LeUera
« prélats, » avait-elle dit, « ils diviseront l'Église I *> Maintenant la prophétie était accomplie. « Hélas! » murmura Catherine, « ce que vous vous voyez n'es^ ce qu'un jeu d'enfant en comparaison des maux dont Icd « pays voisins seront le théâtre*.» "Cette nouvelle préi diction était douloureuse. Raymond de Capoue cherchai une lueur d'espérance. « Ma mère, qu'arrivera-t-il ce après tous ces maux? » Le visage de la Sainte s'éclaira, ce En y songeant, mon âme tressaille d'allégresse : Dieu ce purifiera et réformera le clergé, il éveillera l'âme de ce ses élus; les peuples fidèles se réjouiront d'avoir de ce saints pasteurs et les infidèles reviendront au berce cail. Rendez grâces à Dieu du calme qui suivra la ce tempête*. »
Mais ces joies étaient réservées aux générations futuils et Catherine, occupée du présent, se mit en marche dans les rues de Rome. Ce n'était point au Vatican qu'elle se rendait, carie fort Saint-Ange resté aux mains des rebelles dominait et menaçait l'anticfue palais de Constantin. Urbain VI, comme exilé dans Rome, avait dû se réfugier au delà du Tibre près de Téglise Santa Maria in Trastevere, lieu consacré par des miracles depuis la naissance de Notre-Seigneur.
En foulant cette terre romaine Catherine « sentait « bouillonner sous ses pieds le sang généreux des marée tyrs ; 3> mais elle se demandait si les plaintes de Pétrarque dont elle avait souvent entendu l'écho n'étaient
1. B. Raim. Pars II, cap. xiv, p. 924. Les gaerres des Deax- Siciles n'accomplirent que trop cette prédiction.
2. Le concile de Constance j et aussi, selon une opinion que nous ne partageons pas, le concile de Trente, répondirent aux espérances que la Sainte avait exprimées.
LE GaABB SCHlSafK D'OOCJDKST 327
point dépassées par la réalité. De loîit, elle aperceTut des coUbiea solitûres abandonnées par crainte de la fièrre ; an milîeD de la TîUe, llierbe conmit les dalles, on sentait Rome trop Taste pour ses rares habitants. Les temples antiijiies, les Tliermes, le Golîsée loî-mème portant la trace de rari^es récents, pins barbares qne les déprédations des Hnns on des Vandales, étaient doTenns autant de carrières d^où les Barons tiraient des matériaux ponr leurs forteresses. Dus les mes, ancane uiimation, nul vestige de commerce, d'industrie. Le noble se défiant à la fois dn peuple et des mercenaires, caché sons son armnre milanaise, passait comme un étranger. L'artisan se rendait sans ardeur à des travaux, dont, grâce aux troubles civils, il ne recueillait pas toujours le prix. Si an milieu des nuages de poussière soulerés par leurs longues traînes: 31
« Drappi looghi ke la pohrora mena, >
disait un contemporain, on distinguait quelques femmes, leur costume les faisait ressembler à des Romaines de la décadence et non à des citoyennes de la yille des apôtres.
Après avoir traversé la place Navone en se recommandant aux prières de la martyre Sainte Agnès, Catherine passa le Tibre et arriva au palais du Pape. Dès son premier entretien avec Urbain VI, elle eut la preuve de ce que la renommée lui faisait pressentir. Depuis son élection au trône pontifical Barthélémy Prignano avait fort changé. C'était toujours l'esprit cultivé, l'intelligence ouverte, la science consommée, la pureté de mœurs qui avaient plu à Catherine quand» en 1376, elle
voyait le prélat à Avignon. Mais qu'étaient devenus Tamour du prochain, l'humilité, la discrétion, l'austère désintéressement qui le distinguaient alors? Hautain, orgueilleux, avide d'honneurs pour lui et pour sa famille, oublieux des droits d'autrui, il s'emportait contre tout ce qui contrariait son impétueuse et changeante volonté. La Sainte lui prêcha la modération, la douceur, la toute-puissante charité, puis elle fit voir une si rare intelligence des hommes, des événements, des moyens d'action qu'il réunit les Cardinaux autour d'elle et la pria de les entretenir du Schisme.
Tous avaient été nommés par le Pape le 18 septembre 1378. Parmi eux Catherine distingua une des lumières de sou Ordre, Nicolas Mesquino, de la maison napolitaine des Caracciolo, et elle reconnut un de ses fils spirituels Bonaventure Badoara de Padoue, Général des Ermites de Saint-Augustin. Philippe d'Alençon, prince du sang royal de France, et Etienne Colonna donnaient à cette assemblée le lustre du rang; Renaud deMonteruc, célèbre docteur en droit canon, lui prêtait l'éclat du savoir; mais c'était surtout par le dévouement à TÉglise et par l'inattaquable vertu qu'il importait aux Cardinaux de se distinguer. L'humble fille du peuple qui n'avait d'autre science que la science de la croiX; instruisit ces princes de l'Église comme jadis Jésus enfant instruisait les docteurs de la loi. Elle parla du schisme avec la hardiesse d'une âme qui lit dans les desseins providentiels. La fermeté, la constance, voilà les armes qui conviennent aux cardinaux pour livrer bataille à l'erreur. La Providence, qui veille sur tous, veille plus miséricordieusement encore sur les cham^ pions de l'Eglise souffrants dans sa cause ; le deyou
des cardinaux est clair, leur travail sera de courte durée, leur récompense étemelle. Kéloquence de Catherine embrassa le «passé, le présent et Tavenir, la lutte et la paix. « Ce n'est point une femme qui parle, » s'écrièrent les membres du Sacré-Collège, « le Saint-Esprit lui-même s'échappe de ses douces lèvres. » Alors Urbain Ylse leva. « Voyez, mes frères, quelle est notre « pusillanimité : une faible femme nous confond; c'est « elle qui devrait craindre et elle nous encourage. » Puis, comme si l'esprit qui animait Catherine passait en lui, il ajouta : « Que peut redouter le Vicaire de Je- « sus-Christ? Quand le monde entier serait contre lui, « le Christ tout-puissant est plus fort que le monde, « et il n'abandonnera pas son Eglise ^ »
Lorsqu'elle quitta le Souverain Pontife, Catherine se rendit à la maison qu'on lui avait préparée dans le Rione di Colonna, à l'ombre du Monte Pincio. De là elle écrivit sans trêve ni repos. Sa première lettre fut pour les trois cardinaux italiens membres du sacré collège qui avait nommé Urbain VI. Mécontents à la fois du Pape qui voulait réformer leur vie, et des Clémentins qui avaient séduit chacun d'eux par la trompeuse promesse de la tiare, ils s^étaient retirés à Tagliacozzo et réclamaient l'intervention d'un concile général. Pouvait-on les juger sincères? Catherine ne le crut pas, et les accusa ouvertement de duplicité. N'ont-ils pas, leur dit-elle, élu Barthélémy Prignano?ne l'ont-ils pas proclamé Pape devant la chrétienté? N*ont-ils pas sollicité et ob-
1. Lett. 329-334. Petrarch. L. II, Ep. V et XII. Liv. VI, Ep. II. Maimbonrg. Hist.du Grand Schisme d'Occident, Lib. I, p. 54 à 60. Long, et Berth. T. XIY, p. 224 à 245.Legg. Min. Parte III, cap. I,B. Raim> Parslll, cap. i, p. 937.
tenu de lui des grâces que seul le Pape peut accorder? Sont-ils donc simoniaques en usant des dons d'un &ux Pape? Mentaient-ils alors? mentent-ilff maintenant? Revenant sur le passé, elle leur rappelait, dans un simple exposé des faits, que c'était à leur pusillanimité devant l'émeute cp'on devait l'élection simulée de Tebaldeschi et non celle d'Urbain VI. Ils pourraient lui objecter, elle le sait, qu'ayant fait l'élection, ils connaissent la vérité mieux qu'elle ; mais elle leur répondra qu'elle les a maintes fois convaincus de mensonge, que leur vie rend d'eux un mauvais témoignage. Elles les conjure, elle les presse de rentrer dans le devoir, elle veut faire parler en eux l'amour de la patrie. Avec un sentiment que les guerres des républiques entre elles avaient laissé dans bien peu de cœurs, elle écrivit au Florentin Gofsini, au Milanais Borzano et au fier Orsini, patricien de Rome. « Les Français peuvent être poussés par les intérêts ulc tramontains ; mais vous, vous êtes des Italiens corn- « patriotes du Pape. » Afin de calmer le chagrin su-perbe de ces orgueilleux blessés par la violence d'Urbain VI, elle trouve des expressions d'une singulière tendresse. Ses prières implorent le Seigneur, ses larmes coulent nuit et jour pour les Cardinaux. Elle voudrait les voir, leur parler. Aussi énergiqpie envers la faute que douce envers le repentir, elle leur prouve que s'ils persistent dans leur révolte, ils ne sont plus les colonnes de l'Eglise, mais des fétus de paille pourris par l'orgueil^ des coupables que la terre engloutirait, que les bêtes fauves dévoreraient sans l'infinie bonté de Dieu. Au contraire, s'ils renoncent à séduire la vérité, s'ils se convertissent, les ailes de la miséricorde divine s'ouvriront et les abriteront à jamais.
LE GRAND SCHlaiS D'OCCIDEBT 331
En même temps CstheriBe nppeU &a sentimeal du devoir le comte de Fondi, chez lequel s'éuit tramée 1> récente conspintion dta Gftrdûuax. Allant droit ul bot, elle ne lui expliquait pks la validité de l'élection do Pape : car Honoré Gaetani reconnaissait, dans le secret de son cceor, les droits d'Urbain YI, mais elle insistait sur les rucnnee pervonitellea da comte de Fondi contre le Sonverain Pontife. La liaine l'aTenglerait elle au point de lui faire méconnaître la lérité ? Parce qu'Ui^ bain VI a injostement confisqué ses États, ^rossira-t-il le nombre des hommes que l'intérêt personnel atache à l'antipape? enfin, eDcourra-t-ii l'infaillible châtiment rêserTë aoz ennemis de l'Eglise?
La snzeraine da comte de Fondi, la reine de Naples, se détachait aussi d'Urbain. Offensée du mcpris avec lequel il avail reçu ses cadeaux et surloat l'inexplicable hauteur du Pontife envers Othon de Bmnsn'ick qu'elle venait d'épouser en troisièmes noces, Jeanne passait contre les întérète de son peuple au parti de Clément VII. Déjà avant de qnitter tienne, la Sainte avait uiressé à la reine un plaidoyer contre les Cardinaux rebelles. Elle mettait Jeanne en face de la vérité et multipliait avec une éloquente logique lee raisonnements et les preuves. Puis, entraînée par son sujet, elle s'adressait aux Cardinaux présents àsa pensée. «Vous n'êtes <i pas des hommes, » disait-elle, « mais plutôt des déu mons visibles; l'amour insensé de votre corps mortel ' TOUS aveugle. Quand le pape que vous aviez réguliè- " rement élu a voulu corriger vos mœurs, vous avei <> jelé votre venin et vous avez dit qu'il n'était point
■ Pape. Vous prétendez l'avoir nommé par peur dr»
■ colères du peuple. Comment pourriei-vous prouvur
<c VOS dires? Ils sont faux. S'ils étaient vrais, vous méa riteriez la mort, pour avoir élu le Pape, non dans la a crainte de Dieu, mais dans la crainte des hommes. « Puisqu'Urbain VI n'était pas Pape, qui vous portait u à le réélire par une nouvelle et libre élection ? qui ce vous portait à le couronner avec une solennité incon- « nue dans le passe ? Avant qu'il vous mordît par ses « paroles, vous confessiez et vous annonciez qu'Urce bain YI était Pape ; maintenant n'avez-vous pas pitié a de toutes les brebis que vous éloignez du troupeau ? <c Chargés d'allumer la foi, vous l'éteignez. Songez aux a maux dont vous serez la cause, et ne pensez pas ce que le chapeau de Cardinal ou les prélatures vous a défendent devant Dieu, au contraire votre châtiaient ce n'en sera que plus rigoureux. » Revenant ensuite à la reine avec une extrême douceur, Catherine cherchait à la gagner ; elle la rappelait à la reconnaissance envers l'Ëglise, elle lui prédisait le succès final de la bonne cause. Mais quand la Sainte vit qu'elle ne triomphait pas des ressentiments de cette femme sans foi, elle lui écrivit sévèrement. Que Jeanne le sache, elle ne pourra pas séduire Dieu comme elle séduit les hommes et lui dire: ce je crois bien faire. » Qu'elle considère les cardinaux rebelles et le témoignage que leur vie rend d'eux. Ils ont la science, mais ont-ils la vertu ? Qui ontils choisi pour antipape? «Du homme d'iniquités, » s'écrie-t-elle en un seul mot, car il est superflu de faire le procès de Robert de Genève, dans un pays où il a surpassé en cruauté les plus cruels mercenaires. Si la reine no veut pas aider Urbain VI comme souveraine, qu'elle le reconnaisse au moins comme chrétienne, sans quoi la main de Dieu s'appesantira sur elle. La crainte
d6 perdre ses iâess raun»*^ iirzs an -y. ff i^îL.t rx'iiJf se les est elIe-^K^ie ans ^ ^-& L- " iirv*fn . à»^ î«] dans son pecple « wr^i k* îiLrnis- TiunL^KT therine Serait Jt tbtut» ît Xli.^ i»3iir $'«rrrï'-"PrIr arac Jeanne*.
Soit que, dsaîrêe vsr ce Â^fsr'. ]a s«nz3.ie o^
s'en ouvrit à Uiiaia YI,«à: ex il T^srsâi JzI-itsDe r
TamlMissadrice aa aran iac=D«: T-iisrsi^ ^itrazl ï:Le à
NapleSy il fat qvesîâiE €eirpij^ la Sarrt^ à ja R«s>e.
Elle saniait, mon. yxzA ia seizT&îzL^rc c* ja Talifîwè âe
l'élecdoB dXriaîn, Isax^â- x'cx c:<i::a2r pss, sais hd
expliquer les întfstir^s ii*=T€Llart*5 i^ Pape : car les
Glémmtiiis iaîsaîeBt CTDire â ja zsôcsase erse ^ Poatife
prétendait lai eclerer les Éiais et i'c=iftrser dans un
dottre. Les relations cpe Caib^rîse cstretesait depuis
longtemps à Naples devaicrt l::i Cieîliur le ssocès. Snr
les haQtearsd'où les cziartrecix d^aîr^nt les «plaideurs
du pays et de la mer, dans l'oraloÎTe des ecclésiastiques
et des dérotes, et chez les A:mmes du monde on lisait
ses lettres. Appuyée soj- rantorité des plos grares et
des plus saints personcages, elle serait encore guidée à
la cour par son amie et disciple la comtesse de Mi!et,
de la maison d'Aquîn, par les Gara^olo qui lui étaient
entièrement dévoués et par d'antres encore \ De plus,
Urbain VI lui destinait une compagne connue à la fois
de la reine, des nobles, des bourgeois et des pauvres
de la viUe. Qui était cette compagne? Quand la Sainte
l'apprit elle se réjouit, parce qu'elle la vénérait déjà.
1. Lett.310 313,312.317. UprédidioB de Catherine àJeiMieI<* ne réalin ea 1381.
3. LetU 3l9, 331, 342, 243, 345, 3S2, 3S3, 3S4, 356, 360, 361.
Gomme elle, on la nommait Catherine, la Suède était son pays, et par sa mère la Bienheureuse Brigitte elle appartenait à la famille royale. La canonisation de cette prophétesse retenait la princesse suédoise à Rome; elle avait vu de près Téleclion d'Urbain YI, elle la regardait comme parfaitement régulière^et leur entente dans une question qui divisait la chrétienté avait uni la Sainte du Nord à celle du Midi. Souvent la Siennoise gravissait le Yiminal et venait chez les Ularisses de Saint-Laurent in Panispema s'entretenir avec la Suédoise. Elle n'ignorait rien du passé, car Alphonse de Yadatera, le confesseur de sainte Brigitte, traversant autrefois la Toscane, lui avait parlé des deux pieuses Scandinaves. Catherine de Sienne savait qu'à peine âgée de dix-huit ans Catherine de Suède avait quitté sa patrie et le jeune époux qu'elle aimait pour venir en Italie répondre à l'appel de Dieu. Alphonse de Yadatera racontait comment d'Dpsal à Rome le voyage avait été une longue suite d'hom* mages bien indifférents à la princesse qui rêvait déjà de se retirer dans le cloître de Wadstena, fondé par sa mère, et de partager la vie mortifiée des nonnes de Saint- Sauveur. En 1378 Catherine de Suède avait 46 ans. La jeunesse était passée, mais les traces de la lutte gravées sur ce beau visage, la sérénité gagnée au prix de maint combat, prêtaient un charme rare aux admirables traits dont les années n'avaient pu altérer la régularité et la majesté imposante.
Au premier mot que lui dit le Pape de la mission de Naples, la princesse suédoise refusa nettement de s'y joindre. Elle avait séjourné à la cour de Jeanne P", elle avait vu son frère subjugué par les artifices de cette femme impie, elle la savait capable de tout, même de
déslioiiorer des KÔers^s lanaanr^ts» 1 rmoi. Zjt P. &£T—
mond |irêsc£î à rst^z^ctar -MaTTrû S mît:» r-f Jt Tcrnntas^c
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donné. Gutei^Dt ô^ Su^it:!»*, muLinhi^ 'iSi^ ^rsc^rz**- càrïs
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en ez|ilîq[u les ^d3^ xr Si: ^gniw^ 3(LLrri'£n:« •»€ «ks.!
« d'antres icîa^^cs «la^itz:: ibîc urLitss fi» ;Tîd£xi«:ixi$v >»
dit-elle THement, «^ eL^s x'ixrmf«*!î: jb:!ïais oi: :eiia ia
« gloire dn martyre 1 y*T*c5-îicc$ ra* ni Hpoox :«(kk
a puiflsuit ca]nb> d« pr^-cf^^r mztr» Lon^^far? «es c^mi^
« ter, inroqner de vaices ni^ccs^ es^ tut BAaxr^s^ c«
« foi. » La pTiii«s4e s^^-èiîjî"» se soaTtai |M>^v4tie
alors qne 30 ans a^^aravxnt tLé r^po::«liit aizisi à
l'homme jeune et cLirmaa: ^^He T\«-:iaic d*ép«dQs«r, et
qu'avec nn Ticil <wiïTerp:<ir secl prc^^^tecr elle traTcr-
sait tonle l'Europe a5n de se rendre à Rome*. Q«iu>t à
Raymond de Gapone, il se r^p^î-ntît de son peu de foi^ et
ne songeant qn'à Texpier. il acifepta axec empressement
une chai^ périîleose qrie lui ofrait le Saint>Sîège.
U s'agissait de traverser one contrée occapée par des GlémentinSy qui scoTent égorgeaient les enTotés de Rome, et d'aller plaider derant le roi de France la canse d^Urbain YL Lorsque Tint l'henre du départ « la Sainte encouragea son confesseur. Il n'avait aucun doute au sujet
1. Lett. 127. Note C da P. Burlamacchi àcette lettte qoi dansl^éd. deGigliesl la 117*. Scrîptores renini Suecicamm medii acTi éd. Ipsalie MDCCCXMn. Diarinm Wastenoise, p. 101-274.— S venska FolkeU Sago hâfder. A£Eelius Y** delen S. 19>31. EU. fora sveoskt ^eDdariuni Stock. Sam. utgif. af svenska fornskrift slill&iapet. 3'i* Delen. S'J- biflet 519-584. OmS.KalariDaarSverige.-^B.Raîiii- Pan UI, cap. i, p. 937.
des droits d'Urbain YI, mais antre chose est croire soimôme ou persuader les incrédules, e Exposez votre YÎe a pour cette cause, » lui dit-elle, a comme vous J*expo- <i seriez pour la foi catholique. » Leur dernière conyersation fut longue et sans témoins. Aucun nom Immain n'y fut prononcé, ils ne parlèrent que de Dieu seul ! a Nous ne nous entretiendrons plus ainsi, » murmura Catherine, puis elle s'embarqua sur le Tibre avec le P. Raymond et ses compagnons. En arrivant à Ostie, le souvenir d'Augustin et de sa mère Monique était présent à la pensée du religieux. Catherine, assurait-il, lui avait donné plus que la vie, car elle l'enfantait sans cesse à la grâce, dans les douleurs et dans les larmes. La Sainte bénit son confesseur. « Le signe de la croix vous proté- « géra, » dit-elle, «mais dans cette vie vous ne reverrez « plus votre mère. » On se sépara. Montés sur le vaisseau qui allait les emporter vers la France, les voyageurs regardaient le rivage où était restée Catherine. Tout à coup la Sainte s'agenouilla, et les yeux baignés de larmes elle fit sur la mer un dernier signe de croix. Le cœur du P. Kaymond se serra. « Je sentais, » dit-il, « qu'en ce monde je ne recevrais plus sa bénédic- « tion. »
Cette bénédiction qui défendit les religieux contre les pirates, ne put les rassurer contre les mortelles embûches que leur tendirent les Clémentins ; sur les rapports quUls en firent à la cour de Rome, Urbain YI leur ordonna de s'arrêter à Gênes et d'y prêcher contre le schisme. Aussitôt Catherine écrivit à son confesseur des lettres où débordait Tamour maternel froissé dans ses légitimes espérances. « Vous n'avez point été digne de « vous trouver sur le champ de bataille, y> s'écriait^eile;
LE GRAND SCHISME B'OOCmENT 337
« on Yoas en chasse comme un enfant! si tous ne ponce Tiez pas marcher, il âdiait aller à qnatre pattes ; si « Yoas ne pouviez pas arriver comme frère, il fallait a arriver comme pèlerin. — Si vous n'avez pas d'argent, « mendiez. — L'Antéchrist et ses membres, « m'écrivezvous, avons recherchent afin de s'emparer de votre pera sonne : n'ayez aucune crainte, vous n'êtes point digne a du martyre. Puisque tous êtes un homme quand il « s'agit de promettre, ne soyez pas une femme lorsqu'on « vient au fait ^. » D'aussi vifs reproches |oonstemèrent le P. Raymond, mais les événements avaient marché et il n'était pas en son pouvoir de revenir sur le passé.
Cependant Catherine, inquiète de l'isolement d'Urbain YI, et désireuse de la réforme du clergé, rappelait au Pape les avis qu'elle lui avait donnés Tannée précédente et elle obtenait de lui qu'il publiât une Bulle par laquelle, en réclamant les prières de l'Eglise militante, il appelait beaucoup de saints personnages à Rome. Le choix de ces personnages semblait dicté par la servante de Dieu. Urbain VI la pria de leur écrire, d'écrire à d'autres encore, jusqu'à ce que la cour pontificale réunit les lumières de tous les ordres, les vertus de tous les pays. Aussitôt, aidée de ses compagnes et du seul Barduccio, carNéri luttait contre une dangereuse maladie, Catherine adressa des messages dans toute l'Italie. Elle réfijltait qu'Urbain VI était le vrai Pape devant Dieu et devant les hommes, qu'il fallait le soutenir, fût-ce au prix de la vie, et que d'incessantes prières devaient monter vers le ciel à son intention. Quiconque pouvait