‹ Sainte Catherine de SienneChapitre 111 sur 282 · Lettera · texte numérisé non relu

Lettera

toycns qu'atteignait son apostolat à accepter ce châtiment en fils soumis du pape et à s'offrir à Dieu comme victimes pour expier les crimes des chrétiens armés contre TEglise.

Pour la plupart des monastères qui couronnaient les collines ou ornaient les vallées du Siennois, sa parole, elle le savait, était une loi. Derrière les grilles où « avec les corps restaient enfermés Taffection et le désir, » les communautés de femmes attiraient cette mystique, d'une débordante activité, dont les leçons tournaient l'intelligence vers l'adorable vérité, dont l'élan poussait au but les œuvres de zèle. En quittant les Bénédictines cloîtrées à Santa Bondaet ailleurs, Catherine passait chez les Augustines réunies au couvent de Sainte-Marthe, pieuses veuves qu'elle protégeait auprès du Sénateur. Surtout elle s'arrêtait près de ses grandes sœurs, les Dominicaines du second Ordre, spécialement vouées à la prière et à la pénitence, pour que la doctrine et les mœurs fussent dans l'Eglise.

Parmi les Sœurs de la Pénitence la Sainte rayonnait dans une atmosphère qui s'éclairait de sa clarté et s'échauffait de sa chaleur. Les conseils de celle qui s'intitule « votre misérable fille » soutenaient le courage de la « très douce Mère prieure. » Grâce à ces conseils où l'inspiration du Saint-Esprit se révèle sous la forme propre à l'institut dominicain *. l'autorité s'exerçait avec fermeté, sans s'affirmer selon la vocation parti-

1. Cf. B. Humberti de Romanis Opéra. De Vita Regvlari, 11, 5, éd.Berthier, 205.

culière de la prieure ; Sœur Nella avait appris de Catherine que Dieu convie à suivre son Christ par des voies variées à l'infini, et elle respectait la liberté des âmes ; aussi les Tertiaires siennoises,unies sous le joug aimé de l'obéissance en une vraie et parfaite charité, jouissant toutes du bien fait par chacune, se reflétaient Tune l'autre, semblables à des miroirs de vertu. Elles s'étaient données à Marie afin que la plus aimante des créaturesles présentât à son divin Fils, et ces fidèles épouses du Crucifié aimaient uniquement ce qu'aime leur Epoux. Lui, elles l'aimaient sans mesure ; en lui, pour lui, selon la mesure qu'il indiquait, elles aimaient les créatures. Catherine prêchait à ses sœurs cette transformation de la volonté en la volonté divine, qui fait tout supporter d'un cœur « pacifique et tranquille, » qui n'appelle douleur que le regret d'oflfenser et de voir offenser Dieu. Elle leur communiquait la passion de servir le prochain en leur montrant l'honneur attaché à ce service, où d'indigentes créatures s'associent à l'œuvre du Tout-PuissMit. En ce service d'amour qu'importaient les persécutions ? Près de la Sainte, beaucoup de Tertiaires arrivaient à les souhaiter ; mais lorsque sa voix se taisait, elles reconnaissaient qu'un effort sans cesse renouvelé et pénible arrive seul à purifier, à diriger le cœur. Catherine était la première à le leur répéter, car toujours elle éclairait Tintelli^ence avant de discipliner la volonté. Elle faisait peu de cas de la virginité du corps si Ton n'y joignait point celle de l'âme, du veuvage si l'âme ne le partageait pas, si l'on n'éprouvait point que, sur terre, toute épouse

du Christ est veuve *. Compatissante envers les obligations des femmes mariées et decertaines mères, elle savait d'un regard condamner les somptueux habits des jeunes filles et des veuves. D'un mot elle dissipait les illusions de mainte vieille Tertiaire que des liens imaginaires avec la société retenaient au milieu des affaires, des fêtes et des propos oiseux. C'était recueillies au fond de leurs cellules, veillant une partie de la nuit, absorbées par l'oraison, travaillant en un silence que seul la charité ou Tobéissance à la prieure rompait ; c'était prosternées au pied du Saint-Sacrement, que la Sainte voulait ses sœurs. Chargée de son fardeau personnel, ouvrière de sa tâche marquée, chacune agissait par devoir d'état nécessaire, par ordre de la Prieure, ou par charité, afin d'accomplir ce que l'Esprit-Saint dictait * ; mais la Milice de Jésus-Christ^ était tout entière et sans exception appelée à se dévouer pour l'Eglise, et au sang versé par Toldo, au sacrifice qu'elle offrait d'elle-même, à celui qu'elle obtint des cloîtrées, Catherine unit l'holocauste de sa Fraternité. Ensemble ces Tertiaires devinrent des victimes expiatoires.

Non contente de chercher un concours dans les communautés de femmes, Catherine en demanda aux moines, plus puissants devant Dieu pour la plupart, grâce au sacrifice de l'autel, plus puissants sur les esprits, grâce à la science et au ministère. Le Christ

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