B. Raim. Pars. III, cap. I, p
Elle n'igQorait rien des dissensions survenues dans TÉglise. Dès le printemps, les Florentins Taraient entretenue des détails de l'élection d'Urbain VI, élection troublée d'un côté par l'ambition des Français, et de l'autre par les prétentions des Bannerets et du peuple romain. Tandis que les Cardinaux ne songeaient qu'à leurs brigues, la populace se rassemblait devant le Vatican.: « Donnez-nous un. pape romain ou « au moins italien, » criait-elle, et elle menaçait les prélats a de rendre leurs têtes plus rouges que leurs « chapeaux. » Des témoins oculaires avaient raconté ces scènes à Catherine en lui dépeignant la terreur des membres du Conclave qui, au dire de l'un d'eux, préféraient mourir « confesseurs que martyrs. » Elle avait su les péripéties de l'émeute, la présentation d'un faux pape, le vieux Tebaldeschi, enfin, elle s'était réjouie du vote du Sacré-Collège, de l'intronisation de Barthélémy Prignano qui prit le nom d'Urbain VL
Ge choix assurait à Catherine la durée de son œuvre. Sous la garde d'un Italien le saint-Siège resterait à Rome. Elle loua le soin avec lequel le nouvel élu, profondément versé dans les sciences canoniques, fit constater la validité de son élection; elle approuva la solennité que les cardinaux mettaient à proclamer l'accession d'Urbain au trône pontifical et pourtant elle le sentait, les maux qu'elle avait annoncés dès 1375 étaient proches. Bientôt elle vit que les qualités et les défauts du Pape contribuaient également à lui aliéner les esprits. Les réformes qu'il entendait introduire dans les mœurs du clergé, l'austérité de sa propre vie, tournaient contre lui les coupables et les lâches; en même temps par son caractère orgueilleux et colère, il blessait non seulement
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sa cour, mais encore des sou^emiis étrangers défenseurs zélés du Saint-Siège. Les cardinaux trouvant un prétexte dans les conditions inaccoutumées de l'élection songèrent alors à renverser par la violence le pouvoir qui, peut-^tre, devait son origine à leur £ûblesse. Peu soucieux de leur propre honneur et de celui de l'Église, ils s'entendirent avec les quatre Français restés à Avignon et, sûrs que nombre de princes et de citoyens, mécontents d'Urbain YI entreraient dans leur parti ils osèrent enjoindre à celui qu'ils avaient eux-méme3 nommé de se démettre de la dignité souveraine.
Catherine était à Sienne quand elle apprit cette incroyable nouvelle. Elle supplia, elle menaça les cardinaux, qui presque tous rêvaient la tiare et tendaient des mains avides vers les biens et les honneurs. «-Ne « changez pas même au prix de tout ce que le monde « peut donner, » écrivit-elle à Pierre de Lune, le plus ambitieux d'entre eux ; mais on ne l'écouta pas. Les prélats retirés dans la petite ville de Fondi et protégés contre la mort qu'ils craignaient si fort, par une troupe de mercenaires gascons et bretons, s'entendirent pour procéder à une nouvelle élection. Avant d'aller aux nmes chacun flattait tout haut l'ambition d'autrui et croyait en secret à sdn propre succès. Le plus jeune du conclave fut le plus habile, et le 20 septembre 1378 on proclama Robert de Genève Pape sous le nom de aément VIL
Si, docile aux conseils de Catherine, Urbain YI se fut éclairé auprès des fidèles serviteurs de l'Église, il aurait mieux jugé la marche des événements, car, ainsi qu'elle le lui répétait souvent, la puissance souveraine ne donne pas plus de portée au regard et ne fait pas voir
plus de choses qu'un seul homme n'en peut voir. Si, selon les avis de la Sainte il avait dompté sa propre violence, si, malgré les défections il avait continué à réformer sa cour devenue « ]in enfer d'iniquités », il eût marché d'un pas digne dans une voie douloureuse mais droite. Si comme Catherine Ten conjurait il avait dès le mois de juin créé de nouyeauz et saints cardinaux, il aurait peut-^tre évité le schisme. Il sentit tout cela quand humilié, abandonné, convaincu de ses erreurs depuis qu'il en portait la peine, il se trouva engagé dans une lutte dont la chrétienté entière était le théâtre.
Toujours juste, Catherine le blâma de ses fautes, mais elle le soutint contre « les démons incamés qui donnaient naissance à l'antechrist » ; et elle lui promit que l'hérésie et le scandale retomberaient sur ceux qui en étaient la cause. Ce fut alors qu'il l'appela près de lui^
La Bienheureuse se mit en route dès les premiers jours de 'novembre, huit de ses compagnes, seize de ses disciples marchaient sur ses pas, et sa suite eût été bien plus nombreuse si elle l'avait permis, car ses enfants spirituels aimaîentmieux, disaient-ils, mendier leur pain près d'elle, que vivre chez eux dans l'abondance. En voyant passer ces hommes et ces femmes dont la vertu éprouvée par la mortification ne reculait devant aucune fatigue, en apprenant qu'ils voyageaient sans argent, confiants dans la charité du prochain, les villageois toscans songeaient aux Apôtres et aux Saintes
1. Letl. 293, 291, 302, 305, 306. Longval et Berthier, T. XIV, p 215 à 242.
femmes qui jadis abandonnaient tout pour suivre Notre- Seigneur sur les chemins de la Judée.
Tantôt les voyageurs longeaient le cours de l'Arbie, tantôt il leur fallait traverser des plaines de sable aride. Plus loin, des forêts de chênes verts donnaient, maigre la saison, l'illusion de l'été; enfin les pâles eaux du Tibre guidèrent les Siennois dans une vallée que dominaient les forteresses des barons. Catherine marchait résolument, résolument elle s'éloignait de sa chère patrie ; mais son intrépide gaieté était voilée d'un nuage de tristesse : « On est dans un temps de larmes, » disaitelle à ses fidèles en les exhortant à prier pour l'Église ^
Le28 novembre 1378, Catherine entra pour la première fois dans la ville ou ses eihortations avaient ramené le successeur des apôtres; son triomphe, resté dans la mémoire de tous, était effacé de la sienne ; elle ne songeait qu'aux malheurs présents de la papauté et, s'unissant aux Romains qui célébraient l'Office du premier dimanche de TAvent, elle criait à Dieu: « ParcCy Domine^ parce •« populo trw^. » Sa rencontre avec le P. Raymond, venu au-devant d'elle jusqu'à l'antique porte Flaminia, ne fut pas sans mélancolie. Désolé par les épreuves de TÉglise, effrayé de l'avenir, le Dominicain rappelait à sa pénitente les prédictions qu'elle lui faisait à Pise : « Quand le Saint-Père voudra réformer les mœurs des
l.CatherÎDe, qui voyageait à pied ou à âne, alla sans nul doute en ligne droite de Sienne à Homej mais aucun document n'en fait foi. Ecrivant avant son départ (Leltera 316) à S' Daniella qui habitait Onriele, elle lui disait : « Non so che via mi terro, » je ne sais quel chemin je prendrai.