Lettara 230. — B. Raym. III
Les déceptions de la Sainte n'altérèrent pas la confiance que le pape mettait en elle; les cardinaux, inquiets de cette influence croissante, se firent admettre chez le pontife, pendant qu'elle causait avec lui; espérant la prendre en faute, ils lui posaient des questions épineuses. Elle y répondit toujours avec une telle sagesse, que les plus subtils théologiens ne purent trouver d'erreur ni dans ses commentaires ni dans ses interprétations. Ils prétendirent alors qu'elle était instruite par les Frères Prêcheurs. « Ne voit-on pas que, devant la science de cette femme inspirée du Saint-Esprit, la science humaine s'évanouit comme la neige aux rayons du soleil?» dirent ceux-ci, surpris de l'aveuglement du Sacré-Collège. Plus clairvoyant ou plus sincère, le pape répondait invariablement, quand on lui parlait de Catherine : « C'est une . sainte ; » et comme trois des principaux prélats de sa cour lui demandaient l'autorisation de la voir, il les envoya chez elle « pour s'édifier i .
Vers le soir, les prélats vinrent ensemble frapper à la porte de l'ambassadrice. Au premier coup du lourd marteau, Etienne Maconi ouvrit : « Prévenez Catherine que nous voulons lui parler. » Courtois par éducation, devenu humble à l'école de Jésus- Christ, le seigneur siennois obéit. La Sainte parut accompagnée de plusieurs de ses disciples, ons'assit ; les prélats prirent la parole : « Nous venons de la part du Souverain Pontife, dirent-ils avec arrogance; nous désirons savoir si les Florentins vous ont vraiment envoyée ici, comme le veut la renommée. Est-il croyable qu'une grande République
SON sirOUR A LA COtJR PONTIFICALE 3^3
n'ait aucun citoyen capable de traiter une pareille affaire? Si Florence ne vous envoie pas, comment osez-vous, femmelette sans naissance, vous entretenir avec le pape Grégoire? » Tout en Catherine témoignait de la paix que le monde ne peut ôter. Sans se troubler elle expliqua de nouveau sa mission, connue depuis longtemps par la cour d'Avignon. N'ayant rien à objecter, les prélats l'accablèrent de questions sur sa vie intérieure, sur ses extases, sur les bons et les mauvais esprits. Comme à Pise, comme toujours dans ses rencontres avec les philosophes et les théologiens occupés à de vaines disputes d'école, la Tertiaire se montrait fidèle à l'esprit de son Ordre *, écartant l'inutile, allant droit au nécessaire, jetant au milieu des ténèbres où s'égaraient ses interlocuteurs , les arguments de la raison, les lumières delà foi, l'autorité des docteurs. Parfois Maître Jean Tantucci, se souvenant de son titre, voulait prendre part à l'entretien ; mais les visiteurs lui imposaient durement silence. L'un d'eux, archevêque Franciscain', mettait à interroger Catherine une suffisance que les Siennois comparaient tout bas à celle des pharisiens. L'excès même de ses mauvais procédés calma les autres prélats. « Ne voyez-vous pas, lui disaient-ils, que cette Sainte est plus savante que tous les docteurs ?» Il continua pourtant son interrogatoire jusqu'à ce que retentît la cloche de