‹ Sainte Catherine de SienneChapitre 153 sur 282 · Legg. Min. II, 8. - B. Raym. II, 8 ; I, 10, Le · texte numérisé non relu

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SAUTTE CATHERINB. 10**

350 SAINTE CATHERINE Î)E ÔIÉNNÉ

Après une pareille alerte, on jugea prudent de longer la côte. Souvent on relâchait et, non loin de Savone, à Varazze, on débarqua pour vénérer les reliques d'un saint évêque Dominicain, bien connu non seulement de Catherine et des Frères Prêcheurs, mais de toute la chrétienté, Jacques Patriotto*. Entourée de ses compagnons, Catherine cheminait dans la petite ville : « C'est aujourd'hui la vigile de saint François d'Assise, dit-elle tout à coup à son confesseur ; dans quelques années, à pareil jour, vous transporterez mon corps d'un tombeau dans un autre. i> L'aspect du lieu semblait fait pour évoquer cette image de mort. Les rues étaient désertes au point qu'on ne rencontrait personne à qui demander la cause d'un tel abandon. Vainement on frappait aux portes, nul n'ouvrait: enfin parut une femme. Elle appela les pèlerins sous son toit et leur raconta que cette désolation était l'œuvre de la peste. Les propriétaires des maisons de Varazze étaient morts, puis leurs héritiers, et faute d'habitants, les biens restaient sans possesseurs.

Tout émue de ce récit, la Sainte se rendit au sanctuaire de Notre-Dame des Grâces où se trouvait le tombeau du Bienheureux et elle implora le

B. Raymond ne parle point du lieu où les surprit la tempête, mais sa description s'accorde avec celui que nous indiquons.

1. Mort eu 1298, Jacques de Voragine ou Varazze fut seulement béatifié sous le pape Pie VII ; pourtant ses œuvres et ses écrits lui faisaient, dès son temps, une auréole. Il eut la gloire d'être le premier tradui;teur de TEoriture sainte en italien et son Histoire des Saints ou Légende dorée est Tun des livres les plus aimés des lecteurs du moyen âge. Son Ordre le fête le 13 juillet. Brev. 0. P.

Seigneur pour les survivants de la peste, qui, pareils à des fantômes, erraient autour deTéglise. < Élevez ici une chapelle à la sainte Trinité, leur dit-elle ; priez avec foi et jamais la peste ne sévira à Varazze. Si on l'y apporte, nul d'entre vous ne sera atteint *. » La femme que Catherine avait rencontrée se nommait Orietta Scotta. Elle était veuve d'un gentilhomme de Plaisance dont la famille descendait des Douglas d'Ecosse, et ses étroites relations de parenté avec les Doria et les Centurioni lui donnaient une grande situation à Gênes sa patrie. Elle y retournait en ce moment même et elle offrit aux Siennois de les accompagner et de les installer dans son palais situé non loin de l'église des Prêcheurs, à la Croce di Canneto, du côté abrupt de la montagne d'où Gênes descend vers la mer. Catherine accepta. D'ime part l'argent manquait, car l'un de ses compagnons, chargé de la bourse commune, avait fui avec le pauvre trésor; de l'autre la maison de la riche veuve assurait l'indépendance pendant le séjour à Gênes, séjour dont la durée était incertaine, puisqu'on devait attendre le pape, et l'indépendance paraissait nécessaire à la Sainte, habituée, partout où elle passait, à ouvrir sa porte à quiconque venait y frapper *.

1. Processas, attest Fr. Bart. de Sen. D. Mart. 1335. ~ Relas. del Passaggio. [Bibliographie. 1,IJI.]

2. Lettera 355. — Secoli cristiani délia Lignria par il P. Semeria. Torino, 1843, 1, p. 153, 154. — Scoperta Storicoarchaologica délia casa e stanza ove in Genova ospito Santa Gaterina de Siena presse Madonna Orietta Scotta neir anno 1376. Ardcolo délia Sett. religiosa riprod. nel Cittadino. P die. 1877,

Fatigués de leur longue route, les voyageurs espéraient goûter quelque repos. La Providence en ordonna autrement, et à peine installés chez Madonna Orietta, plusieurs d'entre eux tombèrent dangereusement rmalades. Jean Tantucci, Barthélémy dei Dominici donnèrent des inquiétudes. Néri dei Pagliaresi souffrait de cruelles tortures ; espérant fuir son mal, il se traînait sur les mains, car les pieds se refusaient à le soutenir, et il remplissait la maison de gémissements. Les médecins déclarèrent bientôt que pour lui la science avait dit son dernier mot et qu'il fallait le préparer à la mort. Etienne Maconi s'empressa d'aller trouver Catherine. Abandonnerait-elle celui qui avait tout quitté pour la suivre ? le laisserait-elle mourir loin de sa patrie? permettrait-elle qu'il fût enseveli dans une terre étrangère? • Mon fils, répondit la Sainte, si Dieu récompense ton frère Néri de ses travaux, tu devras t'en réjouir et non t'en affliger ! d C'était trop demander !^ Etienne exhala l'amertume de sa douleur dans un reproche : € Vous pouvez exaucer ma prière et vous ne le voulez point !. > Catherine n'ignorait pas que l'excès de la souffrance est la plus cruelle des' tentations. Ses yeux s'abaissèrent doux et compatissants sur le disciple qui l'implorait : « Puisque tu es si triste, je prierai Dieu pour toi ! prions ensemble surtout demain après la sainte communion. » Le lendemain, Catherine ravie en extase invoqua Jésus vivant en elle. Plus éloquent qu'aucun appel, le regard anxieux d'Etienne était attaché sur ses yeux ; elle s'anima : e: Tu as la grâce que tu demandes, dit-elle ; le Seigneur nous rend Néri. » Etienne

courut à son ami et le soigna pendant sa convalescence comme il l'avait soigné pendant sa maladie. Ensuite, jaloux de témoigner sa gratUudf^ à Catherine, il se fit jour et nuit, l'infirmier volontaire de tous les malades. On lui prédisait qu'il succomberait à tant d'efforts, mais que lui importait ? Néfî n'était-il pas sauvé? Enfin, l'épidémie saisit Etienne* 1 Je souffre, dit-il à Catherine qui le plaignait, et je ne sais de quoi. » Elle lui mit la main sur le front, c Pauvre enfant! il a une fière violente ! Je ne te permets pas de suivre l'exemple des autres, ajouta-t-elle, en vertu.de: la mainte obéissance guéris et soigne-les ! » La Bienheureuse parlait encore que déjà Maconi avait recouvré, la santé * !

Ces miracles ne furent pas les seuls que Dieu fit en faveur de Catherine, car il voulait révéler aux Génois la sainteté de sa servante. Bientôt on vit les admirateurs de la Bienheureuse protégés du ciel et ses détracteurs succomber à des châtiments qu'elle eût volontiers détournés d'eux. Tandis que les affligés la quittaient consolés, que les sénateurs, les lettrés partaient de chez elle ravis de ses discours, que les théologiens participaient à sa science, un orgueilleux qui osait l'insulter tomba raide mort à ses pieds.

Sur ces entrefaites, la flotte pontificale fut signalée en vue du port de Gênes. Naviguer avec vingt-deux galères et le Grand-Maître des Hospitaliers de Saint- Jean comme pilote ne rendait pas le voyage plu9 facile, aussi sei^e jours d'une mer implacable

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