‹ Sainte Catherine de SienneChapitre 139 sur 282 · Sainte Brigitte · texte numérisé non relu

Sainte Brigitte

SON SÉJOUR A tA COUR PONTlfîCALE 327

entendait un accent intime, une voix pénétrante ; cette voix séparait les moines soldats de ce qui rapproche l'homme de la bête, elle leur révélait le côté angélique de leur nature, elle les transfigurait en martyrs ! Non seulement la Dominicaine faisait concevoir cet amour du libérateur mort pour conquérir, dont la fille des héros Scandinaves avait le sentiment intense, mais encore elle y ajoutait une révélation du mystère de la divinité, qui dégage l'âme des liens du corps et la -rend insensible à la souffrance matérielle. Son Christ combattant et victorieux ne lui apparaissait point sur terre, il lui apparaissait comme à saint Jean en plein ciel ; malgré ses armes inondées de sang, c'était le Verbe divin *, et il laissait apercevoir aux croisés nouveaux, comme jadis aux premiers champions de la Foi, le ciel ouvert.

Pour haut qu'elle s'élevât, Catherine ne cessait point cependant de traiter les affaires humaines avec une logique serrée. Quand les cardinaux, afin d'empêcher le séjour du pape dans sa ville épiscopale, voulurent persuader à Grégoire de se mettre lui-même à la tête de la croisade, assurant qu'il valait mieux « habiter au milieu des Sarrasins infidèles, qu'à Rome, environné d'Italiens, 3> elle déclara aussitôt qu'il devait aider la guerre de toute sa puissance, mais ne point y engager sa personne, car, disait-elle, les droits des baptisés sur le chef de l'Eglise priment ceux des païens. Lorsqu'avant même d'exhorter les fidèles à prendre la croix, le

]. Apoc. XIX, 11-13.

pontife s'inquiéta d'un chef pour les armées unies, elle lui indiqua un capitaine désigné par sa naissance même*.

L'étendard des croisés appartenait à la France 1 Levé pour la première fois grâce à Pierre l'Ermite, il faisait partie de l'héritage de saint Louis au point qu'Urbain V avait encore demandé à un pays humilié, démembré, mourant, le chef de la croisade prèchée en 1362. Pour le successeur d'Urbain, il restait le fils du roi Jean, Louis duc d'Anjou. Ce prince, qui, au dire des Français, < tendait toujours à seigneuries et à hautes honneurs, » estimerait glorieux de commander aux croisés, et les trésors des infidèles tenteraient sa cupidité, non moins connue que son esprit et sa vaillance.

La politique portait-elle Catherine à désigner le duc d'Anjou au choix du pape? On pourrait le croire. Bien qu^ des différends avec le roi d'Aragon, au sujet desquels il invoquait la médiation du Saint-Siège, fussent le prétexte du séjour de Louis d'Anjou à la cour papale, on n'était pas sans savoir qu'un autre objet l'avait attiré à Avignon. La France entendait conserver le pontife . son voisin, presque son hôte, et Charles V, inquiet du projet que nourrissait Grégoire XI de retourner en Italie, avait envoyé Louis de Toulouse à Avignon, afin qu'il parlât au pape et empêchât ce voyage. Eloigner le prince importait donc au rétablissement du Saint-Siège à Rome.

Malgré la lutte des intérêts qui leur étaient

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