‹ Sainte Catherine de SienneChapitre 101 sur 282 · Barnabe mourut contrit et pénitent · texte numérisé non relu

Barnabe mourut contrit et pénitent

péché mortel, écrivait-elle à l'incrédule qui biti vait toute morale et raillait les dogmes chrétiens ; le vicaire du Christ, votre chef, peut seul remettre les péchés; le Souverain Pontife, fût-il un démon incamé, les chrétiens seraient fous s'ils.agissaient contre lui par la violence. > En ce moment où le seigneur de Milan avait intérêt à changer d'attitude .à l'égard du clergé, Catherine lui reprochait ses révoltes contre Urbain V et Grégoire XI, ses prétentions d'empiéter sur la juridiction ecclésiastique. iG'était comme expiation de tant de torts envers TEglise que la Sainte lui présentait la croisade. « Nous sommes des insensés au cœur lâche qui ne savons que combattre les uns contre les autres, disait-elle ; vous avez exposé vos biens et votre vie dans une guerre livrée à votre père % , maintenant je vous invite à une paix parfaite avec lui et à exposer vos biens et votre vie pou» le Christ dans une expédition contre les infidèles ! Donnez le sang, pour Tamour du sang de Jésus crucifié, s'écrie-t-elle à la fin de cette lettre où par une admirable et mystique synthèse ce dont elle a parlé : l'amour divin envers la créature raisonnable, l'autorité du chef de TEglise sur ses membres, les droits des prêtres ministres du sang rédempteur, la force du sacrifice humain uni au sacrifice de la croix, elle le résume mieux encore que de coutume en ce qui pour elle résume tout : le sang du Christ source de toute vie libre et éternelle. En même temps Catherine voulut purifier,

1» Le pape.

SAINTE CATHERLNE* 7**

âi2 SAINTE CATH£1I1N£ DE SIENNE

éclairer, transformer la fille des Scaligeri délia Scala dont elle espérait faire Tinstrument de Dieu. Sans y avoir droit, Taltière princesse selaissait donner le nom de reine. La Sainte lui montra l'anéantissement oii nous met Tamour déréglé de ce qui passe et nous est inférieur, la dignité parfaite que nous acquerrons par l'union à Dieu, éternel Empereur, qui rend souveraine l'âme son épouse. Dans des termes bien faits pour séduire l'intelligence d'une femme amie dès lettres et des arts, la Sainte s'adressait à la seule influence que subît le tyran Visconti : « La vertu de la charité rayonnera en vous, au point que votre époux ressentira fortement cette chaleur, écrivait-elle, padre e madré carissimi siatemi uniti in una volontà e in uno spirito » *.

Non seulement ces lettres reçurent un accueil favorable, mais Elisabeth de Bavière, épouse de l'un des quatorze enfants de Barnabe et de Béatrice, appelait Catherine à Milan *, quand tout changea de face. Gambacorti était le confident du monde entier ; il avertit la Sainte qu'un véritable tissu de trahisons s'ourdissait. Enhardi par les concessions de Pierre d'Estaing, qui n'avait point su mettre en pratique les conseils aussi fermes que pacifiques de Catherine, favorisé dans ses intrigues par l'inquali-

1. Lettera 28, 29. <c Mon très cher père, ma très chère mère, Boyez-moi nuis en nne volonté et en nn esprit. » Ck>mme la précédente, cette lettre est incomplète. Après avoir remercié du message, la Sainte indiquait évidemment son objet. Le copiste a remplacé des lignes, peot*être des pages, par quelques points^

2. Lettre d'Elisabeth de Bavière à Catherine de Sienne, en date dndOmai 1375. (Bibliographik, I, VI.)

fiable politique- d'un légat presque rebelle au pape, Guillaume de Noëllet, et par la violence de ce même Gérard du Puy, dont le passage à Pise éveillait de meilleures espérances/ Barnabe Visconti persuadait aux communes toscanes que Grégoire XI tramait leur asservissement ; lui-même se liguait avec Florence. Au lieu de l'étendard de la croix, cette république levait une bannière couleur de sang où le mot Libertas inscrit en lettres d'argent appelait à l'affranchissement de toute loi non seulement les Toscans, mais les peuples des Etats de l'Eglise, qu'on livrait ensuite au premier tyran venu. Les condottieri prenaient part à ces guerres intestines. Loin de se convertir, Hawkwood recevait tantôt la solde du pape, tantôt celle des Florentins pour ravager l'Italie et massacrer ses enfants.

La mission de Catherine débutait par un échec. Elle ne se laissa pas décourager. < Le temps des persécutions, disait-elle, précède le temps des miséricordes, et malgré ma douleur je tressaille d'allégresse, car au milieu des épines je sens le parfum delà rose qui va s'ouvrir. » Impuissante à agir sur les masses, impuissante à les porter à la conquête du saint sépulcre et à la conversion des infidèles, elle excita chacun de ses disciples nouveaux à livrer du moins le combat intérieur qu'elle prêchait dans les mêmes termes que la croisade : Rizzisi el gonfalone délia saniissima croce \

1. « Qu'on levé le Gonfalon de la très sainte Croix. » Leitera 18S.

Au palais Gambacorti, les membres bien différents d'une même famille se groupaient autour de Catherine. Homme de calcul dans ses jugements et dans ses aspirations, le maître de Pise se tenait sur Tétroite limite qui sépare la politique de la duplicité. Sa fille Tora, mariée et éloignée de son mari dès Tenfance, rivalisait de générosité avec les saints les plus, héroïques ç le frère et la belle-sœur de Pierre s'essayaient à marcher dans la voie de Dieu ; leur fils Jean hésitait entre un mariage vraiment chrétien, dont l'affection serait le mobile, et des mariages d'intérêt qui enchaîneraient sa liberté sans satisfaire son cœur. Pour chacun, ses lettres le prouvent, Catherine eut un avis qui répondait aux desseins providentiels. Pressentant que Gambacorti, dont la vertu maîtresse était de savoir pardonner, serait . frappé d'un coup mortel par une main amie ', elle le prépara au détachement de la terre et à la mort subite. En Tora elle prévit la réformatrice des Dominicaines cloîtrées, l'instrument choisi de Dieu pour ramener les Frères Prêcheurs à la stricte observance de leur règle, et elle rendit cette jeune âme attentive à l'appel divin*.

Les Buonconti vivaient trop près de la Bienheureuse pour ne pas être sous sa main et sous son autorité. Elle éloigna Vanni des c sociétés perverses D ; Thomas et François se soumirent à elle,

Page 1