‹ Sainte Catherine de SienneChapitre 112 sur 282 · Cf. ch.i, p · texte numérisé non relu

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donnait une mission près de ses prêtres à cette pauvre fille illettrée, et elle laccomplissait avec simplicité, sachant que ce qu'ordonne le Maître divin ne se juge pas aux seules lumières humaines. A ses frères, aux Prêcheurs, elle n'avait point à parler. Fondés pour défendre l'Eglise, ils restaient heureusement, partradition comme par appel deDieuj les observateurs stricts et les avocats des décrets pontificaux ; mais la Sainte avait accès au parloir de tous les monastères. Les chartreuses attachées au flanc des coteaux siennois, Maggiano et Belriguardo s'ouvraient pour elle. On la savait en correspondance avec le Général , et à l'exemple des chartreux de Pise, on trouvait dans ses paroles des lumières pour militer sous la bannière de saint Bruno, discipliner sa volonté à ce joug particulier du Seigneur et souffrir avec une obéissance joyeuse dans la forme où l'on s'était donné. Parfois la Sainte allait jusqu'à Pontignano. Là les Chartreux abrités sous les vigoureux chênes verts et les pins altiers qui couvrent la montagne, voyaient fuir devant eux les longues lignes d'un paysage plein de grandeur*. Au sein de cette paisible nature, Catherine appelait les moines à porter leurs regards sur le ciel. Voyageurs ici-bas, ils ne devaient pas s'arrêter avec complaisance, mais marcher d'un pas toujours plus rapide vers Dieu, en qui seul est le . repos. Selon leur vocation de prière et de silencieuse mais active bonté, Catherine plaça les Char-

1. Le magnifique couvent de Pontignano est à demi ruiné, sert de demeure à des paysans. La chapelle seule reste debout.

SES VOYAGES AU SERVICE DE GRÉGOIRE Xi 267

treux dans les rangs des fils dévoués du Saint-Siège ; pour conquérir à l'Eglise les révoltés, ils leur jetteront des charbons brûlants de charité sur la tête, et à force d'amour et de patience ils les convertiront*.

Un peu au delà des remparts, près des reliques du bienheureux Tolomei, les Olivétains ou moines blancs, qui observaient la règle de saint Benoît, se laissaient exhorter au travail, au renoncement, à l'obéissance surtout, par cette Dominicaine dont rOrdre rivalise sur ce dernier point avec la famille bénédictine. Ils Técoutaient avec joie lorsque émule de saint Paul, elle leur dévoilait avec son éloquence entraînante le « secret du cœur » de Jésus : l'Amour. Elle parvenait ainsi à retenir sous une règle pénible à la nature plus d'une âme disposée à se reprendre et à chercher le repos dans une religion plus clémente. Au couvent de Monte Oliveto Maggiore, le Général même de TOrdre la vénérait. Jadis il lui avait permis d'intercéder pour un religieux coupable, et les termes de la requête de Catherine s'étaient gravés dans sa mémoire. « Comment portera-t-on le joug du gouvernement des âmes sans offenser le Seigneur? avait-elle dit, si on n'a pas le cœur plein d'amour. « Quant au prieur, il recevait avec joie les postulants que la Tertiaire dominicaine, plus respectueuse encore des vocations qu'ardente à augmenter le nombre des Frères Prêcheurs, lui envoyait avec une singulière activité. Parfois il passait sur des obstacles

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