Leitare
., 3. Lettera 256. Nous citons, ch. xvni, une partie de cette éloquente lettre.
Au premier rang on distinguait la souveraine des Deux-Siciles. Comblée des dons les plus variés, des grâces les plus diverses de la nature, entourée de tout ce que les arts, les lettres et les sciences comptaient d'hommes éminents, Jeanne P* portait avec éclat la couronne de Naples et possédait, comme héritière de Jean de Brienne, celle de Jérusalem. Dans là Méditerranée sa puissance était grande, et sa capitale formait pour TOccident une étape des voyages en Palestine. Vassale dévouée du Souverain Pontife, elle le soutenait au cours de sa lutte contre Visconti, seigneur de Milan, et elle appuyait les entreprises du pouvoir religieux qui l'innocentait du meurtre qu'on Taccusait d'avoir commis en 1345 : celui de son premier mari André de Hongrie. Mais ni Louis de Tarente ni Jacques de Mayorque qu'elle avait épousés ensuite, ni le prince choisi pour leur succéder : Othon de Brunswick, -n'avaient pu mettre hors de soupçon la renommée de la belle reine. L'on se fût scandalisé d'entendre Catherine nommer Jeanne laudabile tnadonna, reverendissima, carissimaevenerabile madré ^^ si déjà Brigitte de Suède n'avait pas jeté son amitié dans la lutte que le bien livrait au mal en cette âme troublée. Mieux encore que la sainte prophétesse, l'apôtre dominicaine pénétrait la conscience de Jeanne. Captive du vice qui, éteignant peu à peu la lumière de TintelHgence, brise Tunion que, grâce à Jésus-Christ, la nature humaine peut avoir avec
1. Très louable Dame, très révérende, très chère et vénérable
mère.
la nature divine, du vice qui abaisse la nature raisonnable au niveau des brutes, la reine, chose rare, exerçait, grâce à la force de sa raison et à sa libre volonté, une certaine domination sur ses sens et orientait encore son intelligence vers Tétemelle Vérité. La vierge parlait donc à la pécheresse, comme elle le faisait aux êtres purs qui n'ont point perdu la notion de Tidéal ; elle Texhortait à se montrer « une véritable fille de TÉglise, j» à s'acquérir des droits à la Jérusalem céleste, en prenant lacroixpour délivrer la Jérusalem terrestre ; elle l'appelait à combattre, à entraîner par son exemple. « Allons,disaitCatheriiieen se plaçant, comme elle le faisait toujours, parmi ceux qu'elle instruisait, allons tous ensemble mourir pour le Christ ! » Cet appel, la Sainte le faisait aussi entendre à Elisabeth de Pologne, veuve du dernier roi de Hongrie, dont Jeanne avait épousé Tun des fils. Dans une lettre remarquable par sa puissance de persuasion, Catherine suppliait la reine-mère d'aider Grégoire XI, d'envoyer à la croisade le roi Louis !•'. Si on enlevait une ville à là Hongrie, le roi et sa mère la reprendraient, fût-ce au prix de leur vie. Les musulmans possèdent le bien des chrétiens et tandis que Catherine ne peut que prier, tandis que ses désirs de verser tout son sang restent stériles, le roi de Hongrie et Elisabeth ont la puissance en main ; n'agiront-ils pas * ?
1. LeU. 21, 170, 138, 143, 145. Dans les notes de cette lettre, qai est la 31 1« de l'éd. Gigli, le P. Barlaraacchi dit que Catherine écrivit aaasi au roi de France et au juge d'Arborea, maître de nie de Sardaigne.
A l'exemple de Grégoire XI, Catherine trouvait dans la croisade l'un des moyens d'arracher la chrétienté aux troupes mercenaires qui, dans les pays où l'impôt en argent prévalait sur Timpôt du sang, tendaient à prendre la place des milices. Lorsqu'elles n'étaient plus à la solde de personne, ces brigades vivaient aux dépens de tous, et la Sainte espéra débarrasser l'Italie des condottieri en les prcvssant de délivrer le saint sépulcre. Elle conseilla donc à son confesseur de « souhaiter la bienvenue aux travaux et aux fatigues, » étoile l'envoya à des mercenaires amenés jadis en Italie par le roi Louis pour venger la mort d'André de Hongrie. Leur plus célèbre chef, l'anglais Hawkwood *, ravageait en ce moment les environs de Pisc; le P.Raymond devait lui remettre une lettre de Catherine. Avec une extrême éloquence, elle sollicita l'intrépide soldat de combattre pour Jésus. Pouvait-il préférer la solde du démon à celle de Dieu? N'avait-il pas autrefois projnis d'aller en Terre Sainte mourir pour le Christ? Comment s'oubliait-il à guerroyer contre les chrétiens? Etait-ce ainsi qu'un chevalier tenait sa parole-?
Princes et soldats reçurent favorablement les exhortations de l'humble apôtre ; Jeanne de Kaples, Marian IV, juge d'Arborea, le seul seigneur influent de l'île de Sardaigne ' , lui promi-
1. Fils d'an tailleur anglais, il avait serri sous Edouard III pendant la guerre de Cent Ans et gagné ses éperons de chevalier en France. Les historiens anciens et modernes prisent trée haut ses talents militaires.