‹ Sainte Catherine de SienneChapitre 152 sur 282 · Froiuart, éd. de Bruxelles, IX · texte numérisé non relu

Froiuart, éd. de Bruxelles, IX

2. 6aû9 doQte ritinéraîre par Toulon était moins coûteux. Les • docnOientB font défant pour expliquer ce choix.

3. La Sainte attachait un grand prix anx indulgences, et •les nommait les plus grandes grâces qu'on pût recevoir en cette

yfe. G£.L6U. 2d6, 336.

Eucharistie*. D'abord on descendit le Rhône, entraîné par les eaux de ce fleuve qui, si impétueux à sa source, se fatigue avant d'arriver à la mer ; puis on mit pied à terre et, au lieu de s'embarquer sur la Durance et d'en remonter le cours, on longea les rives dominées par les cades et les arbousiers fleuris, enfin, au travers des^terres, on se dirigea vers le port de Toulon où Ion comptait s'embarquer '•

Le matin on devançait le soleil et Catherine comparait les ténèbres qui précèdent l'aube à la nuit que l'homme découvre en soi quand il se connaît. Pareilles aux étoiles du matin^ les vertus brillent dans cette obscurité ; ainsi que la pâle lueur de la lune perce la nuée, la miséricorde de Dieu pénètre la nuit de la raison humaine ; tout à coup le ciel s'éclaire: Dieu se révèle à Tâme comme se lève le soleil ! C'est la lumière, la chaleur, le rayon qui féconde, le jour qui ne doit pas finir. •

La nature calme mais non silencieuse égayait les voyageurs par ses échos confus Au milieu des hautes herbes dont la tête chargée de rosée s'inclinait vers le sol, Catherine montrait à ses disciples desfleurettes rouges et brillantes. € Ces plantes ne vousrap-

1. Processus, attest. P. GafEarîni. D. Mart. VI, 1275. — Lett. 57. — Privilegio. [Bibliographie, I, II]. C'est à tort qa'on a prétendu que cette Bulle était du le' juillet 1375.

2. Mireio. Cant. Tresen. La Durance fut pourtant navigable jusqu'au XV* 8. Itinerarinm Gregorii papae IX incoeptom» XIII septembri. A D. 1376. — Ann. Ecoles. aact.Baovio, XI V, 1537-1557.— Viaggi dei Papi. F. Costa. Fireuze, 1782, 122, ->^ Storia délia Maiina pontiflcia nel Medio Bvo, per il ?• A. Gnglielmotti Fir. Le Monnier, 1871, II, III, xi.

pellent-elles pas les plaies du Sauveur ? » s'écriaitelle, voyant partout dans la création une trace du passage de Jésus mort pour les hommes. Plus tard, on faisait halte et Catherine parlait de tout ce qu'elle apercevait. Désignant du doigt la mer, elle redisait à son confesseur : « L'âme qui connaît son néant se plonge en Dieu comme au sein d'une mer profonde, le monde extérieur lui devient inaccessible, elle ne saisit plus que ce qui existe dans l'eau ou ce qui s'y reflète. Elle se voit ainsi elle-même, ainsi elle voit les créatures. Pensées, désirs, souvenirs, amour, sont noyés avec elle dans les flots de l'infini*. ^ Afin d'exhorter sa famille spirituelle à l'humilité, Catherine lui présentait les animaux ; mieux que Thomme ils rendent hommage au Créateur, puisque le bœuf et Tâne réchauffaient de leur haleine Jésus délaissé dans la crèche, c Regardez les fourmis, disait-elle ^ comme nous elles sont sorties de la pensée divine, le Créateur a mis autant de soin à créer les insectes et les fleurs qu'à créer les anges ; parfois il charge ces créatures inférieures de nous donner des leçons. » Dans quelques parties de la Provence, de nouvelles images étaient fournies à la Sainte par les troncs tordus, rabougris, des arbres ; elle les indiquent à ses disciples et en raisonnait avec eux : « Plantez l'arbre de votre âme sur la montagne de l'orgueil ; le vent des tentations, Torage des

1. Epiflt. Dom. Steph. — B. Raym. I, 6, 878. — Lettere 84, 104, 113, 310, 280, 70, 321, 363, 162, 309. — Dialogo XLVI, XCII.

tempêtes du cœur, viendront l'y frapper ; ils lui enlèveront ses feuilles, c'est-à-dire, les saintes pensées et les douces paroles pleines de charité qui protègent ses fruits ; ils briseront les rameaux, ils feront tomber les fruits et abattront l'arbre sur le sol. Si, au contraire, vous plantez Parbre dans le vallon de l'humilité, si l'ouvrier du libre arbitre le cultive guidé par la raison, nul ne peut l'empêcher de se greffer sur l'arbre de vie, sur le doux Jésus, et de croître tellement haut que l'œil humain ne peut plus discerner où sa cime s'épanouit par l'union avec l'amour infini. »

Cueillant des fleurs dans les prés, elle ajoutait : « Les honneurs, les plaisirs, le bonheur terrestre sont comme la fleur ; il faut qu'ils restent dans leur sol ; si on les en arrache, afin de se les approprier, si l'on sépare du Créateur la chose créée, comme la fleur privée de sa racine, elle perd le parfum qu'elle tient de l'intelligence divine, et se flétrit sans avoir porté de fruits. D'ailleurs tout nous est enlevé, lorsqu'il plaît au souverain Juge de faire couper la fleur de la vie par la mort. »

Jusqu'à Toulon Catherine échappa aux curieux. Les habitants des maSy occupés à cultiver la terre ou à cueillir les olives, s'inquiétaient peu des étrangers qui se dirigeaient vers Avignon ou en revenaient ; mais Toulon était une grande ville ; là on ne pouvait dissimuler son nom, et au dire des disciples de Catherine, les pierres semblèrent parler pour proclamer celui de la Sainte. La foule assiégea rhôtellerie qui hébergeait les voyageui's. Les Dominicains parvinrent à disperser les hommes ; les

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femmes pénétrèrent de vive force auprès de Catherine, car une pauvre mère, pleine de foi, voulait lui jeter son enfant mourant dans les bras. La Bienheureuse se défendit, et cependant, dès qu'elle eut, à son insu, touché le petit agonisant, il recouvra la santé.

Cet enfant était le neveu d'un vicaire épiscopal. Averti sur-le-champ du miracle, Tévêque fit venir Raymond de Capoue et le pria de lui amener Catherine. La Sainte échappa aux hommages des Toulonnais en s'embarquant ; mais, même sur mer, on eut recours à sa puissance. Le navire avait quitté la rade. Les tours de la ville disparaissaient aux regards, quand le vent souffla avec force. Une fausse manœuvre et l'on échouait sur les écueils rocheux que les Provençaux nomment îles (Tor. Les disciples de Catherine se serrèrent autour d'elle. Le pilote lui-même laissa voir son effroi. « Ma mère, s'écria Raymond de Capoue, ma' mère, ne voyez-vous pas quel danger nous courons ? La Sainte resta impassible. — Pourquoi vous occuper de vous ? » réponditelle, comme elle le faisait souvent quand on ne s'abandonnait pas sans réserve à la Providence. Un coup de tempête lança le navire vers les rochers et arracha un nouveau cri à Raymond de Capoue* « Au nom du Seigneur,murmura Catherine, dites au pilote qu'il change le gouvernail et ouvre ses voiles au vent que le ciel lui enverra. » Le navire vira de bord, une brise légère le poussa vers un petit port où les voyageurs entrèrent en chantant le Te Deum ^

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