‹ Sainte Catherine de SienneChapitre 107 sur 282 · Luttera · texte numérisé non relu

Luttera

Un jour, on vint chercher la Sainte afin qu'elle exhortât un agonisant. Le tonnerre grondait, tous les vents du ciel semblaient déchaînés, la pluie inondait les rues : pourtant les passants qui voyaient Catherine traverser la ville s'aperçurent que ses vêtements restaient parfaitement secs. Surpris, ils la suivirent, et sans peine ils attribuèrent la conversion du moribond à cette femme que respectait la tempête. Quelques religieux, étroits d'esprit, témoignaient encore des doutés sur sa sainteté. L'un d'eux osa lui tendre un piège. Chargé de lui porter la communion pendant les crises de souffrances, qui, à Lucques comme à Sienne, la retenaient parfois dans son lit, il lui présenta une hostie non consacrée. Le peuple avait envahi la cellule. La foule encombrait Tescalier ; tout le monde était à genoux ; Catherine restait étendue, immobile, indifférente. Le prêtre lui reprocha son attitude. « Comment, mon père, s'écria-t-elle vivement, vous me présentez un pain ordinaire et vous prétendez me faire commettre un acte d'idolâtrie! Dieu m*a révélé votre fraude. » L'auteur de la fraude demanda son pardon et l'obtint. Catherine, trompée parles hommes, se tourna vers Celui qui ne trompe jamais. Il lui apparut, et la communia dosa propre main.

Durant toute la semaine, la maladie réduisit Catherine à l'inaction. Ce ne fut pas un temps perdu pour le salut des âmes, car elle donna aux Tertiaires de Lucques des exemples de patience dont le souvenir ne les quitta jamais. Le dimanche vint. La Sainte demandait à Dieu si elle recevrait l'Eucharistie qu'elle désirait avec ardeur; puis, après

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chacune de ses prières, elle ajoutait: « Seigneur, si ce n'est pas votre volonté, je renonce à la mienne. » . Tant de soumission reçut sa récompense. Les anges commis à la garde du tabernacle de Saint-Romain se rassemblèrent autour d'elle, la prirent sur leurs ailes, et l'emportèrent à l'église. Là, elle voulut confesser ses fautes et en recevoir l'absolution avant d'approcher de la table sainte. Son humilité toucha le cœur de Jésus-Christ; il lui rendit non seulement la santé^ mais aussi la plénitude des forces.

Catherine n'obtenant des Anciens aucune réponse décisive, sa mission semblait terminée, et elle résolut de quitter Lucques. Ses conquêtes sur le démon y avaient été sans nombre. Des gens de tout âge s'enorgueillissaient d'être ses disciples. Les vieillards joignaient l'exemple aux conseils, répudiaient leurs vieilles rancunes, et enseignaient à la jeunesse, avec le renoncement à ces haines que les Italiens se transmettent de père en fils, l'amour du prochain, l'amour de Dieu surtout, c Comme le propre de l'amour est de porter celui qui aime à ressembler à celui qui est aimé, > les Lucquois se modelèrent à l'image de Jésus-Christ *.

Soit qu'après avoir annoncé son départ la Sainte voulût donner aux Anciens le temps de la rappeler, soit que Tespoir de faire de nouvelles conversions la guidât, elle se laissa arrêter hors des portes de

1 Sonm. délia Storia di Lacca, dall* anno MIY ail' anno ]fOCC« conpiïato su doc. da G. Tommasi. Arch. stor Ital. P. Z, Fir. Vieusseux, 1847, 253.-- Alcdiac— Sappl. II, 1, 6 flfpB). Procairas mas. attest. P. F. de Lucca. — Lettere 152, 156, 160, 162, 163.

Lucques, dans la villa Balbani. Une famille nombreuse, des voisins, des amis, s'y pressaient autour du seigneur Barthélémy et de sa femme Melline, et chaque jour on accueillait de nouveaux hôtes avides de s'entretenir avec Catherine. Elle sut prouver à ces seigneurs, à ces patriciennes dont Time au moins avait préféré les délices du corps à celles de Tâme, que le bonheur n'est point dans les festins, le jeu ou les danses, mais dans Tunion avec Dieu.

Les jours s'écoulèrent purs, sanctifiés, heureux, à la villa Balbani. Quand les Siennois annoncèrent que les intérêts de la papauté les rappelaient à Pise, on voulut les retenir; on objecta à Catherine qu'elle emporterait le ferme propos de ses nouveaux disciples, qu'ils retomberaient dans leui'S anciens errements. Melline et un groupe de femmes et de veuves appartenaient au Tiers-Ordre dominicain; les conseils de chasteté, de pauvreté, d'obéissance, de renoncement aux plaisirs du monde et de résistance à son esprit que la Sainte leur prodigue sous une forme particulière, le révèlent clairement. Elles adressèrent à leur héroïque Sœur des lettres navrées. Catherine répondit que l'Amour infini ne veut point d'intermédiaire : s'étant donné librement, Dieuréclame de sa créature le don libre d'elle-même. <r Si moi, pauvre misérable, écrivait la Sœur de la Pénitence à ses compagnes, je deviens votre médiatrice, je vous empêche de vivre dans le Christ. Unissez-vous les unes aux autres et à moi en Jésus crucifié ! Absente je vous serai plus utile que présente. La tendresse sans limites du Christ envers sa Mère

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et ses disciples ne l'a point empêché de les quitter pour aller sauver les âmes et rendre gloire à Dieu. » Déjà, n'entendant point qu^on fît d'elle une idole, la Bienheureuse avait rassemblé ses compagnons et était partie *.

Les Siennois parcoururent rapidement la plaine qui s'étend entre les Apennins et la mer; puis, ils franchirent des monts couverts de hautes forêts, animés par les eaux sonores des torrents. Au milieu de cette nature, à laquelle le déclin de Tautomne prêtait le charme de ce qui va finir, ils devisaient de « notre sœur la mort corporelle, » chantée par saint François d'Assise, de la mort qui depuis leur naissance les poussait vers Téternité en modérant par son aspect leur irritation contre les épreuves, leur enivrement au sein des prospérités. Le temps où cette mort les appellerait serait leur « doux temps, > disait Catherine, car à ce € point si doux, » où tout le périssable disparait avec ses illusions, l'éternelle et première vérité nous attend pour revêtir de sa grâce nos âmes joyeuses : < Je suis mortelle, s'écriait la Sainte, et ce m'est une grande grâce, car par la mort j'arriverai à Dieu mon terme et ma vie*. >

Cette fois les Tertiaires acceptèrent l'hospitalité

1. Lettare 164, 165, 166. Les Tertiaires siennoises ne sui- ▼ireat point Catherine, car durant son second séjour à Pise, elle écrit, le 2 septembre 1375 (Lettera 135) an sénateur de Sienne, Pierre marquis del Monte, rejeton d'une branche de la maison de Bourbon, établie en Italie : « non ci êono ara le mie compagne ché mi sot^vano êcrivere; e p*ro è stato di bitognc ehe io abbiafatto êtriverê a f rate Raimondo.

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