Cette tle appartenait de droit à la maison d'Aragon ; en
rent des forces considérables ; la République de Gènes se leva en masse ; au mois de juin 1375, une trêve conclue entre Milan et les Etats de TEglise accnit encore les espérances. La croisade, Catherine le répétait sans cesse, devait avoir avant tout comme résultat la pacification du monde chrétien, Tunion des peuples hostiles dans une entreprise commune. Le seigneur de Milan était Tinstigateur des révoltes c^3ntre tous les papes qui se succédaient. S'il servait sous « le Gonfalon de la Croix, » il entraînerait les plus récalcitrants : Catherine entendait donc qu'il dirigeât la guerre sainte, et elle le lui écrivit. Ecrire à Barnabe Visconti, Tentreprise eût été insensée, si contre toute vraisemblance le seigneur de Milan et sa femme Béatrice délia Scala n'avaient pas pris l'initiative d'envoyer des ambassadeurs à rhumble Tertiaire. Quand et pourquoi ? on l'ignore *, mais ce fut la politique qui porta les Visconti à nouer ces relations. S'adressant à une Dominicaine, ils devaient entendre des paroles de vérité, et jamais peut-être Catherine ne révéla les secrets de Tamour divin et du néant de l'homme avec plus d'éloquence qu'à ces princes épris d'euxmêmes, enivrés jusqu'à la folie de leur qualité et abaissés vers la terre par l'attache à de grandes richesses. « Très doux père dans le Christ Jésus, >
fait elle était gOQvernée par quatre juges. A cette époque, toute rautorité se concentrait entre les mains de celui auquel la Sainte envoya un message par son disciple le Jésuate jacquee de Città di Castello.
1. La réponse de la Sainte à Barnabe est tronquée après ces mots : di quelle ehe mi prego il voslro servigiale che per voslta parie tetune a me* '
disait*elle au despote imbu .des doetrines du césarisme païen, et le premier mot jeté à ce prince cruel était : evvi bisofffio d'amareV il vous faut aimer I Aimer parce que Dieiii nous a donné l'être par amour et nous a rachetés par un acte infini d'amour, voilà toute la vie. Catherine le répétait à Visconti avant de i^appeler à cet orgueilleux contempteur des droits opposés à spn bon plaisir, l'humble condition des fils d'Adam. Fût-il le maître du monde, le plus grand seigne^ur n'est que néant. Vile créçiture soumise à la qiort,til ne saurait garder son pouvoir emprunté. Prendre des villes et des châteaux, déclare l'austère religieuse au politique habile, beaucoup le font sans savoir se vaincre, pourtant la seule domination vrainient indépendante est celle qu'on exerce sur son âme *. Celle-là on la garde à son gré ; la chair, Jes créatui'es, le démon ne peuvent la ravir sans, la .capitulation d'une force qui l'emporte sur toute force : la volonté. Au hardi capitaine accoutumé à conquérir, la Sœur de la Milice du Christ montrait le Rédempteur, son combat, sa victoire qui rend à Thomme le courage, l'honneur, la liberté et la vie. Enfin la servante de l'Eglise s'adressait avec une merveilleuse clarté à l'ennemi du pouvoir spirituel et temporel des papes * : < Se révolter contre l'Eglise est un
1. Catherine se rencontre ici avec Sénèque dont elle ne poa- Tait guère connaître les œurres ; mais les Frères Prêchenrs citaient souvent les philosophes, et cette parole se retrouve dans leurs écrits. (Cf. P. Dômenico Cavalca. Specchio di Groce, XLII.'