaient à leurs dépens? Pourquoi ne frapperait-t-on pas au contraire les riches d'une taxe progressive ? S'excitant les uns les autres, ils déclaraient que l'antiquité
1. Pierre Canigiani fut déclaré sopraggrande. Nicolas Sodérini fol envoyé à 50 milles de la ville. (Marchione dei Stephani L. X. rub. 796) Lettere 96 ; 258, 266, 279, 299, 301 ; 297.
de la race ne signifie rien, puisque tous ont la même origine, que la différence entre les hommes vient de Tautoritë et de la richesse. Le pauvre honnête, ils le savaient par expérience, ne devient jamais riche, il fallait donc s'emparer violemment des biens de la terre, le succès justifierait les moyens. Forts de ces principes, animés de ces sentiments, les Ciompi se soulevèrent et prirent en main le pouvoir. Mais c'était à bon droit que tes Grands prétendaient mieux supporter la défaite que la populace la victoire. On marcha de révolution en révolution, et le sang coula à flots dans la ville en flammes.
Dans le même temps Catherine poursuivait ses négociations pour la paix que les dernières émeutes favorisaient en quelque sorte puisque lo parti populaire emprisonnait nombre d'ennemis de Rome. Au milieu de ces désordres elle se dirigea d'un pas ferme vers le but qu'elle avait résolu d'atteindre, et d'atteindre promptement, pressentant que l'Église serait bientôt engagée dans une lutte plus terrible que la guerre avec Florence *.
Tant d'efforts, tant de prières surtout, reçurent enfin leur salaire. Catherine put déclarer à Urbain VI que Florence serait désormais le plus fidèle soutien de la papauté et, pendant les derniers jours de juillet un envoyé du Saint-Siège y apporta l'olivier de la paix. «Réjouissez-
1. Machiavelli, Istoric Fiorentine. L. III. Tumulto de' Ciompi, scritto da Dino Capponi. Fir. Barbera, 1862. Moti Fiorentini del 1378 dei quali ebbe Sta Gaterina da Siena a patire. Niccolo Tommaseo. Arch. Storico Italiano. Nuova série T. XII. Pars. I, p. 21 et 45. Une insurreclicn ouvrière à Florence en 1378. par L. Simonin. {Journal des Économistes.)
a 70U8, mes enfants, réjouissez-vous et remerciez Dieu « par de douces larmes, » dit alors l'ambassadrice à ses amis, « les morts sont ressuscites, les muets parlent et « crient àhautevoix: Paix, paix, paix! grâces vous soient « rendues Seigneur, qui nous avez réconciliés avec « notre Père. * »