VOYAGES DE CATHERINE AD SERVICE DU PAPE
Ha p«r doiQar le illerl *
Troppo proterve menti,
Liela volo costei con aima forte.
BERTUCCI, LODR DI S. CATBRIflA.
Catherine est en^'oyée à Lucques par le Souverain Pontife. — Son séjonr à Lncques. — Son second séjour 4 Pise. — Elle prédit un schisme. — Ses rapports avec les couvents du Siennoiii. — Ses conseils aux Tertiaires. — Elle réconcilie les Maconi avec les Tolomei. — Etienoe Maconi devient son secrétiiire et son ami. — La nouvelle Milice de Jésus-Christ.
Les disciples de Catherine se savaient destinés à la suivre en paradis ; ils avaient reçu cette promesse pendant ses extases, lorsqu'ils surprenaient son entretien avec Dieu : sa présence parmi eux leur semblait donc un gage visible de salut, et ils s'étaient fort affligés de son départ pour Pise ^ Par d'admirables lettres elle leur avait prouvé qu'ils ne cessaient pas de lui appartenir. Donnant avec une égale autorité des avis divers à des gens de condi-
1 . Sarmona Scriito in onore S. Caterina da Fr. T. Caffarini [Bibliographie F. III].
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tion différente, elle portait le Sénateur de Sienne à imiter le divin Maître qui observait la loi dont il était l'auteur et elle exhoi-tait les simples citoyens, leurs femmes, leurs filles à aimer Dieu, à s'aimer les uns les autres, à préférer les biens du ciel à ceux de la terre. Tout ce qu'on peut faire de loin pour ceux qu'on aime, Catherine le faisait ; sa sollicitude allait jusqu'à guérir miraculeusement les malades; pourtant son absence causait des murmures : « Le désir de TArchevêque, Tordre dé mon Maître général me retiennent à Pise, > avait elle écrit à ses disciples ; dès son retour dans sa patrie , elle leur fit comprendre que le service de l'Eglise primait tout et que la réunion serait de courte durée *.
Par Gérard du Puy le pape Grégoire XI avait entendu parler de Tcmpire qu'exerçait Catherine jusque sur la Politique et des projets qu'elle formait à Pise pour la paix ; espérant qu'elle pourrait défendre les intérêts temporels du Saint-Siège menacés en Toscane où Florence réunissait sous le nom de Ligue des Villes une terrible coalition contre lui, il conseilla aux Dominicains d'envoyer leur Tertiaire à Lucques, puis de nouveau à Pise '. Les Florentins sollicitaient ces Républiques de s'allier à eux; Catherine saurait peut-être empêcher l'alliance. Elle partit au premier ordre, emmenant son confesseur, quelques-uns de ses disciples, et ses compagnes préférées.
Aux portes de Lucques, les Anciens (c'est ainsi
1. Laitara 139, 137» 148, 170, 40, 12, 42, 69, 142, 63. 2.8iipp. II, 6.
qu'onnommait la Seigneurie) reçurent avec honneur la messagère qui venait, disait-elle, « au nom du Christ crucifié. »> Arrivée dans la maison que le P. Gilbert de Nami lui avait préparée près du couvent des Prêcheurs, à l'ombre de Téglise Saint- Romain *, elle écrivit aux Anciens et au Gonfalonier de la Justice '. Sans arrogance, sans fausse humilité, simplement, elle les éclairait sur leurs devoirs. Écouteront-ils les perfides avis de ceux qui, après avoir fait le mal, prétendent entraîner autrui à le commettre? Peuvent-ils croire les calomniateurs qui accusent Grégoire XI de vouloir conquérir la Toscane ? Certes non. Florence ne les convainc pas, elle les intimide, et ils s'apprêtent à payer la paix avec elle d'un prix honteux. Qu'ils y réfléchissent, les hommes défendent inutilement une ville quand Dieu n'est pas avec eux. S'ils servent une cause injuste, non seulement ils perdront leur part d'héritage céleste, mais Lucques sera livrée à des guerres terribles! Quand la Seigneurie reçut cette lettre, elle était sur le point de s'allier à Florence. Elle hésita et ne conclut rien.
Bientôt Catherine fut célèbre à Lucques ; l'Eglise Saint-Romain devint le théâtre de scènes édifiantes, et les oisifs et les incrédules qui y assistaient par hasard éprouvaient d'indicibles sentiments de foi, d'amour de Dieu. En même temps les sens étaient frappés par des prodiges qu'à Sienne on ne songeait plus à remarquer.