‹ Sainte Catherine de SienneChapitre 161 sur 282 · Orat XVI · texte numérisé non relu

Orat XVI

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SES HAPPORTS AVEC L \)KDRE DE SAINT DOMINIQUE 3t)5

Vorbe ; près de Catherine les Tertiaires furent initiées à rinlimitc de Tànie avec Jésus.

Quant aux disciples étrangers à l'Ordre de Saint- Dominique, ils virent clairement dans cette chapelle des secrets que jusqu'alors ils ne faisaient qu'entrevoir. Lorsqu'après la communion le visage de la Sainte se transfigurait sous leurs yeux, que les battements de son cœur, où sensiblement on percevait un phénomène, frappaient leur oreille, que des parfums merveilleux s'échappaient de sa bouche entr'ouverte, que son corps couvert d'une sueur sanglante, raidi par Textase, ou bien encore enlevé dans les airs, résistait par une invincible inertie aux efforts de leur main, ils communiaient à la vie du Christ dont la présence se révélait à leurs sens.

Parfois Catherine semblait souffrir ; unie à la passion rédemptrice , sa souffrance militai t pour sa gloire étemelle, pour celle des chrétiens prosternés sur la dalle de l'oratoire ; ses admirables oraisons donnaient aux actions de grâces balbutiées par les communiants une voix où l'on sentait l'inspiration directe de l'Esprit-Saint, qui prie en l'homme. Si le démon tentait de troubler leur union avec Dieu, si l'action de Satan se manifestait visiblement sur la Sainte, elle sortait victorieuse 'du combat. « Par le pain de joie et de consolation * » Catherine et sa famille spirituelle participaient ensemble à la joie de Celui qui est l'essence même de la joie.

l.Lett.62. — ProQessna; attest. P. Th. Caff. ;Giov. da Percena ; P. Barth. de Sen. D. Mart., VI, 1272-1346. - Orat. XXIIIIfattal'an. 1377.

Maint curieux s'approcha. Les captifs de leurs sensations, les riches emprisonnés sous les biens matériels, les orgueilleux adeptes d'une science bornée à ce monde, ne comprenaient rien à Ja vie de Catherine, la plus élevée au dessus des sens qui se puisse concevoir. Simples spectateurs du banquet eucharistique, ils sortaient déçus, irrités, scandalisés parfois ; mais quand leurs critiques rencontraient la louange des disciples, elles produisaient un choc, une discussion dont Dieu se servait pour éclairer les cœurs pauvres et ignorants.

Un vieux parent d'Alexia et d'Etienne Maconi, Nicolas dei Sarracini, qui après des campagnes en loiiitains pays finissait ses jours dans le luxe et la mollesse, écoutait d'une oreille distraite tous ces propos. Prié de voir la Sainte, il répondait aigrement : « Que me ferait cette petite femme quand bien môme je resterais avec elle durant cent ans!» Néanmoins ce qu'on disait de Catherine hantait l'esprit du vieillard ; un matin il s'éveilla en racontant que la Tertiaire dominicaine lui était apparue et qu'il allait chez elle s'assurer de la réalité de sa vision. La seule vue de la Sainte convertit le pécheur. S'étant confessé dans l'église Saint-Dominique, où elle priait pour lui, il vint la trouver. « Seigneur, dit-elle, avez-vous tout avoué? » Le chevalier l'affirma. « Réfléchissez encore ! > et comme il s'éloignait sans que sa mémoire se fût réveillée, elle lui rappela un péché de jeunesse, commis loin de tout regard. Le vieillard retourna au confessionnal s'accuser de l'oubli ; sans qu'on lui imposât cette pénitence, il racontait à tout venant

la merveilleuse révY^lation que lui avait faite la Sainte : puis la mort le prit. Ouvrier de la dernit'^re heure, il sV»tait donm'^ à celle qui ne devait perdre aucun de ses disciples * ; sa communion avec Catherine serait éternelle.

Dans son oratoire, la Sainte ne laissait pénétrer aucune des dévotions sensibles de la piété extér rieure et banale, aucune dévotion étrang^re à un ordre surabondamment riche de tout ce qui m^ne à Dieu. L'office y invoquait Marie, le rosaire y priait avec Dominique; en adorant TEucharistie, on récitait, comme l'Eglise universelle, les prières de Thomas d'Aquin. Réunis autour de leur mère spirituelle, les Dominicains faisaient songer aux apôtres rassemblés près de la Vierge, au Cénacle. Déjà les familiers de la maison Ben incasa croyaient voir au-dessus de la tête de ces prédestinés l'auréole dont la vénération devait l'entourer *.

Le temps présent rappelait les siècles bénis où Dominique, Ambroise de Sienne, Thomas d'Aquin groupaient des âmes d'élite au couvent de Cam-

1. En marge du manascrit delà Legg. Minore, (Bibliothèque corn, de Sienne, cod. T. Il, 6, II, x) on trouve cette apostille : lo fraU Btrfano non solo ebbi familiurità e notizia di queuta messêr Niecolo ma la sua donna fu mia distretla parente, B. Raym.II, 10. — Processus llss. attest. F. Barth. de Dom., 319 et seq.

2. Lett. 74. — Aie. dise. — B. Raym. II, 12. — Proc. attest. P. Th. Caff. D. Mart. VI. 1263. La béatification des confefseurd et des disciples de Oatherino n'n été officiellement proclamée qne pour Jean di Domenico, mais la tiadiiion dunno le tilre de Bienheureux à Thomas Caffarini, à Nicolas de Montalcino et U Raymond do Capoue. Le procès de ce dernier est introduit en cour de Rome.

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porejçgi. Kiitraîiii'' par l'exonipledo la Tertiaire, sans cosse exhorté par elle à observer en vérité les constitutions de rOrdre, chacun s'efforçait de donner toute sa mesure. Certains malades, qui eussent été des religieux tristes et inutiles^ sanctifiaient leurs ^()ulTrances physiques, grâce à Catherine, Nicolas >de Montalcino et Jean Piccolomini enrichissaient de leur obéissance, plus précieuse qu'aucun travail, le trésor des Prêcheurs. Si quelque- Dominicain, cédant à la sensualité ou à la lâcheté, quittait rOrdre, la Sainte le ressaisissait ; il était présent à son regard; si loin qu'il fût, elle voyait le lien qui l'entraînait et rompait l'attache ; lui faisant « en toute vérité connaître la vérité, elle Tempéchait de se jeter parmi les morts *. »

Raymond de Capoue, Thomas Caffarini dont l'éloquence devenait cél^bre en Toscane, Barthélémy dei Dominici, partaient-ils pour une prédication, ils cherchaient par Catherine l'inspiration de l'Esprit-Saint. « Recueillez-vous dans la retraite, hérauts du Verbe incarné, disait-elle; à l'imitation du Verbe qui pratiquait ce qu'il enseignait, préparez-vous à la vertu ; recommandez-vous à la Mère de Dieu ; fatiguez-vous au confessionnal pour le prochain, mais i)oint de conversation oiseuse avec lui. Sacrifiez-vous! Ainsi que saint Paul soyez anathème pour les âmes ; puis semez la parole de vérité, largement, libéralement ; défendez-la, s'il le faut, au prix de la vie. L'esprit

1 . Lett. 173. Cette admirable et très longue lettre est adressée à un religieux dont ou ne nomme point TOrdre ; par les arguments de la Sainte, est évident qu'il B*agit du sien.

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(ramour fera ce qui vous semble impossible, v La Tertiaire s'associait à toutes les missions du Couvent. On le vit en cette amu^e 1377, quand Barthélémy dei Dominici et Simon de Corlone prôch^rent le carôme h Asciano, petite ville du territoire siennois. Non contente de leur écrire des lettres oh sa tendresse maternelle prend une forme singuli^rement touchante, non contente de leur adjoindre son secrétaire Néri qui pouvait être utile pr^s des gentilshommes du pays, non contente de leur concilier la bienveillance de l'un de ses amis, le noble Louis Gallerani, et de les recommander au curé de la paroisse, la Sainte encouragea leur zMe par de douces visions *.

Les sœurs du Tiers-Ordre avaient d'ordinaire le privilège d'écrire sous la dictée de Catherine ; elle ne s'adressait à ses secrétaires : les Siennois Néri, Maconi, Christophe deGano et le Pisan Buonconti, que lorsque ses compagnes ne suffisaient plus à la tâche. Avec une respectueuse reconnaissance, les Tertiaires remarquaient en cette grande sainte la volonté de ne se singulariser en rien, le désir de ne jamais agir isolée. A tout prix elle partageait la vie commune, même les repas, malgré les tortures dont ils étaient accompagnés. Raymond de Capoue la suppliait de' ne pas manger, et pourtant chaque fois que son divin Maître l'y autorisait, elle se mettait à table avec ses compagnes :

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