Suppl. Vitœ. Pars II, Tr. IV (Mss
lante. La pensée des peines du purgatoire et de Tenfer la portait à cette cruelle pénitence qu'elle priait Dieu ({^accepter comme expiation de ses péchés ; en retour le Seigneur lui révélait le fruit de cette souffrance volontaire et elle était heureuse. Lapa sut bientôt la manière dont sa fille usait des eaux ; elle la ramena à Sienne, 8 avouant qu'elle n'avait rien gagné.
Il semblait même que le voyage eût hâté une crise
désormais inévitable. Catherine, qui plusieurs fois déjà
avait sollicité l'autorisation dé prendre Thabit du Tiers
Ordre, réclama cette faveur avec des instances qu'on
ne pat repousser. Lapa aurait voulu trouver d'autres
délais, non par esprit de révolte envers la Providence,
mais par manque de raisonnement et de courage. Bien
qu'élevée dans les doctrines et fidèle aux pratiques de
la foi chrétienne, elle jugeait les biens du ciel et ceux de
la terre d'un jugement tout humain : or, si la règle du
Tien Ordre n'obligeait pas aux trois vœux de religion
et n'éloignait pas Catherine du toit paternel, elle lui
donnait avec une famille spirituelle des auxiliaires pour
résister au mariage que Lapa osait encore espérer.
Voir sa fille passer sa jeunesse sans autre joie que le
désir du ciel, sans autre époux que Jésus-Christ, sans
autre maternité que la génération des âmes pour la vie
ttemelle, était au-dessus des forces de Lapa. Il lui fallut
pourtant aller enfin chez les Sœurs de la Pénitence;
avec le secret espoir de n'être point exaucée, elle leur
demanda pour sa fille l'habit de saint Dominique.
Ces pieuses femmes connaissaient Catherine par le témoignage de sa tante S qui depuis longtemps faisait
1. Agnès Benincasa, qui avait épousé Ghele di Duccio. On trouva
partie de leur congrégation ; elles Teussent reçue avec joie, si, comme dans quelques villes, elles avaient vécu en communauté, mais elles rappelèrent à Lapa que, fidèles à l'esprit dans lequel saint Dominique avait établi son Troisième Ordre, elles restaient dans le monde. « Le monastère venait à elles, puisqu'elles ne «c pouvaient aller chercher le monastère. Elles se fai- « saient dans quelque réduit de la maison paternelle « ou conjugale un sanctuaire mystérieux plein de TÉ- « poux invisible qu'elles aimaient uniquement. * » Aucune promesse incompatible avec les devoirs de filles, d'épouses ou de mères, ne les liait, elles ne subissaient d'autre autorité que celle de leur Prieure, d'autre contrôle que celui du Frère Prêcheur chargé de maintenir l'observance de la règle *. Dans ces conditions, pouvaiton donner Thabit à une enfant de quatorze ans ? Les sœurs ne le croyaient pas et Lapa fut facilement de leur avis.
Pourtant Catherine, loin de se décourager, renouvelait sa requête, quand elle tomba dangereusement malade de la petite vérole. Inquiète, émue, Lapa ne
son portrait peiiit à fresque sur les murs du couvent des Dominicains avec cette inscription : Beata Agnes Benincasa.