‹ Sainte Catherine de SienneChapitre 151 sur 282 · GregoroTins · texte numérisé non relu

GregoroTins

hésitait encore à partir. L'heure d'agir sonnait, il réclamait des avis cent fois donnés. Catherine s'excusa. Jusqu'ici elle avait parlé au nom de Jésus-Christ, et montré le devoir ; pour le faire accomplir, elle avait même aidé la faible nature du pape en lui conseillant la < sainte ruse » d'un départ subit et improvisé, elle jugeait sa mission finie et elle répondit qu'il n'appartenait point à une pauvre femme de s'immiscer dans les afiTaires de l'Église. « Je ne vous demande plus des avis, s'écria le pape ; je vous demande de me faire connaître la volonté de Dieu. ^ Ce qu'elle avait dit, si souvent, Catherine refusa de le redire jusqu'à ce que Grégoire lui eût formellement ordonné de parler. « Nul ne connaît mieux la volonté de Dieu que Votre Sainteté qui s'est engagée par un vœu, ^ murmura-t-elle alors en baissant les yeux. Personne sur la terre ne savait le serment par lequel Pierre du Rogier de Beaufort s'était lié dans l'éventualité de son accession au trône pontifical. Seule une sainte pouvait pénétrer sa pensée et le convaincre de manquer à sa parole *.

La victoire de Catherine fut décisive. Désormais rien ne put retenir Grégoire à Avignon, Quatre cardinaux refusèrent de le suivre ; il les laissa en Provence chargés de pourvoir aux besoins de deçà les Monts ; son père se jeta sur le seuil de sa porte, l'obligeant à lui passer sur le corps ; le pontife si faible envers sa famille continua son chemin ; les

1. Processas, attest. F. Barth. Sen. D. Mart. VI, 1325. — Balnze, in Vita Grog. XI, 949.

prières le trouvèrent sourd, les larmes insensible, les funèbres présages, incrédule. « Père Saint, disait le duc d'Anjou, vous allés en un païs et entre gens où vous êtes petit amés. » Qui le savait mieux que Grégoire ? « Vous laissies la fontaine de foi et le roïaume ou l'Église a plus de voix et d'excellence que tout le monde. » Le pontife français était de cet avis ! « Par votre fait pourra cheoir l'Église en grant tribulation * », continuait le prince ; mais son éloquence fut perdue, car le pape quitta Avignon et gagna Marseille aussi vite que pouvait le permettre la ponipe dont il était entouré.

C'était le mardi 13 septembre 1376. Le même jour, à la même heure, Catherine prenait dans un plus modeste équipage, et par d'autres voies *, le chemin de l'Italie ; ses bagages n'entravaient pas sa marche J car elle n'avait que le bâton et la besace des aipôtres, mais elle rapportait à ses disciples d'outre-monts des indulgences • et d'autres faveurs spirituelles. Soixante-dix-sept des siens pouvaient compter sur le pardon de l'Eglise à l'heure de la mort ; de plus elle avait le privilège de faire célébrer la sainte Messe partout où elle se trouvait. On voyagea donc emportant pour ainsi dire avec soi Dieu présent, visible et sensible dans la sainte

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